annonces du 5ème WE de mai 2020

 

 

 

30 & 31 mai 2020

PENTECÔTE

« Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu,

qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. »

 

 

Lignes de vie

 

Décès                                                            

  • Paul-Henri TRUSSON, décédée à l’âge de 63 ans

  

Au fil des semaines

A lire: les modalités de reprise future des célébrations religieuses sur le chapitre: Communications - Covid-19.

 

 

Célébration des eucharisties

 

Des habitants de Ninane m’ont demandé d’assurer la messe du dimanche sur leur radio. 

J’ai accepté cette demande. 

Tous les dimanches et les jeudis où nous seront encore confinés,

je célébrerai donc l’eucharistie à 10.30 sur 107.1 FM

« NFM » peut être captée dans toute notre Unité Pastorale. 

Si vous êtes sur Facebook,
vous pouvez aussi la suivre en images sur mon compte Pierre Hannosset.

Félicitations à cette équipe de bénévoles. 

 

 

11h00 Messe de la Pentecôte en Eurovision (France 2 t RTBF La Une)
Célébrée en direct du studio KeyWall à Charleroi, en Belgique
Président et prédicateur: Fr. Didier CROONENBERGHS, dominicain


Initialement prévue en direct de la prison de Ittre, cette célébration se déroulera dans le studio Keywall, spécialisé dans la technologie virtuelle, seul lieu de tournage permettant le respect des distances de sécurité.
Cette messe de Pentecôte, multilingue dans les chants, les lectures et la liturgie, sera animée par deux chantres ainsi qu’un pianiste, outre la présence d’une lectrice et d’un commentateur aux côtés du célébrant.
La fête de la Pentecôte célèbre la venue de L’Esprit saint, promis par Jésus, envoyé par Dieu le Père sur les apôtres. Cette fête chrétienne clôt le temps pascal, qui dure sept semaines, dont elle est le couronnement.

 

On y est presque …

Les eucharisties pourraient reprendre assez vite,
avec un nombre restreint de participants :
la semaine prochaine ou la semaine suivante.

Toutes les infos sur les horaires
et sur les modalités
se trouveront sur le site de la paroisse
www.ndds.be
et seront affichées
sur les portes de nos 11 églises.

Je continuerai de retransmettre
une eucharistie dominicale
sur mon compte Facebook
« Pierre HANNOSSET »,
mais pour cela,
il faut que vous soyez
inscrit sur ce site …

 

 


 

23 & 24 mai 2020

SEPTIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

« Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie,
mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. »

 

 

Décès

  • Jules CORNET, décédé à l’âge de 84 ans
  • Martine ROUIR, décédée à l’âge de 75 ans
  • Louis MELIN, décédé à l’âge de 84 ans
  • Henri RALET, décédé à l’âge de 72 ans
  • Renée SIMON, décédée à l’âge de 95 ans

 

 

EXTRAITS DU MESSAGE DU DIOCÈSE

CONCERNANT LES FUNÉRAILLES

Les églises destinées à accueillir la célébration de funérailles seront aménagées de manière à ne pouvoir accueillir qu’un maximum de 30 personnes. Une superficie de 10 m2 est obligatoire par personne ; les chaises seront placées à 1,5 m de distance chacune et ce, dans toutes les directions.

Peut-être est-il judicieux dans chaque Unité pastorale, provisoirement au moins, de choisir l’une ou l’autre église que l’on aménagera soigneusement pour accueillir les funérailles : cela permettra de mettre en œuvre toutes les consignes, de se concerter avec les différents intervenants pour « roder » une manière de faire qui risque de se prolonger dans le temps.

Les célébrations à l’extérieur peuvent être encore proposées : on peut continuer à célébrer un temps de prière au cimetière, avec là aussi un nombre de 30 personnes maximum et en gardant la distanciation requise.

Le port du masque est fortement conseillé en cours de célébration.

On évitera que les gens ne demeurent dans l’église avant et après la célébration. Si le bâtiment est habituellement fermé, on ne l’ouvrira qu’à la dernière minute et le refermera sitôt après. On tentera d’éviter des attroupements devant l’église après la célébration.

La célébration des funérailles comportera la Liturgie de la Parole suivie du Dernier adieu ; l’eucharistie n’est pas autorisée ; on ne distribuera pas non plus la communion à partir des espèces consacrées contenues au tabernacle.

Pour éviter d’allonger les choses ainsi que le demande le gouverneur, on évitera les trop longues prises de parole (homélie, témoignages) ; on limitera le nombre de musique ou chansons à écouter ; en revanche on veillera à bien honorer le rituel et ses gestes : allumage des cierges, encensement, aspersion…

L’allumage des cierges autour du cercueil est réservé au seul célébrant. Très propagateur de virus, le chant de l’assemblée sera limité et contenu.

La procession d’hommage se fera sans toucher le cercueil et sans transmission d’un goupillon de personne en personne ; le célébrant seul bénit le corps avec l’eau baptismale. On demandera, dans le défilé, à respecter scrupuleusement la distance d’un mètre cinquante. Un marquage au sol pourrait y aider… On montera par l’allée centrale et regagnera sa place par les allées latérales. On évitera, pour la célébration des funérailles, les églises où ce dispositif n’est pas possible.

S’il y a distribution d’images-souvenirs, on le fera avec des gants. Il n’y aura pas d’échange de condoléances à l’église.

 

 


.


 


   

31 mai 2020

Messe radio

Pour les habitants de Chaudfontaine et Trooz,

 

je célébrerai la messe durant le temps confiné,

tous les jeudis et dimanches à 10.30, 

à la radio sur 107.1 FM

Et sur le compte Facebook "Pierre Hannosset"

 

+ Pierre, Curé

========================================================

 

Messes télévisées programmées pour ce WE

Sur France 2 (Le Jour du Seigneur) et La Une (RTBF)

 

11h Messe

Célébrée en direct du studio KeyWall à Charleroi, en Belgique
Président et prédicateur : Fr. Didier Croonenberghs, dominicain

 

 

à la cathédrale de Liège célébrée à 10h00

à voir sur le site https://www.youtube.com/user/DoyenSaintNicolas

 

Sur KTO, (Proximus, canal 215 ; VOO, canal 147).

  • à 7h00, messe du pape François depuis Rome
  • Messe depuis Lourdes à 10h00 
  • 18h30, en direct depuis Saint-Germain l'Auxerrois

 


   

Conférences et accompagnement

à l’Abbaye de Brialmont B – 4130 TILFF Belgique

===================================================

Samedi 16 mai 2020 à 14h30

Conférence de Véronique LEMOINE-CORDIER

« Apprentissage des séparations »

« Apprentissage de la Vie et facteur de confiance en soi »

 

Renseignements et inscriptions : Sr Colette 04/388.17.98

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. / www.brialmont.be

 

 

Erreur
  • Échec du chargement des données du flux

Dernières homélies

  • Méditations de notre Curé


    MARDI DE LA 9ème SEMAINE DU TEMPS DE L’ÉGLISE       2 juin

     

    « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». 

     

    Jésus, ce matin est face à des Hérodiens et des Pharisiens ; ces personnes ne « peuvent pas aller ensemble ».  Les Hérodiens, ce sont des partisans d’Hérode ; on dirait aujourd’hui des collaborateurs.  Les pharisiens ne le sont pas du tout, mais ils sont pragmatiques : « Puisqu’on peut garder notre liberté religieuse, soyons calmes avec l’autorité. Donc, payons, mais fondamentalement, on est contre. »

    Et toi, Jésus, que vas-tu répondre ?  Si tu dis oui, tu es aussi un collaborateur ; si tu dis non, tu es un pharisien.  Dans chaque cas, il se met la moitié de l’assemblée à dos.

     

    La réponse de Jésus est merveilleuse.  Tout d’abord, il demande à voir la pièce … C’est que lui n’en a pas !  On lui en apporte une qui porte l’image, littéralement l’icône de l’Empereur qui se prend pour Dieu.  Moralité : si vous avez cette pièce, c’est que vous traitez avec Rome.  Qui plus est, vous voilà impur, puisque vous avez sur vous l’image d’un dieu païen.  Jésus n’a pas besoin de l’icône de Dieu sur lui, puisqu’il est l’icône même de Dieu.  Et nous ?  Nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.  Nous n’avons donc pas besoin de cette icône sur nous ; nous sommes également cette image.

     

    Deux.  Jésus, pour autant, ne va pas nier l’importance de l’impôt, même si c’est à un envahisseur.  Il a les pieds sur terre ; il sait et il voit ce que Rome apporte et le commerce que les Juifs font avec lui. La doctrine sociale de l’Église dit bien que « le pouvoir temporel a droit à ce qui lui est dû » : Jésus ne considère pas l'impôt à César comme injuste.  Mais cet argent ne doit pas être « en nous », comme une pièce dans notre poche, comme un pièce de notre cœur ; il est là pour transiter.  On le reçoit et on le rend.  Car il n’est pas fondamentalement nous, à nous, de nous. Rappelez-vous : « le chrétien est dans le monde sans être du monde ».  La part que nous rendons à César existe, mais elle n’est qu’une part, qu’une partie de notre existence.  L’argent, le commerce, l’économique sont là et sont importants dans notre vie, mais ils ne sont pas le cœur de notre vie ; ils ne sont pas le dieu de notre vie.

     

    Trois.  Et à Dieu, il faut rendre ce qui est à Dieu.  Je vous rappelle que nous sommes l’image, l’icône de Dieu.  Et donc, que faut-il lui rendre : nous et nous tout entier …  Écoutez ce qu’écrivait saint Laurent de Brindisi : « Nous avons été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Tu es homme, ô chrétien. Tu es donc la monnaie du trésor divin, tu es une pièce portant l'effigie et l'inscription de l'empereur divin. (…) Si nous voulons être réellement une image de Dieu, nous devons ressembler au Christ, puisqu'il est l'image de la bonté de Dieu (…) »

    C’est fou !  Nous sommes la pièce de monnaie du Seigneur, la monnaie de son trésor …  Nous avons du prix à ses yeux … le prix de son Fils dont nous sommes l’image !

    Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est donc essayer de jour en jour et petit à petit d’être une image qui ressemble de plus en plus à lui, par son Fils.  C’est la définition de la sainteté qu’un curé ardennais donnait.  Il disait : « Un saint, c’est quelqu’un qui ressemble tellement à Dieu, que lorsqu’il arrive au ciel, Dieu le confond avec son propre Fils … »

     


     

     

    Marie, Mère de l’Église     1er juin

     

    Depuis 2 ans, grâce à François, Marie a désormais, pleinement, ses deux grands titres célébrés dans l’Église.  Depuis longtemps déjà, on célébrait Marie, Mère de Dieu, le 1er janvier.  Ce titre lui avait été donné lors d’un Concile, celui d’Éphèse, en 431, et ce titre lui a été donné en grec : « Maria Théotokos ».

     

    C’est le 21 novembre 1964 lors d’un autre Concile - Vatican II - que Paul VI déclara Marie, Mère de l’Église, et cette fois en latin : « Maria Mater Ecclesiae. »  Et c’est Jean-Paul II qui fit mettre cette mosaïque, que je vous ai mise en image, sur la place Saint-Pierre à Rome

    Latin et grec, les deux langues de l’Église catholique.  Les deux fois, lors d’un Concile.  On comprend bien ainsi que Marie est et l’un et l’autre ; et la Mère de Dieu, et la Mère de l’Église.  Parce qu’elle est la Mère de Dieu, elle est la Mère de l’Église, puisque Jésus, le Fils de Dieu en est la tête.

    Je n’arrête pas de vous le dire : Marie est l’image, l’icône de l’Église, et donc de chacun d’entre nous, puisque nous sommes l’Église.

    La Préface de tout-à-l’heure nous dit les 4 rôles de Marie en tant que Mère de l’Église.

     

    « En accueillant ta Parole dans un cœur immaculé, elle a mérité de la concevoir dans son sein virginal. »

    Premier rôle de chacun de nous, à la suite de Marie : accueillir la Parole dans un cœur immaculé ; immaculé de tout autre souci, rempli de tant et tant de choses inutiles.  Marie, Mère de l’Église nous rappelle la place fondamentale de la Parole de Dieu dans notre vie.  Quelle est la place que nous lui réservons ?

     

    « En recevant au pied de la croix le testament d'amour de son Fils,

    elle a reçu pour fils tous les hommes

    que la mort du Christ a fait naître à la vie divine. »

    Deuxième rôle de chacun d’entre nous à la suite de Marie.  Recevoir chacun comme un frère, une sœur.  Comme Marie est devenue la Mère de Jean et par lui, la Mère de tous les hommes, Marie, Mère de l’Église nous donne le monde entier comme frères et sœurs, en commençant par les plus proches et les plus difficiles à vivre.

     

    « Quand les Apôtres attendaient l'Esprit qui leur était promis,
    elle a joint sa supplication à celle des disciples,
    devenant ainsi le modèle de l'Église en prière. »

    Troisième rôle de chacun d’entre nous à la suite de Marie. Nous avons célébré la Pentecôte hier, mais l’Esprit ne viendra que si nous le lui demandons.  Marie, Mère de l’Église nous redit que la prière est la respiration du chrétien, son souffle ; et que le souffle de Dieu ne peut venir qu’à travers notre propre souffle.

       

    « Élevée dans la gloire du ciel,
    elle accompagne et protège l'Église de son amour maternel
    dans sa marche vers la patrie
    jusqu'au jour de la venue glorieuse du Seigneur. »

    Quatrième rôle de chacun d’entre nous à la suite de Marie.

    Comme Marie, nous accompagnons et protégeons l’Église de notre amour.  Marie, Mère de l’Église nous redit que nous ne pouvons l’accueillir comme Mère de l’Église, que si nous aimons l’Église, malgré et avec son péché - qui est le mien, le nôtre d’ailleurs -, qu’il n’est pas de chrétien, sans Église ; qu’un chrétien seul est un chrétien en danger …

     

    Voilà nos quatre rôles à vivre en regardant Marie : méditer la Parole de Dieu, accueillir chacune et chacun, prier encore et encore et aimer notre Église et sa Mère Marie.  Nous sommes l’Église de Dieu, ici à Chaudfontaine et à Trooz ; nous invoquons la Mère de l’Église « Notre-Dame des Sources ».  C’est donc la fête de notre Unité Pastorale aujourd’hui !  Bonne fête à toutes et tous !

     


     

     

    Pentecôte  31 mai

    La Pentecôte est au Nouveau Testament ce que la construction de la Tour de Babel est à l’Ancien Testament.  Ou mieux dit : la Pentecôte est l’Anti-Babel.

     

    Dans le livre de la Genèse, on nous dit que « Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots ».  Dans les Actes, qu’« il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. »  C’est donc la même réalité.  On pourrait dire que nous sommes en face de deux réalités de l’Église, voire même du Monde en élargissant. Regardons donc les différences.

     

    Tout d’abord, la langue.  À Babel, c’est-à-dire Babylone, tous parlent la même langue.  C’est normal, les Juifs sont déportés à Babylone et on leur fait parler la langue de là-bas pour qu’il y ait une unité.  Un peu comme pendant la seconde guerre mondiale, tous les pays occupés devaient avoir l’heure de Berlin.  C’est une unité, mais une drôle d’unité … On devrait plutôt dire de l’uniformité, c’est-à-dire un uniforme : une façade, mais rien derrière.  Alors, le Seigneur va « inventer » les langues pour leur faire comprendre, pour leur faire prendre conscience de la diversité.  Les Juifs et les Babyloniens, Dieu merci, ce n’est pas la même chose. 

     

    Dans la première lecture, c’est le contraire.  Ils viennent de tous les pays, ils sont donc très différents, jusque dans leur apparence sans doute, mais ils ont une unité fondamentale : ils sont de la même religion ; ils sont juifs.  Et voilà que l’Esprit va venir sur les Apôtres et, dit le texte : « tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. » Il ne s’agit donc plus de diversité derrière une uniformité, mais bien, par l’Esprit d’une unité dans la diversité … et c’est très différent. Ce monde d’après dont nous parlons depuis le début de la pandémie, c’est celui-là : un monde uni, un monde d’unité mais dans une extrême diversité.

     

    Deux.  C’est d’ailleurs ce que dit Paul dans la deuxième lecture avec la belle image du corps humain : « le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. » Un corps où tout ne serait qu’auriculaire droit aurait peut-être une façade d’uniformité, mais ce serait un monstre.  À Babel, les hommes ont construit une tour avec des briques … tristement semblables.  Après la Pentecôte, Paul dira que nous sommes non pas les briques, mais les pierres vivantes de l’Église.  Il n’y a pas deux pierres semblables.  Et c’est ce qui fait la beauté d’un mur de pierre.  De la même manière, la beauté du corps humain réside dans sa grande différence conjuguée à sa belle unité.  Ne rêvons ni d’une commune ni d’une unité pastorale uniformes comme des briques : ce serait une construction bien triste ; rêvons d’un monde et d’une Église qui soient des corps bien vivants, c’est-à-dire, des beaux murs de pierre … d’ailleurs souvent plus résistants au temps que des murs de briques.

     

    Trois enfin. Si Babel construit un tour, c’est pour prendre la place de Dieu, autrement dit, pour dire que Babylone est Dieu.  Et chaque fois que l’homme se prend pour Dieu, comme pour la tour de Babel, il s’effondre.  Quand l’homme joue à Dieu face à la nature, regardons ce que ça donne !

    À la Pentecôte, c’est tout le contraire : l’homme ne tente pas de monter vers Dieu, c’est Dieu qui descend vers l’homme.  Et pour faire de lui son messager, le messager de sa Bonne Nouvelle.  Il lui donne son Esprit à travers ce que la deuxième lecture appelle des dons, des cadeaux.  Nous recevons aujourd’hui des cadeaux de Dieu pour devenir Dieu en quelque sorte, mais non pas à sa place mais avec lui, comme ses collaborateurs immédiats.  Et ces dons sont très variés et dans l’Église et dans le Monde …  Mais ces dons sont là pour le rendre plus beau, pour dire au monde qu’il est aimé et qu’il est aimable.  Car il faut bien traduire cette phrase qui semble bien difficile dans l’évangile : il faudrait traduire : « Tout homme à qui vous ne remettrez pas ses péchés, ils ne lui seront pas remis ».  C’est-à-dire : si tu ne dis pas à tout homme qu’il est pardonné, autrement dit qu’il est aimé quoi qu’il fasse, tu vas le laisser dans son désespoir, dans sa tristesse. 

     

    Or, on a cru des Apôtres qu’ils étaient « pleins de vin doux » ; oui si le monde entier pouvait découvrir qu’il est aimé par-dessus tout, il sauterait de joie, il bondirait comme un veau qu’on lâche pour la première fois dans la pâture.   C’est mon souhait pour chacun ce matin : que Chaudfontaine et Trooz deviennent où immense pâture où tous, veaux du Seigneur, nous bondissions de joie !


     

    Samedi de la septième semaine de Pâques     30 mai

    Dans notre petite catéchèse sur les 7 dons de l’Esprit, il nous reste un binôme et le septième.  Dernier binôme tout d’abord, la science et l’intelligence.

     

    Le don de science.  On pourrait l’appeler le « don de saint François et de Joseph Cardijn ».  Le don de saint François.  Le don de science me permet de voir le Seigneur à travers la création, sa merveille, sa beauté !  Je vous y ai invité plusieurs fois lors de ce confinement.  On peut regarder la nature et y voir quelque chose de beau ; ou on peut regarder la nature et y voir la trace de celui qui l’a faite.  Et si le monde est beau, combien plus beau encore est celui qui l’a créé.  Et le plus beau de la création, c’est son sommet : l’être humain.  Ce don de science permet de voir Dieu à travers mon frère, ma sœur, si pauvre soit-il, si défiguré puisse-t-il être par la maladie, l’alcool, la drogue …  Il reste l’image et la ressemblance de Dieu lui-même. 

    Ce don de saint François est bien plus qu’un don « romantique » ; il me force à respecter la nature et son sommet, l’Homme …  Je ne peux pas m’émerveiller devant le Mont Blanc et jeter mon masque en papier à terre dans la rue ; je ne peux pas aimer Dieu et détester mon frère.  Ce qui fera dire à saint Jean : « Celui qui aime Dieu et déteste son frère est un menteur ».  Avant de bâtir des églises, les missionnaires ont toujours commencé par bâtir des hôpitaux !

     

    Le don de Cardijn me donne de voir Dieu dans l’Histoire, dans les événements petits ou grands.  Non pas qu’ils viennent nécessairement de Dieu - je vous l’ai dit : ce n’est pas Dieu qui nous a envoyé le Covid - mais ils nous disent quelque chose de Dieu, sur Dieu, et par là-même de nous et sur nous.  Qu’est-ce que les deux gros mois que nous venons de vivre nous disent de Dieu et de moi ?  Beaucoup de choses … mais je ne répondrai pas à votre place.  Je vous invite à vous poser cette question, et à vous la poser longuement …  Qu’ai-je appris de neuf et sur Lui et sur moi ?  Car c’est cela qui guidera mon et notre avenir.  Voir - juger - agir, disait Cardijn dans sa méthode … en trois points !!! … Regardons bien ce que nous avons vécu ; analysons-le et enfin, soyons prêts pour le mettre en œuvre pour nous, pour notre Unité Pastorale, pour nos communes, nos milieux de travail etc.

     

    Le sixième don est celui de l’intelligence.  Et là, il dit bien ce qu’il veut dire, mais pas de panique en ce temps d’examen.  Ce don de l’intelligence me permet de connaître un peu plus le Seigneur à travers la lecture de la Bible et de la Tradition de l’Église.  N’est-ce pas simplement ce que nous faisons par ces petits mots depuis le début du confinement ; c’est aussi ce que nous faisons lors de nos soirées « Dé-couvrons le cœur de Dieu », ou un lisant un commentaire dans « Magnificat » ou « Prions en Église » ou en lisant un petit bouquin spirituel ou une vie de saints …  C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la catéchèse d’adultes.  Non, la catéchèse ne s’arrête pas à la Profession de Foi ou à la Confirmation.  Elle est jusqu’à mon dernier souffle.  Dieu est tellement beau que je n’aurai jamais assez de temps dans ma vie pour m’approcher de son mystère !   

     

    Et vient le dernier don : la Sagesse.  On pourrait dire que ce n’est pas un septième don, mais le condensé de tous les autres dons.  Si je vis pleinement les six premiers dons de l’Esprit reçus à mon baptême, je deviendrai sage.  Faut-il vous rappeler que la Sagesse chrétienne n’a rien à voir avec l’arthrite, les cheveux blancs, l’air ennuyeux et la poussière … Je vous rappelle simplement les paroles de l’Apôtre Paul s’adressant aux premiers chrétiens de la ville de Corinthe : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose. ».  Il s’agit donc d’être vraiment sages, c’est-à-dire totalement et pleinement fou !!!  On a d’ailleurs dit au jour de la Pentecôte que nous fêtons demain, que les Apôtres étaient « pleins de vin doux ».  Puisse-t-on le dire de nous, chrétiens de Notre-Dame-des-Sources !   

     


     

     

    Vendredi de la septième semaine de Pâques     29 mai

    Notre Dieu est à la fois grand et à la fois tout proche ; les deux en même temps.  Voilà ce que nous apprenaient les deux premiers dons de l’Esprit : la Piété et la Crainte.  Aujourd’hui, pour nous préparer à la Pentecôte, nous allons aborder le deuxième binôme : le Conseil et la Force.  Car, ce Dieu que nous avons découvert par le premier binôme est un Dieu qui s’intéresse à moi.  Il s’intéresse à moi parce qu’il m’a créé (la crainte) ; il s’intéresse à moi parce que je suis son enfant bien-aimé (la piété). 

     

    Je vais donc avoir besoin du don de Conseil.  De quoi s’agit-il ?  De trois petites choses toutes simples.

    Ce don, il me permet d’abord de discerner ; discerner ce qui vient de Dieu et ce qui vient de moi.  Une idée me traverse l’esprit … Est-ce Dieu qui me parle ou bien est-ce simplement mon imagination ?  Nous devons toujours demander à l’Esprit de nous aider à discerner la volonté du Seigneur sur nous.

    Ce don, très concrètement, va aussi m’éclairer sur ce que je dois dire ou ne pas dire, faire ou ne pas faire.  Avec ce don de l’Esprit, « tourner sept fois sa langue dans la bouche avant de dire quelque chose » et s’asseoir pour réfléchir avant de faire quelque chose.  Dois-je envoyer ce mail ? Répondre à ce courrier, aller voir un tel, me tenir à distance d’une telle ?

    Enfin, ce don, en résumé va m’aider à voir clair en moi et dans les autres. Qui suis-je vraiment ?  Qui est mon frère, ma sœur ?  L’être humain est tellement complexe que j’ai bien besoin de l’Esprit pour faire la clarté en moi et autour de moi.

     

    Le deuxième don lui est lié et ne demande pas beaucoup d’explications.  Ici, le terme dit bien ce qu’il veut dire : la Force.  Pour réaliser tout ce don de Conseil, il va me falloir de la Force.

    La force tout d’abord de tenir.  Je vous l’ai déjà dit : il n’est pas trop difficile d’être saint durant un jour … mais durant toute la vie, c’est une autre paire de manches.

    La force aussi de résister aux persécutions.  Dans notre pays, nous n’avons pas de persécutions claires, mais toutes sortes de « mini-persécutions ».  Bah, elles ne sont pas très graves, mais à la longue … pff … Les vacances de Noël et de Pâques deviennent vacances d’hiver et de printemps, la réouverture des cultes ne semble vraiment pas être une priorité, on nous invite à garder la religion dans le cadre privé … etc … Il nous faut une fameuse force à la longue.

    La force enfin de ne pas me gonfler d’orgueil quand je parviens à réaliser cela ; rester le publicain au fond du Temple et pas le pharisien à l’avant de celui-ci !

     

    Belle route vers la Pentecôte !     

     

     


     

     

    Jeudi de la septième semaine de Pâques       28 mai

     

    L’oraison de la messe de ce jour dit : « Père, que ton Esprit nous transforme par ses dons : Qu’il change notre cœur en un cœur que tu aimes, parfaitement accordé à ta volonté. »  Nous transforme par ses dons … Ah bon ?  C’est quoi ces dons ?  Dans ces trois derniers jours qui nous restent avant la venue de l’Esprit, je vous propose une petite catéchèse sur les 7 dons de l’Esprit.

    Ces dons, nous les avons reçus à notre baptême, mais contrairement à notre électroménager, ces dons s’usent si on n’en use pas.  Alors pour en bien user, re-découvrons-les.  Les Pères de l’Église ont comparé ces dons aux voiles d’un navire. Deux voiles aujourd’hui, deux demain et trois samedi.

    Ces dons vont deux par deux et le septième, chiffre de la plénitude, les rassemble tous.  Commençons par le premier binôme : la crainte et la piété.

     

    La crainte pour commencer.  La traduction française du mot latin est effrayante.  L’Esprit Saint ferait-il en sorte que nous puissions ou que nous devions avoir peur de Dieu ?  Et par la même occasion, voir le coronavirus comme son jugement ?  Point non plus …  Le don de la crainte, c’est comme un émerveillement qui nous « fait tomber sur notre derrière » - comme disent les jeunes - tellement il est grand.  Et plus la science avance, plus nous nous émerveillons de la complexité, de la grandeur, de la merveille de notre création et de l’homme, sommet de la création.  Ce don nous invite à la contemplation et à l’émerveillement.  Pendant ce confinement, prenons le temps de contempler la nature - il fait très beau et le printemps est magnifique - et émerveillons-nous.  Comme dit le chant « Que tes œuvres sont belles, que tes œuvres sont grandes ».  Que Dieu est grand ; il est vraiment le tout Autre.  Il est tellement grand que nous ne nous lasserons jamais de le connaître un peu plus … mais nous n’en aurons jamais fait le tour.

     

    Le deuxième don qui lui fait écho, c’est la piété.  Rien à voir non plus avec une pseudo-extase de celui qui - toujours en prenant le langage des jeunes - a fumé la moquette.  Non, la piété, c’est reconnaître la proximité de ce Dieu.  Par la crainte, nous découvrons sa grandeur ; par la piété, sa proximité.  Il nous a d’ailleurs demandé de l’appeler « Abba » « papa ».  Avouez que c’est fou quand même.  Et ce Dieu, je peux lui parler à l’église, mais nous avons appris plus que jamais que nous pouvons lui parler dans notre salon, notre salle de bain, et pourquoi pas, dans notre lit, en pyjama.  Comme on peut le faire avec son papa du ciel.  Dans la liturgie - et on ne se rend plus compte de ce que cela implique - on le tutoie !!!  On ne le ferait sans doute pas avec Charles ou Maggie … mais avec le Seigneur, pas de problème.

     

    Par le baptême et … par le confinement … nous pouvons tomber à genoux devant un Dieu si grand et en même temps « sauter sur ses genoux » comme un enfant sur ceux de son papa ; nous pouvons rester tout émus devant un superbe coucher de soleil et en même temps lui parler avec des mots tout simples, en épluchant nos pommes de terre ; nous pouvons dire « Notre Père (piété) qui es aux cieux (crainte) ».  Selon nos tempéraments, nous sommes plutôt « crainte » ou « piété ».  Demandons à l’Esprit de raviver celui qui est un peu oublié, sans pour autant éteindre celui qui « marche bien ».    

     


     

     

    Mercredi de la septième semaine de Pâques         27 mai

    « Et maintenant, je vous confie à Dieu et à la parole de sa grâce, lui qui a le pouvoir de construire l’édifice et de donner à chacun l’héritage en compagnie de tous ceux qui ont été sanctifiés. Je n’ai convoité ni l’argent ni l’or ni le vêtement de personne. Vous le savez bien vous-mêmes : les mains que voici ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons. En toutes choses, je vous ai montré qu’en se donnant ainsi de la peine, il faut secourir les faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, car lui-même a dit : ‘Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.’ » (Ac 20, 28-38)

     

    C’est un moment très émouvant que nous entendons aujourd’hui.  L’Apôtre Paul fait ses adieux à sa « paroisse » d’Éphèse, cette paroisse, je vous le rappelle, qui sera celle de saint Jean et de Marie.  Il sait qu’il s’en va vers la mort à Rome et donc, qu’il ne les reverra plus jamais.  Ce discours, c’est en quelque sorte son testament spirituel.

     

    Première chose.  Paul rappelle que c’est le Seigneur seul qui peut bâtir l’édifice.  Oui, nous sommes les pierres vivantes de l’Église, mais c’est le Seigneur qui les assemble, qui les met à leur juste place, qui doit les tailler un peu parfois pour qu’elles s’ajustent à d’autres pierres.  Au moment où le confinement se lève et où nous avons faits et des projets pour le monde de demain et déjà des actions, n’oublions jamais que, fondamentalement, c’est le Seigneur qui a agi à travers nous et qui continuera de la faire.  Et donc, ne soyons pas étonnés si ce que nous avions imaginé se passe autrement …  C’est normal : c’est lui qui bâtit.  Nous avons juste à nous laisser faire.

     

    Deux.  Notre boulot, le boulot de l’Église, c’est de secourir les faibles.  Autrement dit, ne jamais oublier que l’Église, l’Unité Pastorale n’est pas là pour elle-même, elle est là pour les autres ; et en particulier pour les plus faibles.  Sans doute, comme moi et beaucoup d’autres, râlez-vous un peu - ou beaucoup - sur le fait que les églises et les autres lieux de culte seront parmi les derniers à rouvrir.  Comme à dit Tommy Scholtes : « Sommes-nous moins bons que les grandes surfaces ? »  Et c’est sans doute vrai.  Mais si nous nous braquons sur nous-mêmes, nous ratons le coche.  Comme vous, je me réjouis de nous revoir et de célébrer ensemble … mais l’essentiel est de continuer de servir les plus faibles.

     

    Trois enfin.  En faisant ainsi, nous vivrons dans la joie, car « il y a plus de bonheur, plus de joie à donner qu’à recevoir »  Jésus est le modèle du bonheur, de la joie absolus.  Il a tout donné, il s’est totalement donné.  Alors oui, râlons un peu - ça fait du bien - mais surtout, donnons, donnons et donnons encore !!!   

     


     

     

    Mardi de la septième semaine de Pâques     26 mai

    « Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. » (Jn 17, 1-11a)

     

    Nous sommes dans ce qu’on appelle la prière sacerdotale de Jésus ; cette grande prière - pas toujours simple - que Jésus adresse à son Père avant de vivre la Passion.  Il y confie ses Apôtres à son Père, au moment où il sait qu’il va les quitter.

     

    Dans ce texte, on nous parle du monde.  Mais, attention de le bien comprendre … Le monde chez saint Jean est un mot très péjoratif.  Il ne représente pas les habitants de notre planète, mais plutôt l’esprit qui anime ce monde : un esprit égoïste, tourné vers la jouissance des biens matériels, où l’autre est un ennemi … et vous pouvez continuer.

     

    Jean nous dit donc trois choses …

     

    Première chose : Si Jésus quitte ce monde, c’est qu’il y est allé …  Monsieur de la Palisse en aurait dit autant ! Autrement dit, Jésus nous redit que ce « monde » dans lequel il y a tant de choses moches, il le connaît de l’intérieur.  Comme dira Paul : « Il s’est fait péché pour nous ».  Sinon, on pourrait lui dire : « Seigneur, tu ne sais pas ce que c’est toi, que de vivre dans notre société actuelle …  Tu es ‘en dehors du monde’ ».  Eh bien non, tout ce qu’il y a de moche dans le monde, il l’a vécu et donc, il nous comprend ; il est solidaire de nous.

     

    Deuxième chose : Le chrétien - imitateur du Christ - est dans le monde.  Nous ne vivons pas au ciel, ni dans une île déserte.  Nous n’avons pas, comme nos frères mormons, des villes qui nous soient propres.  Non, nous vivons au milieu du monde, immergés comme les sept milliards environ d’individus qui la peuplent.  Et donc, comme Jésus, nous sommes - ou nous devons être - solidaires de nos frères et sœurs humains ; nous pouvons les comprendre de l’intérieur.  Comme les non-chrétiens, nous vivons les affres de cette pandémie et de ce confinement.  Nous sommes « dans » le monde.

     

    Dernière chose : S’il est « dans » le monde, le chrétien n’est pas « du » monde.  Autrement dit, nous ne partageons pas les valeurs du monde dans lequel nous vivons ; nous y sommes des contradicteurs … et nous devrons l’être davantage encore demain.  Jésus dira : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » ; mais nous espérons qu’un jour le Royaume englobe le monde.  Que l’esprit du monde disparaisse pour faire place à l’esprit du Royaume, l’esprit des Béatitudes ; ce Saint Esprit que nous attendons durant ces derniers jours avant la Pentecôte.  C’est cela être levain dans la pâte.  Nous sommes peu nombreux, mais un peu de levain pourra faire monter la pâte.  Mais pour cela il doit se mélanger à cette pâte, car du levain seul, ne donnera jamais du bon pain !!!  

     


     

     

    LUNDI DE LA SEPTIÈME SEMAINE DE PÂQUES        25 mai

    « Nous lisons dans l’Écriture : ‘La Parole est près de toi ; elle est dans ta bouche et dans ton cœur.’ Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Celui qui croit du fond de son cœur devient juste ; celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut. » (Rom 10, 8-10)

     

    Nous voilà donc entré dans le sprint final vers la Pentecôte … et peut-être - sauf si les chiffres actuels changeaient - dans le sprint final vers la réouverture de nos églises faites de mains d’hommes ; et cela même si ce sera encore une réouverture très partielle, au vu de la manière dont nous allons devoir célébrer les eucharisties.  

     

    Ce matin, je vous propose de méditer sur ce texte qui est celui que nous prions dans l’office du matin : les Laudes.  Admirable petit texte de Paul.  Vous le savez sans doute, dans la foi chrétienne, il y a une « tension » entre le fait d’être sauvé par les actes que l’on fait ou par la foi que l’on a dans le Seigneur.  Cela a d’ailleurs - entre autres - conduit à la séparation avec nos frères protestants.  Ceux-ci disaient - comme Paul - que l’on était sauvé par la foi en Jésus ; les catholiques - comme le texte du jugement dernier chez saint Matthieu - disaient qu’on était sauvé par les actes que l’on posait.

    Comme toujours, la vérité est évidemment chez les deux ensemble.  Mais il y a un ordre, nous dit le texte de ce jour.

                                              

    Depuis le début du confinement, vous et moi, réfléchissons à ce nouveau monde et comment y arriver.  Mais nous devons faire attention à deux risques majeurs : l’activisme et l’orgueil.

     

    L’activisme, tout d’abord.  C’est-à-dire : travailler et travailler encore - et avec beaucoup d’enthousiasme et de générosité sans doute - mais sans plus réfléchir.  Le Seigneur le dit : « Quel est celui qui veut bâtir une tour et qui ne s’assied pas d’abord … ».  Et on pourrait même dire : « Et qui ne s’arrête pas de faire des pauses ».  Il faut d’abord dit Paul, avoir la Parole près de soi, dans sa bouche et son cœur.  Et il continue en disant que cette parole nous invite à croire, c’est-à-dire à faire confiance.

    On peut faire beaucoup pour les autres sans les autres ; on peut faire beaucoup pour l’Autre, sans l’Autre …  Je vous l’ai dit, c’est plein de générosité, mais ça conduit très vite à un burn out spirituel.  Un grand chirurgien américain disait avant une opération délicate : « Ne nous dépêchons pas ; nous n’avons pas de temps à perdre ».  Il nous faudra toujours nous arrêter et en discuter ensemble et avec le Seigneur « comme un ami parle à son ami » dit la Bible de la relation de Moïse et de Dieu.

     

    L’orgueil ensuite.  C’est-à-dire finir par croire que c’est nous qui sauvons le monde.  C’est l’orgueil de l’homme depuis la création du monde ; l’homme qui joue à Dieu … et qui, en fait, n’est qu’un apprenti-sorcier.  Les problèmes du réchauffement climatique nous montrent à merveille ce qu’est l’homme qui se prend pour Dieu.  Nous sommes collaborateurs, pro-créateurs, co-créateurs - c’est énorme … - mais nous ne sommes que cela.  Laissons au chef - comme aurait dit l’abbé Cassart - d’être le chef et ob-éissons lui, c’est-à-dire écoutons-le.

     

    Travail paisible et humilité … Voilà le programme …  Et ça ira !    

     


     

    Septième dimanche de Pâques

                              Ceci vous est sans doute déjà arrivé ... Vous téléphonez à quelqu'un et la conversation va bon train.  Vous vous emballez un peu, puis vous posez une question à votre interlocuteur ... mais, silence à l'autre bout du fil : la ligne a été coupée.  Eh bien, cette douloureuse constatation de rupture de communication, c'est un peu celle des Apôtres en ce temps, dans ces dix jours qui séparent l'Ascension de la Pentecôte.  Ils sont seuls; ils ont perdu le contact.  Ils ont peur de l'inconnu.  L'Église a bien compris cet esprit dans lequel ils sont plongés.  Elle nous fait lire aujourd'hui une partie de la longue prière que Jésus adresse à son Père, juste avant de retourner auprès de lui.  Et dans cette longue prière, un peu difficile, Jésus demande à son Père de garder ses disciples dans la fidélité.

     

                              Jésus est en train de couper la communication; il est en train de couper les liens physiques, les liens sensibles avec les siens.  Et il sent bien qu'il y a un risque de rupture : rupture entre ses Apôtres et lui : ne vont-ils pas l'oublier, eux qui déjà l'avaient abandonné lors de la passion ?  Rupture peut-être aussi entre les Apôtres et son Père : Jésus était parmi eux, le lien entre le Père et les Apôtres.

     

                              Ruptures de toutes sortes; mais les ruptures dans la Bible sont toujours des appels à aller plus loin. 

     

                              En quelque sorte, il fallait que Jésus quitte ses Apôtres pour qu'ils aillent plus loin; il fallait que Jésus nous quitte ce jeudi de l'Ascension, pour que nous aussi, nous allions plus loin.  Après l'Ascension, viendra la Pentecôte, ce don inouï de Dieu, ce cadeau inimaginable de l'Esprit Saint pour chacun de nous.  Jésus nous a quitté physiquement pour le Père, mais il nous a laissé tous ses sacrements; qui sont désormais ses adresses, les lieux où nous sommes sûrs de pouvoir le trouver, le joindre, renouer notre communication téléphonique interrompue.

     

                              Alors, pendant ces dix jours, nous sommes conviés, vous et moi à la prière. 

    Ce dimanche est pour nous un dimanche de prière pour que vienne l'Esprit des renouveaux sur l'Église qui se prépare à sortir de son confinement, afin qu’elle ne retombe pas dans ses ornières ; l'Esprit de Paix sur l'humanité, où l’économique ne sera là que pour être au service de l’humain ; l'Esprit de sainteté au cœur de tous les vivants, pour que chacun quelles que soient sa race, son origine, sa philosophie, sa religion, soit reconnu dans son caractère unique et respectable.

     

                              En priant ainsi, nous sommes solidaires d'une très longue attente de l'Esprit.  Car, vous le savez comme moi, en tout homme un désir de plénitude reste insatisfait.  Au cœur de l'humanité, un désir d'harmonie ne trouve pas d'aboutissement.  Et l'espoir continue de renaître malgré les échecs. 

     

                              Faisant cela, nous sommes aussi en communion avec ces jours de Jérusalem.  Une poignée d'homme et de femmes y veillent dans la prière jusqu'à l'avènement de l'Esprit.  Ils sont l'aboutissement de toute l'attente d'Israël.  C'est sans doute pourquoi Marie, la Mère de Jésus s'y trouve.  Elle est fille d'Israël.  Elle est aussi l'image de l'Église, elle qui est la patronne de notre UP.  Elle est dans ce groupe à la fois l'aboutissement des promesses, et en même temps l'attente de l'Église Nouvelle.  Elle est pour nous, ce dimanche, l'icône de notre attente, la figure de notre prière.

     

                              Oui, nous verrons la bonté de Dieu.  C'est notre certitude.  La bonté de Dieu sera plus forte que les tempêtes du mal et son souffle soufflera pour nous, pour une création nouvelle.

     

     


     

     

    Samedi de la sixième semaine de Pâques      23 mai

    « Demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite. » (Jn 16, 23b-28)

     

    On a souvent présenté notre foi chrétienne comme quelque chose d’ennuyeux et de bien triste.  Pourtant, la joie est un des thèmes qui revient constamment dans la Bible.  Et si vous y avez fait un peu attention, vous aurez remarqué que les titres des documents importants de notre Pape François comportent tous le mot « joie ».  Il est vrai - on doit bien le confesser - que l’Église, et l’Église c’est nous … a souvent montré une façade bien maussade !

     

    Le 1er mai, je vous avais donné comme méditation, le texte de François d’Assise sur la joie parfaite.  Essayons de creuser encore un peu plus aujourd’hui, pour voir quelle est notre joie. Car, pour la Bible, l’être humain est fait pour la joie ! La joie est tellement présente dans la Bible que la Bible va utiliser tous les termes qui la désignent aussi bien en hébreu  qu’en grec, près de 10 termes différents.

     

    Un.  La Bible nous dit que c’est un devoir pour le juif et le chrétien de se réjouir.  On le trouve toujours chez saint Paul et dans le livre des Psaumes.  Autrement dit, la joie est l’état normal du chrétien.  C’est quand nous ne sommes pas joyeux que nous sommes « anormaux ».  Avouez que c’est pas mal !!!  Et saint François de Sales disait : « un saint triste est un triste saint ».  Alors, soyons joyeux.

     

    Deux.  La source de la joie, c’est Dieu lui-même.  Un psaume dit : « Dieu, ma joie ».  Le croyant est heureux de ce que Dieu lui donne pour son bonheur.  Tout vient de lui.  Je nous invite aujourd’hui à une joie franciscaine.  Dès que nous voyons quelque chose de beau, disons simplement : « Merci, Seigneur ! ».  Une fleur, le soleil et la pluie, un bon  repas, le sourire d’un inconnu, une situation qui se débloque, le coup de téléphone de telle ou telle personne ou d’un membre de la famille …  Nous pouvons trouver des dizaines d’occasion de dire merci tous les jours.  Et chaque merci me mettra de la joie au cœur ; une joie profonde …

     

    Trois.  Cette joie ne cache pas la souffrance.  Nous sommes joyeux, pas benêts …  Ne dira-t-il pas : « Heureux ceux qui pleurent, heureux les persécutés ».  Et à la fin de l’évangile de Jean, Jésus dira : « Votre tristesse se changera en joie ».  Si vous lisez les Actes des Apôtres, nous en avons eu un exemple il y a quelque jour, nous voyons les premiers chrétiens persécutés remplis de joie.  Et dans la vie des saints, on voit sans cesse joie et souffrance se côtoyer … très mystérieusement … mais très réellement.

     

    Pourquoi ?  Simplement - vous connaissez le refrain - parce que le chrétien est un imitateur du Christ et que le Christ et son Père sont joyeux.  Si vous en doutiez, rappelez-vous la femme qui a perdu sa pièce, le berger qui a perdu sa brebis, et l’homme qui a perdu son fils.  Les trois conclusions sont : « Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !” » ; « Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !” » ; « Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” ».  Alors, imitons … Quelle belle journée !

     


     

    Ascension du Seigneur         21 mai

            L’évangile de ce jour nous dit que les disciples « retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu »

     

            Avouez que c’est quand même très étonnant ! Quand un ami s’en va, je ne suis pas sûr qu’au moment de son départ, nous soyons remplis de joie. Or l’évangile nous indique que les disciples étaient “remplis de joie”. Peut-être nous faut-il relier cela avec la prière d’ouverture de notre célébration :

     

    « Ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire ».

     

    L’Ascension du Christ représente, de manière anticipée, la victoire de chacun et de chacune d’entre nous dans sa lutte contre le Mal, contre les ténèbres ; on pourrait même dire, contre ce foutu virus. Et la prière continue : « Nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance ».

     

    C’est la superbe image du Corps que l’on trouve chez Paul.  Nous sommes un corps et dans ce corps, c’est Jésus qui est la tête.  Je vous l’ai déjà dit : À un accouchement, quand la tête est passée, le reste du corps suit tout seul.  Et c’est bien un accouchement que nous célébrons aujourd’hui : l’accouchement, la naissance d’un nouveau monde.  Jésus est déjà dans le nouveau monde - ce monde de l’amour - et nous, nous n’avons plus qu’à nous laisser aller.

     

    Il y a quelques années, j’étais au Foyer de Charité de Nivezé lors de l’Ascension.  Et lors d’une promenade, je suis allé jusqu’à l’aérodrome de Sauvenière ; cet aérodrome d’où décollent des planeurs.  Jésus, c’est l’avion.  Si vous regardez le décollage : sur le terrain, il avance facilement dirait-on.  Le câble, on ne le voit pas si on est à distance … et derrière, on voit le planeur qui dirait-on en wallon, « hosse » à gauche et à droite. Ça, c’est nous ! Oui, on fait confiance et en même temps, on n’est pas trop sûr.  L’avion Jésus s’envole et pendant quelques secondes, le planeur reste toujours au sol.  C’est l’Ascension que nous célébrons ce matin.  Et puis, voilà que le planeur décolle aussi.  Et en décollant, on dirait qu’il prend de l’assurance.  L’air le porte.  Voilà le souffle : c’est l’Esprit Saint.  Jésus a bien promis qu’il allait l’envoyer.  Nous voilà donc déjà à la Pentecôte.  Et puisque le Vent de l’Esprit porte désormais le planeur, voilà que le câble peut se détacher et le planeur continue sa route sans problème.  Il n’est plus tout-à-fait sur la terre et pas tout-à-fait non plus au ciel : C’est l’entre-deux.  Et l’entre-deux, c’est le temps de l’Église.  Nous sommes sur terre avec un goût du ciel, ou si vous préférez, nous sommes déjà au ciel, mais avec les deux pieds encore sur terre.

     

    Mais nous sommes dans la joie du déjà-là où Jésus est déjà pleinement.

     

    Difficile de parler de vacances en ce temps de confinement.  Mais, en quelque sorte, on pourrait dire que Jésus est parti prendre possession de notre appart de vacances ; il va régler les derniers détails.  Mais une chose est sûre : après le déconfinement complet, nous le rejoindrons dans cet appart.  Mais puisqu’il y est, on y est déjà un peu aussi.  D’ailleurs, il nous envoie des photos sur Facebook et WhatsApp : ce sont les sacrements.

     

    Alors, sommes-nous vraiment dans la joie et dans l’action de grâce ? Avons-nous conscience que le mystère que nous célébrons, l’Ascension du Christ Jésus, nous concerne de près ?  Sommes-nous vraiment persuadés que le Christ, montant vers son Père, nous a entraînés avec lui ?  Croyons-nous assez que le nouveau monde est déjà là, pleinement en Jésus, et qu’il finira par arriver dans notre planeur grâce au vent qui porte nos ailes ?  Oui, ce monde est possible !!!  Le monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est déjà né !     

     

    La fête de l’Ascension s’est vraiment le lien entre le ciel et la terre. La “terre” est emportée au ciel et le ciel vient nous rejoindre. Nous avons donc à vivre selon cette réalité. C’est ce que Paul nous disait : « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. »

     

     


     

     

    Mercredi de la sixième semaine de Pâques     20 mai

    « Alors Paul, debout au milieu de l’Aréopage, fit ce discours :

    ‘Athéniens, je peux observer que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : ‘Au dieu inconnu.’ Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer.’ » (Ac 17, 15.22 – 18, 1)

     

    Saint Paul a voulu faire le malin et ça ne lui a pas réussi.  Je vous rappelle : le Seigneur l’avait invité à se rendre en Macédoine et voilà qu’aujourd’hui il est conduit jusqu’à Athènes.  Il se trouve en face de personnes qui sont à la fois de grands penseurs - des philosophes - et qui possèdent une multitude de dieux.  Paul veut jouer au plus futé …  Les Grecs, pour être sûrs de ne se mettre aucun dieu à dos, avaient installé un monument au dieu inconnu.  Paul saisit l’occasion pour dire : « Ce dieu, je vais vous l’annoncer, c’est le mien, c’est le bon. » 

     

    Et il commence en employant leur langage : il fait une merveilleuse description philosophique du Dieu des chrétiens.  Et là, ça marche.  Mais Paul doit aller jusqu’au bout, et il lui faut bien parler de la Résurrection.  Et là, ça foire !!!  Pour les Grecs, il est inimaginable qu’un corps ressuscite ; eux pour qui seule l’esprit compte …

     

    Que retirer de cela pour notre vie concrète ?   Ce qui est reproché à Paul, ce n’est évidemment pas de rejoindre les Grecs dans leur système philosophique ?  Non, évidemment.  Mais Paul est comme « gêné aux entournures » pour annoncer vraiment le cœur de notre foi.  Il en parle en fin de discours, presque en appendice ; il en arrive presque à diluer le message.  Seuls deux personnes - Denys et Damaris - adhéreront à la foi ; les autres se moqueront de lui.  Cela lui servira de leçon ; il retrouvera après son caractère entier.

     

    Ce temps est pour nous aussi le temps de l’exigence absolue.  Au nom de notre foi et de Jésus ressuscité, nous ne pouvons pas amoindrir les exigences évangéliques, ni essayer de mettre Jésus à-la-sauce-ambiante en diminuant les exigences.

     

    C’est le moment de rappeler que, pour nous, et la création et l’homme doivent être désormais au centre du centre, au cœur de la vision du nouveau monde que nous voulons.  C’est ce que François appelle dans son encyclique Laudato Si, « l’écologie intégrale ».  S’il est un point positif de cette pandémie, c’est de nous avoir ouvert les yeux sur cette réalité de l’écologie intégrale.  Un monde où la création et l’homme - sommet de la création - ne sont pas au centre est un monde condamné à la mort.  Je ne peux que me réjouir que tant d’hommes et de femmes ne partageant pas notre foi pensent la même chose que nous.

     

    Alors, pas de bémol à notre discours …  Mais peut-être une « fédération » des hommes et des femmes de bonne volonté.  Car c’est ensemble, et uniquement si nous nous réunissons très nombreux que cette écologie intégrale pourra voir le jour !  Pour employer encore un langage musical : Ne jouons pas en mineur … seulement en Majeur !      

     

     


     

     

    Mardi de la sixième semaine de Pâques                  19 mai

    « Après les avoir roués de coups, on les jeta en prison, en donnant au geôlier la consigne

    de les surveiller de près. Pour appliquer cette consigne, il les mit tout au fond de la prison, avec les pieds coincés dans des blocs de bois. Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu, et les autres détenus les écoutaient. »  (Ac 16, 22-34)

     

    Les choses se passent mal pour Paul et Silas à Philippes où ils viennent de rencontrer Lydie.  Ils ont guéri une femme qui était possédée par un esprit de divination et qui rapportait de gros bénéfices à ses maîtres par ses oracles.  Rien n’a changé : l’argent règle le monde.  Et les maîtres voyant  une partie de leurs revenus s’en aller en fumée, monte la foule contre les disciples.  Cette foule se déchaîne contre eux … et les voilà en prison … Et vous l’avez lu, on n’y va pas par quatre chemins : tout au fond de la prison et pieds coincés dans des blocs !!!

     

    Luc nous dit que nous sommes maintenant en pleine nuit.  Vous vous doutez bien que Luc se contrefiche de l’heure qu’il est.  Mais il veut nous rappeler qu’à ce moment-là, ce sont les ténèbres, c’est le noir dans leur vie, plus de trace de la lumière … et on pourrait croire, plus de place pour Dieu.  Où est-il ?  Pourquoi se cache-t-il ?  Pourquoi cette épreuve ?

     

    Pas besoin d’un long discours : c’est ce que nous vivons, et en particulier, c’est ce que vivent certaines personnes touchées par le virus et des familles dans la détresse et le deuil …  Et c’est bien normal !

     

    Que font les Apôtres ? Ils prient et chantent les louanges de Dieu.  Attention, on ne dit pas qu’ils louent le Seigneur pour leur emprisonnement ; encore moins qu’ils le remercient pour ce qu’ils vivent …  Pas du tout ! 

     

    Ceux qui ont fait du scoutisme et du guidisme connaissent notre Loi et en particulier l’article 8 : « Le scout sourit et chante dans les difficultés ».  Et là aussi, non pas à cause des difficultés - nous ne sommes pas masochistes - mais dans les difficultés.

     

    Ce n’est pas non plus de la méthode Coué.  Non, c’est simplement dire notre espérance : la détresse si grande soit elle, si révoltante puisse-t-elle être n’a et n’aura jamais le dernier mot.  C’est la foi que nous avons célébrée - confinés - la nuit de Pâques.  La mort est toujours là, mais elle n’a plus le dernier mot.  Le ressuscité porte toujours les marques de la passion, mais il a été remis debout par son Père. 

     

    Nous sommes donc joyeux … en espérance …  Et si nous vivons dans l’espérance, comme dans la lecture, les autres prisonniers nous écouteront et notre espérance pourra devenir communicative !   

     

     


     

    Lundi de la sixième semaine de Pâques         18 mai

     

    « Nous avons passé un certain temps dans cette ville et, le jour du sabbat, nous en avons franchi la porte pour rejoindre le bord de la rivière, où nous pensions trouver un lieu de prière. Nous nous sommes assis, et nous avons parlé aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elles nommée Lydie, une négociante en étoffes de pourpre, originaire de la ville de Thyatire, et qui adorait le Dieu unique, écoutait. Le Seigneur lui ouvrit l’esprit pour la rendre attentive à ce que disait Paul. Quand elle fut baptisée, elle et tous les gens de sa maison, elle nous adressa cette invitation : ‘Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur, venez donc dans ma maison pour y demeurer.’ C’est ainsi qu’elle nous a forcé la main. » (Ac 16, 11-15)

     

     

    Il me faut bien mettre ce long extrait de la première lecture pour qu’on comprenne bien ce texte.  Rappelez-vous, le Seigneur a inspiré Paul et ses compagnons de se rendre en Macédoine.  Ils ont obéi.  Et c’est à Philippes qu’ils vont rencontrer la fameuse Lydie.  Lydie est la première chrétienne européenne, puisque Philippes est en Macédoine, au Nord de la Grèce.  Pour ceux qui aiment les dates, sainte Lydie est fêtée le 3 août.

     

    Qu’est-ce que la première sainte européenne dit aux Européens que nous sommes ?

     

    Un.  Lydie vient d’Asie, est installée en Europe, n’est pas juive, mais adore le Dieu des Juifs … et qui plus est, est une femme !  Ça fait beaucoup, non ?  Cela nous redit d’abord que la vocation de notre Europe est d’accueillir tout le monde, quels que soient ses origines, sa foi, son sexe.  François n’arrête pas de nous le rappeler …  « Ah voilà que le curé fait de la politique maintenant ! »  C’est vrai que les migrants, on en parle beaucoup moins depuis la crise du Covid 19.  Et pourtant, ils sont toujours bien là.  Attention donc à ne pas nous renfermer sur nos-problèmes-à-nous : « Soignons les Belges et c’est déjà pas mal ; les professionnels de la santé ont déjà assez de travail comme cela ».  Il est bon d’écouter Emmanuel André sur l’importance des soins à porter à ces gens.  Car, même si nous sommes de parfaits égoïstes, cela risque de se retourner contre nous dans une seconde vague !!!

     

    Deux.  Il n’y a pas de lieu de prières à Philippes ?  Pas de problème, elle va aller prier avec les femmes près de la rivière.  Nous n’avons plus de lieu de prières, à nous de trouver des « rivières » pour prier.  Quelles sont les rivières de mon existence ?  Ces lieux « où je me sens bien », où je suis habité par le calme et la présence de Dieu.  Peut-être le fauteuil de mon appartement, peut-être un lieu où j’aperçois un beau paysage, peut-être un coin de mon balcon ou de mon jardin …  À vous de trouver … et allez y faire un petit pèlerinage - même si c’est votre fauteuil - pour y prier le Seigneur.  Pas encore question de le faire avec d’autres ; il faudra attendre encore un peu.

     

     

    Trois.  Elle a le sens de l’hospitalité. Luc écrit d’ailleurs : « C’est ainsi qu’elle nous a forcé la main ».  On imagine bien cette patronne de PME.  Elle a du caractère ; et quand elle a une idée quelque part …  Vous connaissez le proverbe : « Un océan d’eau tiède n’a jamais cuit un œuf ; un petit poêlon d’eau bouillante peut en cuire six ».  Alors, eau tiède ou eau bouillante ?

     


     

    Sixième dimanche de Pâques       17 mai

    « Au camping du Seigneur »

    Voilà près de sept semaines que nous ne vivons plus les célébrations eucharistiques dans nos églises faites de mains d’hommes.  Comme vous sans doute, je me réjouis de pouvoir nous y retrouver : ‘Église’ signifie ‘assemblée’ et celle-ci est donc fondamentale pour notre foi.  Mais, étonnamment, l’église n’est pas la première maison de Dieu, le lieu principal de sa présence.

     

     

    Jésus le dit à ses Apôtres le soir du Jeudi-Saint : « L’Esprit de vérité (…) demeure auprès de vous, et il sera en vous. »  Et ça leur fait du bien aux Apôtres.  Dans quelques heures, ils vont être séparés de celui avec qui ils ont vécu trois années, à plein temps.  Comment continuer de vivre, alors qu’il va faire sombre, que les ténèbres vont envahir leur vie ?   N’est-ce pas ce que nous vivons peut-être en ce temps ? Le Seigneur pourrait-il nous laisser seuls, alors qu’il n’est qu’amour ?  Non, évidemment ! Alors que nous sommes à deux semaines de la Pentecôte, le Saint-Esprit nous est promis.

     

    Pour nous, il est bien plus que promis.  Depuis le jour de notre baptême, depuis notre confirmation, il est en nous.  C’est le grand mystère de l’Église dont la première lecture nous parle : « Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint » Vous imaginez ???  Dieu est en moi ; je suis désormais sa première demeure, je suis le lieu où il habite.  Et le verbe employé est très fort.  Par l’Esprit, Dieu demeure en nous.  Non, il ne fait pas une visite éclair ; il s’installe, il « plante sa tente » dit le début de l’Évangile de Jean. 

     

    Me voici donc, désormais, le camping du Seigneur.  Le Covid 19 va sans doute limiter le lieu de nos vacances …  Il n’en est pas de même pour le Seigneur.  Son camping ne changera pas ; sa tente est bien arrimée dans le cœur de chaque homme, et rien ne pourra lui donner l’envie de déménager.

     

    Alors, avec les Actes des Apôtres, émerveillons-nous de la superficie de son camping.  Non, ce n’est pas un camping rikiki.  Voilà que par Philippe, il s’étend déjà jusqu’à la Samarie … et ce n’est qu’un début.  Le psaume nous dira que, désormais, c’est toute la terre qui se prosterne devant lui …  Quel camping immense !

     

    Et pour qu’aucun habitant de la terre ne se sente exclu de la présence de Dieu, l’Apôtre Pierre nous donne un moyen infaillible : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ».  Rendez compte tout simplement !  N’essayez pas de convaincre, mais soyez des témoins joyeux et faites-le, continue Pierre, avec douceur et respect.  Car l’amour est infiniment tendre ...  Vivement qu’on se retrouve, mais d’ici-là, pas de panique : Il est là … et peut-être, que je ne le savais simplement plus !

     


     

    Samedi de la cinquième semaine de Pâques     16 mai

     « Pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien lui apparut, debout, qui lui faisait cette demande : ‘ Passe en Macédoine et viens à notre secours.’ À la suite de cette vision de Paul, nous avons aussitôt cherché à partir pour la Macédoine, car nous en avons déduit que Dieu nous appelait à y porter la Bonne Nouvelle. » (Ac 16, 1-10)

     

    Je prie tous les jours pour n’avoir aucun paroissien qui vienne me trouver en me disant qu’il a eu une apparition …  Il suffit de regarder combien le curé Peyramale à Lourdes a eu de problèmes avec les apparitions de Marie à Bernadette, pour ne pas espérer en avoir une dans son Unité Pastorale !!!

     

    Pourtant, la première lecture nous parle d’un songe de saint Paul, l’invitant à se rendre en Macédoine, ce qu’il fit directement, comprenant que c’était une invitation du Seigneur lui-même.

     

    Je n’espère donc pas que vous viviez la même chose … mais un peu quand même …  Que faut-il faire ?  Quels sont les signes que le Seigneur me donne pour bâtir le nouveau monde de l’après-covid ?  Qu’est-ce que l’Esprit nous invite à inventer pour une nouvelle Église après cette pandémie ?  Beaucoup de questions se posent à nous auxquelles nous sommes obligés de répondre.

     

    Paul a eu un contact direct avec le ciel …  Ce n’est pas notre cas … Mais, je vous parlais il y a peu de l’intuition de Cardijn pour les JOC ; intuition « théologisée » à Vatican II : « La lecture théologique des signes des temps. »  Dieu nous parle à travers sa Parole, c’est évident ; mais on avait oublié qu’il parlait aussi à travers le monde ; on y trouve des « clins-Dieu de Dieu ».  Vous l’avez compris : la faute d’orthographe est voulue !!!  Depuis 6 semaines, qu’est-ce que le Seigneur nous dit à travers ce que nous vivons ?  Et à mon avis, il nous parle à quatre niveaux.

     

    Tout d’abord : « Seigneur, que penses-tu qui doit changer dans ma vie, pour mon bonheur ? »

    Ensuite : « Seigneur, que penses-tu qui doit changer dans mon couple, ma famille, mes proches, pour notre bonheur ? »

    Trois : « Seigneur, que penses-tu qui doit changer dans le monde - en commençant par le petit monde de mon quartier ou de ma commune - pour notre bonheur ? »       

    Enfin : « Seigneur, que penses-tu qui doit changer dans l’Église - en commençant par notre Unité Pastorale - pour son bonheur ? » 

                               

    Et Cardijn invitait à une triple démarche : Voir - Juger - Agir.

    Voir, je viens de vous le dire : ouvrons les yeux et regardons les signes.

    Juger, c’est-à-dire discerner ce qui est bon et ce qui ne l’est pas ; ce qui est passager et ce qui est durable …

    Agir : Quels sont les petits pas concrets à réaliser pour avancer dans le bon sens ?

     

    Heureusement qu’on est encore confiné … parce qu’il y a du pain sur la planche ! 

     

     


     

     

    Vendredi de la cinquième semaine de Pâques     15 mai

    « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » (Jn 15, 12-17)

     

    Tous ceux qui sont passés un jour par Taizé connaissent cette icône qui est vraiment l’icône emblématique de Taizé.  Tellement emblématique que sur le cercueil de frère Roger, c’était elle qui était là à la place de crucifix.  Je l’aime énormément …  C’est l’icône de Jésus et de son ami : Le Christ et saint Ménas, supérieur du monastère de Baouit en Moyenne Égypte.  Cette icône copte du VIIème siècle est conservée au Louvre, à Paris.

     

    Je vous laisse juste un commentaire que j’ai trouvé sur cette icône et qui convient à merveille à l’évangile de ce jour : « Je ne vous appelle plus serviteurs … je vous appelle mes amis … c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. »

     

    « Sur cette icône, deux personnes côte à côte. Ils se ressemblent : même taille, même silhouette, même regard, même rayonnement de lumière. Ils ne sont pourtant pas identiques : leurs couleurs, leurs amples vêtements et leurs gestes diffèrent.

    Ils ne sont pas face à face dans une relation qui nous exclurait, mais ils partagent la même perspective. Leurs visages silencieux, leurs yeux larges ouverts nous accueillent en paix.

     

    Le Christ est reconnaissable par la croix évoquée dans son nimbe. À son côté un compagnon de route. Jésus pose son bras sur son épaule d'un geste qui ne retient pas mais qui montre le lien qui les unit et aussi la responsabilité qu'il lui confie. Il s'appuie sur son ami et l'envoie au-devant de lui.

     

    Le compagnon montre le Christ et bénit. Ce dernier geste du Christ sur la terre (Luc 24.50), propre au Sauveur sur les icônes, est accompli ici par le disciple, encouragé par son Seigneur. Bénir, c'est manifester et célébrer que Dieu veut donner la vie en plénitude.

     

    Le Christ porte un gros volume, le disciple un rouleau : la Bonne Nouvelle. Le Christ est la Parole en personne, il a transmis à ses amis tout ce qu'il a reçu de son Père et leur demande de proclamer l'Évangile par toute la terre. »

     

    Avouez que notre « boulot » pour aujourd’hui est simple : imaginer Jésus qui pose la main sur chacun de nous ; essayer de sentir toute la tendresse qu’il y a dans ce geste, l’entendre nous redire : « Tu n’es pas mon serviteur ; tu es mon ami » et enfin, oser prendre la route … confinée pour témoigner de cette bonne nouvelle. 

     

     Ah oui, aujourd’hui, la journée sera belle …


     

    Jeudi de la cinquième semaine de Pâques     14 mai

    « Demeurez dans mon amour.    Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite.     Mon commandement, le voici :

    Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 15, 9 - 17)

     

    Nous célébrons aujourd’hui la fête de saint Matthias, le treizième apôtre.  C’est lui, en effet qui a été choisi par le Seigneur pour remplacer Judas.  Oui, c’est le Seigneur qui l’a choisi, même s’il était déjà mort et ressuscité ; mais les Apôtres ont tiré au sort entre lui et Barsabbas, après avoir prié le Seigneur.  On ne sait rien de plus de lui … si ce n’est la condition sine qua non qu’il fallait pour être « candidat » : avoir accompagné les Apôtres et Jésus durant sa mission sur terre. C’est pas beaucoup, direz-vous, et en même temps, tout est là. Être chrétien, être saint, c’est marcher avec le Seigneur et avec ses Apôtres, c’est-à-dire l’Église : les deux inséparablement !  Avec la sainteté de Jésus et les péchés parfois terrible de l’Église.

     

    L’Évangile du jour est une des merveilleuses pages de Jean.  Jésus nous parle de commandement qu’il résume en un seul : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».  Attention, pas « Aimez-vous les uns les autres », mais « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».  C’est parce que nous sommes aimés que nous sommes capables d’aimer.  Nous le savons bien malheureusement : les personnes qui n’ont pas eu leur dose d’amour en étant enfant, ont souvent beaucoup de peine à aimer en vérité !  Si nous ne goûtons pas l’amour du Seigneur pour nous, nous n’aimerons pas en vérité ; tout au plus ferons-nous des « bonnes actions », des B.A.

     

    Et la conclusion est merveilleuse : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite ».  Souvent, les commandements nous apparaissent comme des entraves à notre liberté.  Mais le commandement d’amour, nous rappelle, Jésus est tout le contraire : il nous donne la joie parfaite.  N’en faisons-nous pas l’expérience en ces jours ?  Qui est le plus heureux ?  Celui qui respecte les règles de confinement ou celui qui les contourne ?  La réponse est dans la question elle-même. 

     

    Enfin, aujourd’hui est un jour spécial pour les croyants de toutes les religions.  Écoutez François : « Et puisque la prière est une valeur universelle, j’ai accueilli la proposition du haut-comité pour la fraternité humaine afin que, le 14 mai prochain, les croyants de toutes les religions s’unissent spirituellement pour une journée de prière, de jeûne et d’œuvres de charité, afin d’implorer Dieu d’aider l’humanité à surmonter la pandémie du coronavirus. Rappelez-vous : le 14 mai, tous les croyants ensemble, les croyants des différentes traditions, pour prier, jeûner et faire des œuvres de charité. » 

     

    Allez, bonne journée ! 

     


     

     

    Mercredi de la cinquième semaine de Pâques       13 mai

    « Si quelqu’un entend mes paroles et n’y reste pas fidèle, moi, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. » (Jn 12, 44-50)

     

    Comme certains d’entre vous, j’ai des oreillettes Bluetooth, ce qui me permet de me promener et en même temps d’écouter Jean-Sébastien Bach, Jacques Brel ou les Beatles (mes 3 B).  Mais si j’ai les deux mains occupées à porter des sacs par exemple, impossible de me déconnecter, je suis forcé d’écouter la musique jusqu’à mon retour. 

     

    Dans notre relation avec le Seigneur, pas d’oreillettes connectées. Quelle liberté que celle de l’homme.  Nous pouvons décider d’entendre ou de na pas entendre ses paroles ; et même entendues, l’homme est toujours libre de les accepter ou pas, d’y être fidèle ou d’y être infidèle.  Et, encore plus loin, même si je suis infidèle, le Seigneur nous redit qu’il n’est pas venu pour juger mais pour sauver. 

     

    Voilà donc notre triple boulot face au Nouveau Monde, au Royaume.

     

    Un.  Tendre l’oreille pour écouter le Seigneur.  Je vous rappelle que nous n’entendons pas la voix physique du Seigneur - sinon, je vous conseille de vous rendre directement dans un endroit spécialisé - ; mais le Seigneur n’arrête pas de nous parler, entre autres à travers les événements.  C’est ce qu’on appelle dans l’Église à la suite du Cardinal Cardijn : « la lecture théologique des signes des temps ».  Autrement dit : je regarde la situation actuelle et j’essaie de discerner ce que le Seigneur me dit.

     

    Deux.  Il me faut évidemment y être fidèle !!!  Je vous l’ai déjà dit, je pense : être un saint un jour, nous y arrivons tous …  Le problème, c’est de durer.  Et là, c’est une autre paire de manches.  Baisser le chauffage d’un degré un jour, nous y arrivons tous, mais chaque jour ??? Et je parle d’abord et avant tout pour moi qui ai toujours froid. Lol !

     

    Trois.  Il me faut sauver et non juger … ceux qui ne pensent pas et n’agissent pas comme moi.  J’avoue qu’il m’arrive de souhaiter un bon coronavirus à un chef d’État d’outre-Atlantique portant un prénom de canard …  Pas sa mort, non, mais qu’il soit bien atteint !!!  Quelle horreur !!! Mais le « vieil homme en moi » comme dit saint Paul est encore bien là.  Mais avouez que c’est pas simple de vouloir sauver cet homme … en tout cas pour moi …  J’avoue préférer le juger !

     

    Oh là là, Seigneur … Pas facile tout ça !  « Mais si, Pierre, tu es libre de le faire ou pas et moi, je ne te jugerai pas, je te sauverai ! »

     


     

     

    Mardi de la cinquième semaine de Pâques   12 mai

    « Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé, ils descendirent au port d’Attalia, et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi. » (Ac 14, 19 - 28)

     

    Lystres, Derbé, Pergé …  Paul et Barnabé commencent à voyager pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume.  Ça réussit plutôt : on les prend même pour des dieux … mais tout cela accompagné aussi de persécutions de leurs anciens coreligionnaires.  Et voilà que, de retour, ils racontent cela.  Mais n’est-ce pas aller à l’encontre de la parole du Seigneur qui a dit de faire le bien « en secret », qui nous a dit, lorsque nous faisions l’aumône que notre main gauche devait ignorer ce que faisait notre main droite ?  Et l’orgueil, vous en faites quoi ?

     

    Comprenons bien.  Tout d’abord, en lisant le texte, vous remarquez que Luc, l’auteur du livre des Actes dit « ce que Dieu avait fait avec eux » et non pas « ce qu’ils avaient fait ».

     

    Mais il faut aller au-delà de ça.  Nous le savons : on peut dire le bien que l’on fait pour se mettre en valeur, pour montrer que l’on a déjà atteint la sainteté-cinq-étoiles.  Ce n’est évidemment pas de cela qu’il s’agit ; nous serions alors le pharisien de la parabole du pharisien et du publicain.

     

    Mais on peut dire le bien que l’on fait - et surtout si l’on est conscient que c’est le Seigneur qui le fait avec nous - pour montrer que c’est possible et ainsi encourager les uns et les autres à prendre la même voie.  Alors, ce n’est pas de l’orgueil, cela devient de l’humble témoignage.

     

    Regardons François notre Pape.  On pourrait dire qu’il est bien orgueilleux …  Mais non, lorsqu’on voit son style de vie tout simple, hors des palais du Vatican ; lorsqu’on voit comme il est proche de ceux qui souffrent et des tout-petits ; lorsqu’on l’entend s’excuser quand il a eu un mouvement d’humeur … cela nous encourage … tout simplement …

     

    Est-ce que moi aussi je ne suis pas capable de vivre comme lui ?  Oui, évidemment, puisque c’est le Seigneur qui agit avec moi.  Alors, n’ayons pas peur de témoigner - humblement - de ces petites choses que nous faisons durant ce temps pour faire advenir un nouveau monde.  Partageons les uns et les autres, nos petits « trucs », nos astuces, nos résolutions.

     

    Vous le savez comme moi : on repère vite qui veut se vanter et qui veut partager … et pas de misérabilisme, car disait mon professeur de français en rhétorique : « le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois »

     


     

     

     Lundi de la cinquième semaine de Pâques     11 mai

    « Or, à Lystres, il y avait un homme qui était assis, incapable de se tenir sur ses pieds. Infirme de naissance, il n’avait jamais pu marcher. Cet homme écoutait les paroles de Paul. Celui-ci le fixa du regard et vit qu’il avait la foi pour être sauvé. Alors il lui dit d’une voix forte : ‘ Lève-toi, tiens-toi droit sur tes pieds. ‘ L’homme se dressa d’un bond : il marchait. » (Ac 14, 5-18)

     

    Vous le savez bien, chez les Juifs, à l’époque du Christ et bien avant, on considérait la maladie et la souffrance comme des conséquences du péché personnel ou communautaire.  Je vous ai déjà rappelé que c’était totalement faux évidemment.  Mais, comme toujours, il y a une once de vérité : je suis UN et donc mon cœur et mon corps sont liés.  Donc, si le coronavirus n’est en rien une punition de Dieu, il a quand même dévoilé toutes sortes de choses qui ne fonctionnaient pas dans notre société.

     

    Paul dit bien plus que : « Sois guéri ».  Il dit à l’homme : « Lève-toi ».  Dois-je vous rappeler que le verbe grec est celui pour employer : « Sois ressuscité ».  Il s’agit donc bien plus d’un retour à la vie, d’une renaissance comme Jésus dira à Nicodème que d’une guérison physique.  Mais en même temps, celle-ci n’est pas négligeable.

     

    La réaction de l’homme ne s’est pas fait attendre et elle est surprenante de rapidité : « L’homme se dressa d’un bond ».  Et on comprend : quelques lignes plus haut, l’auteur des Actes venait de nous dire : « (Paul) vit qu’il avait la foi pour être sauvé ».

     

    Et enfin, lorsque l’homme s’est mis debout, on nous dit qu’il marche.

     

    Que tout cela est beau pour nous aujourd’hui !!!

     

    Évidemment, nous espérons la guérison physique de ce maudit Covid 19.  Ne pas le désirer serait une aberration, tout comme ne pas prendre les mesures nécessaires pour hâter ce jour …

    Mais, c’est bien plus que cela : nous espérons une résurrection de notre monde, une nouvelle naissance, un monde résolument neuf.

     

    Deux.  Il faut se lever d’un bond.  Comme souvent dans l’Évangile, il n’y a pas de temps à perdre.  Je vous le dis depuis le début du confinement : c’est dès aujourd’hui qu’il faut prendre les moyens pour faire advenir ce monde.  Pas seulement des projets, mais des actes concrets.

     

    Trois.  Il nous faut avoir la foi pour être sauvé.  Si nous ne croyons pas qu’un nouveau monde est possible, alors, c’est fichu avant même de commencer.  Vous connaissez le proverbe qui dit : « Nous ne savions pas que c’était impossible, alors nous l’avons fait ».  J’adore !  Si nous regardons seulement à vue humaine, à vue-de-nez, c’est sûr que rien ne changera.  Et dès lors, en conclusion, il nous faut être bien droits sur nos jambes et marcher.  On n’empêchera jamais Jésus de marcher : même sur la croix on ne lui brisera pas les jambes : quel beau symbole …  Et le Cantique des Cantiques dira, en parlant du Bien-aimé : « Ses jambes : des colonnes de marbre posées sur des socles d’or pur. » Voilà à quoi doivent ressembler les nôtres si nous les voulons semblables à celle de Jésus ; si nous désirons ce nouveau monde …

     

    Allez, lève-toi, debout : il est temps !  

     


     

     

    Cinquième dimanche de Pâques     10 mai

     « En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien. » (Ac 6, 1-7)

     

    Bien loin d’avoir une vision idyllique sur la première communauté chrétienne, comme c’est parfois le cas, aujourd’hui, le livre des Actes nous montre un problème de l’Église primitive : les frères grecs trouvent que leurs veuves sont délaissées.  Nous proclamons chaque dimanche que l’Église est sainte, mais il n’empêche qu’elle est composée d’hommes et de femmes pécheurs comme nous tous.  On pourrait s’arrêter là, mais il me semble beau de voir comment la première communauté réagit, pour voir comment nous aussi nous devons réagir. 

     

    Tout d’abord, on va chez les Douze et les disciples.  Quand il y a un problème dans l’Église, il faut en référer aux Apôtres d’aujourd’hui qui peuvent alors analyser avec les disciples d’aujourd’hui.  Si nous voulons être dans la justice et la vérité, il faut faire part de nos problèmes aux responsables de l’Église et faire confiance à l’Esprit Saint qui, par eux, guide, soutient et fortifie son Église.

     

    Ensuite, les Apôtres rappellent les trois piliers de la vie chrétienne : prier et célébrer, annoncer et servir.  Et le service vient en premier, comme un signe de la vérité de notre prière et de notre annonce de la Parole de Dieu.  Si ceux qui portent le nom de chrétiens ne servent pas leurs frères dans l’amour, le reste est vain.  Rappelez-vous les paroles de Paul : « si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien »

     

    Enfin, ils n’ont pas peur d’inventer, puisque beaucoup de théologiens voient ici la création, l’invention en quelque sorte des diacres.  Comme disait saint Jean XXIII à qui l’on reprochait de tout changer au Vatican : « j’aime tellement les traditions que j’en invente des nouvelles chaque jour »     

     

        « Soyons des pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel ».  Voilà ce que saint Pierre dit dans la deuxième lecture de ce dimanche.  Il ne nous demande pas d'être des briques vivantes, mais bien des pierres.

    Les briques sont tristement identiques.  C'est bien, me direz-vous.  C'est vrai qu'il est beaucoup plus facile de monter un mur droit avec des briques identiques qu'avec des pierres de toutes les formes.

    L'Église n'est pas un bâtiment en briques mais en pierres.  Malheureuse Église où chacun devrait être identique à l'autre.  C'est vrai aussi qu'elle serait plus facile à construire.  Chacun s'alignerait consciencieusement sur l'autre et tout cela marcherait facilement.  Mais quelle morosité, quelle banalité.

     

    Notre Église et nos communautés sont et doivent être toujours davantage des pierres.  Ce sera plus difficile.  Nous sommes tous différents et il n'est pas toujours facile de trouver deux pierres qui s'accordent aisément l'une avec l'autre.  Parfois il faut - au sens propre - arrondir les angles.  Mais heureux sommes-nous !  Dans nos communautés, chacun trouve sa joie de voir l'autre différent de lui, mais complémentaire et parfois deux pierres qui paraissent extérieurement inconciliables, peuvent s'accorder en les mettant sous un autre angle que celui que l'on avait prévu initialement.

     

    Enfin, dans l’Évangile de ce jour, le Seigneur nous invite à la foi : « vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi », car il est « le Chemin, la Vérité et la Vie ».  Autrement dit, il nous invite à ne rien faire sans lui.  Sans lui, nous risquons de nous tromper de chemin ; sans lui la vérité de nos vies sera toute relative ; sans lui, notre vie ne sera pas une vie de ressuscité, mais une pauvre vie allant de décrépitude en décrépitude. 

    Je nous invite donc dans ce temps pascal et dans la l’attente de la Pentecôte à prier encore et toujours davantage l’Esprit du Ressuscité : alors « nous pourrons accomplir les mêmes œuvres que le ressuscité, voire même des plus grandes » nous dit Jésus, car nous serons avec lui sur le Chemin, nous connaîtrons, nous aimerons la Vérité et nous vivrons de sa Vie de ressuscité. 

    Amen ! Alléluia !    


     

    Samedi de la quatrième semaine de Pâques     9 mai

    « ‘Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée.’  Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » (Is 49, 13 - 15)

     

    En ce samedi, passons la frontière et allons chez nos voisins et cousins du Grand-Duché de Luxembourg qui célèbrent dans la joie la fête de leur sainte patronne : La Vierge Marie consolatrice des affligés.  La Consolatrice des affligés  a été proclamée patronne du Luxembourg et elle a reçu symboliquement les clefs de la ville, le 16 octobre 1666. Au même moment naissait la tradition de « l’Octave », c’est-à-dire du pèlerinage annuel qui amène les fidèles à vénérer la Vierge dans la cathédrale, où est conservée sa statue: une sculpture en bois de tilleul polychrome, de 73 cm de hauteur et remontant à la fin du XVIème siècle.  C’est cette image que je vous ai mise aujourd’hui.

                                                                                             

    Je vous rappelle la longue prière que François nous a donnée pour le mois de mai.  La dernière partie est justement adressée à Marie, sous ce vocable de Consolatrice des Affligés.  L’exercice pratique de ce jour est très court.  Je nous invite à prier simplement et doucement cette dernière partie de la prière.

     

    O Marie, Consolatrice des affligés
    embrasse tous tes enfants dans la tribulation
    et obtiens que Dieu intervienne
    de sa main toute puissante
    pour nous libérer de cette terrible épidémie,
    afin que la vie puisse reprendre
    dans la sérénité, son cours normal.

     

    Nous nous confions à Toi,
    toi qui resplendis sur notre chemin
    comme signe de salut et d’espérance,
    ô clémente, o miséricordieuse,
    ô douce Vierge Marie.

    Amen.

     


     

     

    Vendredi de la quatrième semaine de Pâques     8 mai

    « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. » (Jn 14, 1-6)

     

    L’évangile de ce jour semble continuer la première lecture d’hier …  Et c’est très bien !

     

    « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ».  Jusqu’il y a peu, on traduisait : il y a beaucoup de places.  C’était très mal traduit, parce que ça voulait dire que nous allions tous être confinés pour l’éternité dans une et une seule maison …  Et nous faisons l’expérience qu’on en a vite fait le tour même si elle grande et qu’on a envie de s’évader, de prendre l’air dans tous les sens du terme.

     

    La nouvelle traduction est beaucoup plus juste : une maison et des demeures ; on pourrait presque dire : un quartier ou une commune et plusieurs demeures.  La maison de Dieu est un ensemble de maisons.  Et comme pour les saints, chaque maison est différente, mais chaque maison a son charme.

     

    Lorsque j’étais curé à LLN, j’ai vécu dans une ville où par le choix des briques et des toits des maisons, tout se ressemble assez fort, même si c’est différent.  Mais c’est la ressemblance qui frappe.  Ce n’est pas un reproche : c’est normal pour une ville où tout a été bâti pratiquement en quelques dizaines d’années.  Impossible d’y trouver des quartiers médiévaux ou de la Renaissance …  La demeure de Dieu n’est pas LLN.  Il y a dans l’Église … mais aussi dans le monde, différentes façons d’être, de vivre, d’aimer et d’aider.  L’important, c’est qu’on « se sente bien » dans la maison.  Il y a dans nos communes de l’interculturalité, des origines différentes, des milieux sociaux, des tendances politiques … très différents.  Nous devons nous en réjouir.  L’important est que chacun s’y sente bien.  Car, lorsque je me sens bien, je suis forcément bien avec les autres.  Si je ne me sens pas bien dans ma maison, je vais devenir envieux, jaloux, méfiant.   Si je me sens bien dans ma « maison », même si je n’aime pas celle de l’autre, je serai heureux qu’il se sente bien dans la sienne, et je pourrai même aller jusqu’à contribuer à rendre sa « maison » plus belle, plus chaleureuse.

     

    C’est peut-être ça aussi le monde-d’après-le-corona que nous voulons bâtir : un monde où non seulement nous acceptons, mais où nous promouvons la différence …  Quelle qu’elle soit, si cela permet à l’autre des heureux et bien dans sa peau.   

     


     

     

    Jeudi de la quatrième semaine de Pâques     7 mai

    « De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus … » (Ac 13, 13-25)

     

    Nous sommes dans la synagogue d’Antioche de Pisidie.  C’est le jour du sabbat.  Paul et ses compagnons vont, tout naturellement, à la prière synagogale.  

     

    Les chefs de la synagogue les invitent à parler et c’est Paul qui se lance dans un « cours d’histoire sainte », comme on les appelait quand j’étais enfant.  Depuis la sortie d’Égypte jusqu’à Jésus, il va montrer comment Dieu a suscité des personnes pour guider et sauver son peuple : Juges, prophètes, rois et Jean le Baptiste pour terminer.  Mon vieux cours portait bien son nom : Histoire Sainte.  Pour nous, chrétiens, il n’y a pas d’histoire banale, mais nous sommes invités à voir la présence du Seigneur.  Et pour nous, elle est souvent bien plus discrète que celle qui nous est présentée dans l’Ancien Testament.

     

    Mais aujourd’hui, dans le temps tellement particulier que nous vivons, le Seigneur continue de susciter des saints, des prophètes ou des héros si vous ne partagez pas ma foi.  Depuis le début du confinement, nous en applaudissons certains tous les soirs et les cloches résonnent pour eux.  Mais il y en a tellement et tellement d’autres.

     

    Ce matin, je vous invite à les cueillir, au près et au loin, des petits et des grands, de très connus et des connus-que-de-vous-seul.  Et ensuite, faites-en un bouquet à contempler, à humer ; un bouquet devant lequel on s’émerveille.  C’est la première étape … et elle prendra du temps … car plus vous en trouverez, plus vous en découvrirez d’autres … et vous aurez un bouquet de pissenlits (comme je vous ai dit l’autre jour), de roses, de jasmins …

     

    Mais ne vous arrêtez pas là.   Et surtout, n’essayez en aucun cas de les imiter.  La bonne sagesse théologique dit qu’ « imiter un saint, c’est toujours le singer ».  Et c’est vrai : il n’existe pas deux personnes semblables sur terre, et donc, il n’existe pas deux « saintetés » identiques non plus.  Mais, contempler le bouquet nous permet de nous en inspirer.  J’aime beaucoup ce verbe.  Devant un bouquet de fleurs, on va inspirer profondément pour nous remplir entièrement de sa bonne odeur.  Et cette bonne odeur, fera en sorte que moi aussi, je « sente bon ».

     

    Qu’est-ce que les « saints » d’aujourd’hui inspirent comme nouvelle attitude de vie, dès aujourd’hui et pour demain ?

     

    « In-spirer » - « In-spiritu » - « Dans l’Esprit ».  Oui, si nous inspirons profondément, non seulement c’est l’odeur de chaque fleur qui viendra en moi mais c’est aussi l’odeur de l’Esprit du Seigneur.  Ah, qu’il fleure bon, celui-là !     

     


     

     

    Mercredi de la quatrième semaine de Pâques       6 mai

     « Mettez à part pour moi Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés. » Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains, ils les laissèrent partir. Eux donc, envoyés par le Saint- Esprit, descendirent à Séleucie et de là s’embarquèrent pour Chypre ; arrivés à Salamine, ils annonçaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. » (Ac 12, 24 - 13, 5)

     

    Durant le temps de Pâques, nous lisons en première lecture le merveilleux livre des Actes des Apôtres ; ce livre qui nous montre la première Église.  Ce livre est un peu au Nouveau Testament ce que le livre de l’Exode est à l’Ancien Testament.  Les Juifs étaient esclaves en Égypte et les Apôtres étaient enfermés dans le Cénacle.  Le Seigneur va faire traverser la Mer Rouge à son peuple, comme un baptême et l’Esprit va descendre sur les Apôtres enfermés, également comme un baptême.  Le Peuple va marcher dans le désert vers un pays - la Terre Promise - où coulent le lait et le miel, et les Apôtres, comme nous le voyons dans la première lecture de ce jour vont parcourir le monde entier connu de l’époque pour annoncer la Terre Promise qu’est la Résurrection de Jésus.  

     

    L’Ancien Testament est terminé, mais le Nouveau Testament se continue à travers l’Église, à travers ce que nous chrétiens « coronavirusés » vivons aujourd’hui …

     

    Alors, attention !  Alors que les Juifs sont délivrés de l’esclavage, alors qu’ils vivent le désert en direction de la Terre Promise, voilà qu’ils vont se rebeller et dire à Moïse - authentique !!! - qu’ils regrettent la soupe à l’oignon qu’on leur servait au pays des Pharaons.

    Et nous ?  Je suis convaincu que ce virus nous a permis de nous délivrer d’une vie d’esclavage - tant d’hommes et de femmes en témoignent - mais, depuis le confinement, nous marchons dans le désert.  Et grande pourrait être la tentation de regretter aussi notre soupe à l’oignon, notre vie « d’avant ».  Nous n’arrêtons pas de dire que l’après ne sera pas le même que l’avant, mais ce sera un travail ardu à faire sur nous-mêmes … car nous aimons nos certitudes, nos habitudes et nous avons beaucoup de peine à quitter le « on-a-toujours-fait-ainsi ».

     

    Et notons bien la différence entre les aliments : la soupe à l’oignon, elle n’existe pas dans la nature telle qu’elle.  Elle est le fruit de la transformation par la main de l’homme.  Dans la soupe à l’oignon, c’est nous qui avons le contrôle de la situation, qui tenons les rennes.  Le lait et le miel, ils nous sont donnés par la vache et par l’abeille … et à travers eux, par le Seigneur lui-même.  Et là, nous avons quelque peine à lui faire pleinement confiance.  Comme disait ma grand-mère : « On sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on aura » …  Quelle horreur !!! 

     

    Faire, bâtir, construire un nouveau monde, c’est d’abord et avant tout faire une confiance aveugle à l’inconnu et à l’Inconnu ; c’est nous laisser être poussé par l’esprit et l’Esprit dont nous ne savons « ni d’où il vient, ni où il va ».  Oserons-nous ?

     


     

     

    Mardi de la quatrième semaine de Pâques    5 mai

    « On célébrait la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. » (Jn 10, 22-30)

     

    Nous sommes toujours dans l’image du berger et de ses brebis.  Mais aujourd’hui, Jean nous dit que cela se passe à la fête de la Dédicace du Temple.  Voilà ce qu’un spécialiste - Richard Goulet - nous dit de cette fête : « Fête de la Dédicace, fête de la Lumière ou fête des Maccabées, la Ḥānukkāh (en hébreu : « inauguration » ou « dédicace ») est la fête juive qui commémore la Nouvelle Dédicace (en ~ 165) du second Temple de Jérusalem, trois ans après sa profanation par Antiochus IV Épiphane, roi de Syrie ; cette consécration avait marqué l'échec des tentatives de celui-ci pour supprimer la foi juive. La Ḥānukkāh commence le 25 du mois de kislev (en décembre) et dure huit jours. Le rite principal de la Ḥānukkāh consiste à allumer sur un candélabre à plusieurs branches une chandelle le premier soir, deux le second, et ainsi de suite ; ce rite a une signification spirituelle ;  il représente l'expansion constante de la foi juive : la célébration rappelle aussi une anecdote du Talmud qui raconte comment une petite provision d'huile non profanée, tout juste suffisante pour une journée, a miraculeusement brûlé au Temple pendant huit jours, jusqu'à ce que de l'huile nouvelle pût être obtenue. Pendant cette fête, il est de coutume que les enfants reçoivent des cadeaux et s'adonnent à des jeux. »

     

    Saint Jean ajoute : « C’était l’hiver ».  Monsieur de la Palisse en aurait dit autant …  Mais nous l’avons compris, Jean va au-delà du calendrier : « c’était l’hiver, il faisait froid, c’était la saison où tout est mort. »  Autrement dit, on a beau célébrer l’anniversaire de l’inauguration de la présence de Dieu dans son Temple, ce Temple est « froid », il est « mort » puisque c’est désormais Jésus qui est le nouveau Temple, la nouvelle maison de Dieu … et puisque … (vous connaissez le refrain) nous sommes imitateurs du Christ … c’est nous qui sommes désormais la maison de Dieu.

     

    Je vous l’ai déjà dit et je le redis avec force, avec d’ailleurs des évêques : je comprends le désir de pouvoir retourner à l’église pour nos célébrations.  Mais ce ne sera pas d’abord parce que c’est la maison de Dieu.  Non, ce sera pour nous retrouver en « troupeau de brebis ».  Nous sommes des animaux grégaires.  Il nous est impossible de vivre seuls, comme chrétiens ; nous avons besoin du troupeau de l’Église.  C’est pour cela qu’il court après la brebis perdue : pour qu’elle retrouve la joie de la vie en troupeau.  Un chrétien seul est toujours un chrétien en danger de mort !

     

    Je peux donc écouter la voix du Seigneur, de là où je suis ; je peux le suivre depuis là où j’habite …  Donc, pas besoin de l’église-bâtiment pour cela.  Mais j’ai besoin de l’église-bâtiment pour que NOUS écoutions sa voix et pour que NOUS le suivions. 

     

    À mon avis, ce sera une grande découverte de l’après confinement : redécouvrir la joie de la communauté chrétienne que nous sommes.  Si je viens à la messe le dimanche, c’est pour faire un beau troupeau avec les autres et sûrement pas pour être un mouton de panurge …  Quand nous pourrons revenir dans nos églises, nous re-découvrirons la belle parole du Psaume : « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis ! On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d'Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement. On dirait la rosée de l'Hermon qui descend sur les collines de Sion. C'est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours. » (Psaume 132) 

     


     

    Lundi de la quatrième semaine de Pâques     4 mai

    « Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent,   comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.   J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. » (Jn 10, 11-18)

     

    L’Évangile que nous entendons aujourd’hui est la suite de celui de la messe dominicale d’hier.  On continue de nous parler du berger qu’est Jésus et du berger que nous devons être à sa suite. 

     

    Aujourd’hui, ce sont trois nouveaux aspects du berger-Jésus qui nous sont rapportés pour que nous les mettions tous les trois en pratique.

     

    Un.  Le berger connaît ses brebis.  Vous le savez bien, Jean est pétri de la Bible et chez lui « connaître » évoque le livre de la Genèse : « Adam connut Ève et elle engendra Caïn ».  On est donc bien loin d’une connaissance intellectuelle.  Connaître, veut donc dire : « avoir une relation amoureuse ».  Faire du bien, c’est pas mal, nous dit Jésus.  Mais nous devons aller bien plus loin.  Nous devons aimer ceux à qui nous faisons du bien.  Vous connaissez comme moi ma chanson préférée chez Jacques Brel : les dames patronnesses.  De fait, elles font énormément de bien, mais elles sont incapables d’aimer.

     

    Deux.  Le berger donne sa vie pour ses brebis.  Nous ne pouvons qu’être dans l’émerveillement en contemplant tant et tant de bergères et de bergers qui donnent leur vie pour l’instant.  Et qui vont parfois même jusqu’à donner leur vie physiquement en soignant les malades atteints du Covid-19 : Combien de morts dans le personnel des hôpitaux, ou des maisons de repos : aides-soignants, techniciennes de surfaces, médecins, infirmiers et infirmières ; combien de prêtres (63 en Italie) qui ont voulu rester au chevet des mourants … Oui, le bon berger qui donne sa vie est une histoire qui se perpétue au long des siècles.

     

    Trois.  Il a encore d’autres brebis.  Être saint ou héroïque un instant, c’est difficile, mais on peut y arriver … mais il faut durer et durer toute la vie.  Vous vous souvenez de l’histoire de Vincent de Paul ?  À la fin de sa vie, on lui demandait : « Qu’auriez-vous pu faire de plus, Monsieur Vincent ? »  Il a répondu simplement, en un seul mot : « Davantage » 

     

     


     

     

    Quatrième dimanche de Pâques     3 mai

    Ceux qui ont visité les catacombes de Rome, ces immenses cimetières souterrains où les premiers chrétiens se réunissaient pour prier et ensevelir leurs martyrs, y auront vu des graffiti qui représentent Jésus comme le Bon Berger qui porte sur ses épaules une brebis égarée.

    Ce texte que nous venons de lire a vraiment marqué les chrétiens.  Mais, demandons-nous aujourd’hui, comment Jésus est berger des hommes

     

    Un.  « Celui qui entre par la porte de la bergerie, il est le pasteur des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix »  On aurait pu imaginer que le Seigneur vienne parmi nous d’une façon extraordinaire, avec tambours et trompettes, sur un char de feu, tirés par des chevaux en or ….  Pas du tout, il entre par la porte de la bergerie, c’est-à-dire de notre humanité.  C’est ce que nous fêtons à chaque Noël.  Rien de magique …  Le naturel …  Avec Jésus, tout est clair et sans fioriture.

     

    Deux.  Si le texte nous dit que « les brebis écoutent sa voix », ça veut dire qu’il parle !  Et il parle à toutes les brebis.  La Bonne Nouvelle de l’Évangile est pour tous.  Et le prophète dira, il n’élèvera pas le ton.  D’ailleurs, il vient « dans la brise légère ».  Et donc, nous sommes libres de l’écouter ou de ne pas l’écouter.  La centième brebis - que nous sommes souvent - ne l’écoutera pas …

     

    Trois.  «  Il les appelle chacune par son nom ».  Marx disait que les hommes étaient des morceaux de charbon qui faisaient avancer la locomotive de l’humanité.  Pas vraiment poétique comme vision de l’homme.  L’Évangile ne voit pas l’Église comme une caserne où tous marchent au même pas.  Non, dans l’Église, chacun a un prénom différent, chacun a une vocation unique.  Et le Seigneur veut nous faire grandir chacun dans notre vocation.  Regardez les saints : Y en a-t-il deux semblables ? François d’Assise et sainte Thérèse d’Avila ; Jean XXIII et Maximilien Kolbe …  Le curé d’Ars et Damien de Molokaï …Tous différents …  

     

    Quatre.  « Il les fait sortir ».  Ça, il nous faudra encore attendre un tout petit peu.  Mais nous connaissons le refrain de François.  L’Église n’est Église que si elle sort aux périphéries, que si elle quitte la tranquillité de sa routine, que si elle ose inventer des chemins nouveaux.

     

    Cinq enfin.  « Il marche à leur tête ».  Jésus ne nous laisse pas nous dépatouiller tout seul, après nous avoir demandé de sortir.  Non, Jésus, le Bon Berger, marche toujours à la tête du troupeau.  Nous ne devons jamais regarder en arrière, mais toujours en avant.  Il est là, il nous précède, il nous ouvre le chemin, il le déblaie devant nos pieds.

     

    Ce dimanche, l’Église prie pour les vocations, en particulier pour les vocations de prêtres.  Demandons au Seigneur de nous donner des prêtres à aimer ; des prêtres qui emploieront les méthodes de Jésus : faire retentir la Voix de l'Evangile, aider chacun à accomplir sa vocation personnelle, donner l'audace de quitter les ornières de la médiocrité et du découragement, s'exposer les premiers et aller de l'avant.

     


     

    Samedi de la troisième semaine de Pâques   2 mai

    Nous sommes gâtés ces jours-ci.  Nous fêtons aujourd’hui un des monuments de l’Église, très vénéré aussi par nos frères et sœurs de l’Orthodoxie : Saint Athanase, évêque d’Alexandrie.

     

    Athanase (ce qui veut dire immortel) a été évêque d’Alexandrie au 4ème siècle durant une quarantaine d’années et a subi au moins cinq exils durant son épiscopat pour des raisons de politique et de foi, les deux étant tellement liées à l’époque.  C’était une des douloureuses époques de l’Église, l’époque où un certain Arius - qui eut des tonnes et des tonnes de disciples, dont des évêques - prétendait que Jésus n’était pas vraiment Dieu, mais qu’il était comme un être intermédiaire entre Dieu et les hommes.

                                                                       

    Mais pourquoi donc cela nous intéresse-t-il aujourd’hui, dans notre vie très concrète ?  Je vous explique …  Athanase est Docteur de l’Église, c’est-à-dire qu’il donne un enseignement valable pour tous les temps dans l’Église.  Je vais donc m’attacher avec vous à une de ses phrases les plus connues : « Dieu s'est fait homme pour que nous devenions Dieu; il s'est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible, et il a lui-même supporté la violence des hommes pour que nous héritions de l'incorruptibilité ». (…) « En effet, avec sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme "la paille dans le feu". »

     

    Un.  « Dieu s'est fait homme pour que nous devenions Dieu ».  Voilà donc le rêve de Dieu sur nous ;  on pourrait dire qu’il veut nous rendre aussi beau que lui ; il veut nous rendre immortel comme lui - comme le montre bien le prénom du saint du jour -.  C’est important de le dire, parce que j’entends toutes sortes de discours disant que le Covid19 est voulu par Dieu ; qu’il est en quelque sorte une punition pour tout ce que nous faisons.  Quelle horreur ! Comment pourrait-on imaginer un Dieu amour qui fasse cela.  Il combat avec nous contre ce virus.

     

    Deux.   « En effet, avec sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme "la paille dans le feu". » Ça, vous le savez comme moi, c’est de l’ordre de la foi pure.  Je ne sais ni vous l’expliquer, ni vous en donner des preuves, mais c’est le cœur de ma foi et de la vôtre.  Depuis la nuit de Pâques, nous proclamons que la mort est morte.  Mais nous le faisons parfois en pleurant devant tant et tant de morts …  Hier, j’apprenais le décès d’un ami de séminaire, l’abbé Philippe Lejeune, un an plus jeune que moi …  Pas de mots, mais seulement cette certitude de foi : la mort est morte.  Mais j’imagine la tristesse de sa vieille maman, de sa famille, des paroissiens d’Aywaille où il était prêtre auxiliaire.  Mais il nous faut continuer de le proclamer : « La mort est morte »

     

    Trois enfin.  « Il s'est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible ».  Vous connaissez mon refrain : le chrétien est un imitateur du Christ.  Et donc si Jésus nous montre l’amour du Père, à nous maintenant de le montrer.  C’est donc notre boulot.  Trouvons notre petit geste du jour pour montrer au monde - à notre petit monde - cet immense amour dont nous sommes aimés et dont le monde entier est aimé !  


     

    Vendredi de la troisième semaine de Pâques                 1er mai

    Aujourd’hui, notre Unité Pastorale devait effectuer son pèlerinage à pieds depuis La Brouck jusque Banneux.  Tous ensemble, avec ceux qui nous auraient rejoints nous aurions célébré l’eucharistie avec la célébration de l’Onction des Malades.  Vous connaissez la suite … Mais le Seigneur, dans son humour, nous donne de vivre un peu ce pèlerinage.  Le thème de cette année, à Banneux, est la parole de Marie : « Je viens soulager la souffrance ».  Avec l’équipe catéchétique, nous avions choisi comme sous-titre, un proverbe allemand cité par le recteur des sanctuaires :

    « Joie partagée,

    joie redoublée …

    Peine partagée,

    diminue de moitié … »

    Nous avions décidé cela bien avant l’arrivée de ce fichu virus, et, forcément, bien avant le confinement …  Mais en relisant ce que nous avions préparé, c’est un peu comme si c’était le Saint-Esprit qui nous avait inspiré ce thème.  Alors, je vous donne à méditer aujourd’hui un des textes que nous avions décidé de vous proposer : il est de François, le petit pauvre d’Assise.  Il nous parle de la joie parfaite.  Elle n’a vraiment rien à voir avec la joie telle que l’on pourrait l’imaginer.  Elle est plutôt comme la parabole de la joie que nous pouvons vivre en ce temps.  Alors, bon pèlerinage virtuel à Banneux …

     

    « Frère Léon interrogea saint François et dit : « Père, je te prie, de la part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite. » et saint François lui répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu'il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres ; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu'il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu'à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d'injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite. »

     

    Il était également prévu de vous remettre une croix franciscaine en forme de Tau .  En voilà le sens :

    Beaucoup se demandent pourquoi les frères franciscains portent cette drôle de croix en bois qu’ils appellent le « Tau » ? Dans la Bible, le prophète Ezéchiel (Ez 9) en fait un signe d’élection divine. Saint François d’Assise adopte cette lettre comme paraphe dans ses écrits et va jusqu’à la dessiner sur les portes des cellules des frères. C’est le signe de la protection divine. Lors du concile de Latran IV en 1215, auquel François assiste, le Pape Innocent III proclame : « Soyez les champions du Tau et de la Croix. » François et ses frères, eux aussi marqués du Tau, signifient par là leur volonté d’être « les serviteurs de Dieu ».

     


     

    Jeudi de la troisième semaine de Pâques       30 avril

    « Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère :

    « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Jn 19, 25-27

     

    Hier, l’Église d’Europe était en fête avec Catherine de Sienne.  Aujourd’hui, c’est le continent africain qui célèbre Notre-Dame d’Afrique.

     

    Elle est représentée avec la peau noire, tout comme à Banneux, elle a les traits d’une liégeoise, alors que, faut-il le rappeler, Marie est juive !  Marie est toujours représentée avec les traits des femmes de la région où elle est honorée.  Quand je me rends à Pondichéry, elle a évidemment les traits d’une authentique Tamoule.

     

    Je trouve cela très beau.  C’est une manière de se faire « tout à tous ».  Paul dira, dans une de ses lettres qu’il adresse aux chrétiens de Corinthe : « Avec les Juifs, j’ai été comme un Juif, pour gagner les Juifs. (…) Avec les sans-loi, j’ai été comme un sans-loi. (…) Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. »

     

    N’est-ce pas cela le véritable amour, la véritable empathie ? Se mettre dans la peau de l’autre ; et ainsi, essayer de le comprendre de l’intérieur ; tenter de s’approcher, avec des mains tremblantes, de son mystère.  Car l’autre sera toujours en mystère et il n’y a que de l’intérieur que je pourrai dé-couvrir un peu de sa vie.

                                

    Il me semble que nous devons vivre le temps qui nous est donné de la même manière, sinon, on peut vite tomber dans un « colonialisme-social ».  Je sais ce qui est bon pour l’autre et je vais donc le lui donner.  N’allons pas trop vite…  Écoutons d’abord notre frère et notre sœur.  Quelles sont ses attentes ?  Qu’attend-il de moi ? Comment aimerait-il que je me fasse proche de lui ?  Qu’est-ce qui lui ferait vraiment plaisir ?  Alors, petit à petit, je me glisserai dans sa peau et dans son mystère.  Petit à petit, j’apprendrai que l’autre est plus important que moi.  Petit à petit, j’apprendrai que le cadeau est beau lorsqu’il est aimé par l’autre … et pas nécessairement par moi.  Combien de fois n’avons-nous pas reçu un cadeau que nous n’appréciions pas du tout, mais qui plaisait tant à celui qui nous l’a offert !  Simplement parce que l’autre n’était pas entré dans le mystère de la vie.

     

    Alors, comme Notre-Dame d’Afrique, comme Paul, demandons cette grâce de nous faire « tout à tous » … dans la vérité.  

     


     

     

    Mercredi de la troisième semaine de Pâques     29 avril

    « Père, tu as enflammé de ton amour sainte Catherine de Sienne en lui faisant contempler la passion de Jésus et en l’appelant à servir l’Église ; Par son intercession, accorde à ton peuple d’être uni au mystère du Christ, pour exulter dans la découverte de sa gloire. »

     

    Fête aujourd’hui dans l’Église, puisque nous célébrons Catherine de Sienne.  Elle est une des patronnes de l’Europe avec Benoît, Cyrille et Méthode, Brigitte de Suède et Edith Stein.

     

    Qu’a-t-elle donc de particulier pour nous aujourd’hui, cette italienne, morte en 1380, à 33 ans ?

     

    La première chose, c’est que Catherine a mis toutes ses forces à travailler à l’unité de l’Église.  Nous sommes à l’époque des Papes à Avignon.  Catherine aura une audace folle pour une petite et jeune religieuse.  Elle mettra toute son énergie à faire revenir le Pape à Rome ; et parce qu’il n’obéissait pas assez vite à sa guise, elle est allée le chercher à Avignon.  Faut l’faire, non ?   C’est sans doute la première chose qu’elle peut nous apprendre aujourd’hui : l’unité.  Nous voyons bien que cette crise peut entraîner des divisions : au sein d’un même pays, entre les différents pays de l’Europe, entre l’Europe et les autres continents …  Historiquement, toute période difficile dans l’histoire de l’humanité a toujours créé ce genre d’attitude.  Un certain Donald a eu comme slogan : « America first ».  Mais n’est-ce pas peut-être aussi une tentation qui sommeille en chacun de nous dans la recherche de masques, dans mon-déconfinement-à-moi-en-premier … Et j’en passe.  Premier boulot de la journée : être artisan d’unité là où je suis.  Plus que jamais, nous devons être et faire communauté.

     

    Deuxième grand axe de la vie sociale de Catherine : elle va se faire médiatrice de paix entre les villes du Nord et les villes du Sud de l’Italie toujours en guerre entre elles.  Elle va s’épuiser pour établir des contacts entre elles et arriver à la paix.  Vous avez vu comme cette pandémie nous fait chercher des boucs émissaires, des coupables en tout genre, vrais ou faux, peu importe.  Il est bien connu que ce qui est bon vient de moi et ce qui est mauvais vient de l’autre !!!  Il ne s’agit évidemment pas de nier les fautes des uns et des autres … et de moi-même … mais peut-être simplement d’essayer de les regarder à la manière de Catherine - qui est celle de Jésus - : voir d’abord en l’autre ce qui est beau, grand et bon.  Et puis après, et seulement après (et parfois très longtemps après) on peut les « juger ».  Et on le fera très différemment dans la mesure où on les a d’abord regarder avec des yeux de tendresse et d’amour.  Et je crois que ce deuxième boulot de la journée ne sera pas le plus simple lol.

     

    Belle fête à tous !  

     


     

    Mardi de la troisième semaine de Pâques     28 avril

    Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. (Ac 7, 51 - 8, 1a)

     

    Le brave Marx, Karl pour les intimes, a sorti cette phrase célèbre : « La religion est l’opium du peuple ».  Je crains qu’il n’ait jamais regardé la Bible d’un peu près.  Quelques jours après Pâques, la liturgie nous donne de contempler le martyr du premier diacre : Étienne.  Et déjà, quelques jours après la Noël, les chrétiens commémorent le massacre des petits enfants : les saints innocents.  Non, la foi et la joie chrétiennes ne sont pas désincarnées.  Nous ne « fumons pas la moquette ».  Non, notre joie chrétienne est et se vérifie dans les situations difficiles.  Et cela peut aller jusqu’au martyre.

     

    Et ceci va dépasser, évidemment, le cadre des chrétiens, mais touchera tout homme et toute femme « de bonne volonté ».  Pourquoi ?

     

    Durant ce gros mois de confinement, nous avons rêvé (et nous avons eu raison de le faire) à un monde meilleur, plus humain, plus convivial, plus centré sur un autre essentiel.  Nous avons rêvé une nouvelle façon de vivre en communauté.

     

    Je suis d’une nature profondément optimiste, mais je vois des signaux qui m’inquiètent …  On a critiqué durant des années la fête des Mères qui devenait par trop commerciale … et voilà que maintenant, on propose de la reculer d’une semaine pour que l’activité commerciale puisse en profiter.  Vous l’avez compris : je me mets aisément à la place des fleuristes ou des « parfumeurs » qui ont dû fermer de longues semaines.  Là n’est pas la question … Mais c’est peut-être un signe.

    La Chine vient de bâtir à la vitesse V-V’ 5 nouvelles centrales au charbon pour faire redémarrer l’économie.  Je comprends aussi …  Mais c’est peut-être un signe.

    Les commerces vont rouvrir avant que les réunions familiales puissent avoir lieu.  Je comprends encore et toujours …  Mais c’est peut-être un signe.

    Je ne parle pas du président des États-Unis qui n’a jamais cessé de laisser l’économique au tout premier plan …   Mais c’est peut-être un signe.

     

    Alors, oui, peut-être allons-nous vivre le martyre.  Non pas le martyre de sang ; mais sans doute se dira-t-il que nous sommes des doux rêveurs ; qu’il est temps de retomber les pieds sur terre ; que l’utopie c’est bien, mais qu’il y a le principe de réalité ; qu’il faut laisser cela à Greta et aux adolescents boutonneux …

     

    Et donc, allons-nous renier notre foi en un autre avenir ?  Ou, comme Étienne, accepter d’être raillé pour qu’il advienne, ce nouveau monde ?

     

     


     

     

    Lundi de la troisième semaine de Pâques      27 avril

    Aujourd’hui, je laisse la parole à François qui vient de nous écrire à propos du mois de mai tout proche.  Belle journée à tous.

     

    Chers frères et sœurs,

     

    Le mois de mai est désormais tout proche, mois où le peuple de Dieu exprime avec une particulière intensité son amour et sa dévotion pour la Vierge Marie. Il est de tradition, en ce mois, de prier le Rosaire à la maison, en famille. Une dimension, la dimension domestique, que les restrictions de la pandémie nous ont “contraints” à valoriser, également du point de vue spirituel.

     

    J’ai donc pensé proposer à tous de redécouvrir la beauté de prier le Rosaire à la maison pendant le mois de mai. On peut le faire ensemble ou personnellement ; c’est à vous de choisir selon les situations, en évaluant les deux possibilités. Mais, de toute manière, il y a un secret pour le faire : la simplicité ; et il est facile de trouver, aussi sur internet, de bons modèles de prières à suivre.

     

    De plus, je vous offre les textes de deux prières à la Vierge que vous pourrez réciter à la fin du Rosaire, et que je réciterai moi-même pendant le mois de mai, uni à vous spirituellement. Je les joins à cette lettre de sorte qu’elles soient mises à la disposition de tous.

     

    Chers frères et sœurs, contempler ensemble le visage du Christ avec le cœur de Marie, notre Mère, nous rendra encore plus unis comme famille spirituelle et nous aidera à surmonter cette épreuve. Je prierai pour vous, spécialement pour ceux qui souffrent le plus, et vous, s’il vous plait, priez pour moi. Je vous remercie et vous bénis de tout cœur.

     

    Rome, Saint Jean de Latran, 25 avril 2020

    Fête de Saint Marc Evangéliste

     

    François

     

     ============================================

     

    Prière à Marie

     

    Ô Marie,
    tu resplendis toujours sur notre chemin
    comme signe de salut et d’espérance.

    Nous nous confions à toi, Santé des malades,
    qui, auprès de la croix, as été associée à la douleur de Jésus,
    en maintenant ta foi ferme.

     

    Toi, Salut du peuple romain,
    tu sais de quoi nous avons besoin
    et nous sommes certains que tu veilleras
    afin que, comme à Cana de Galilée,
    puissent revenir la joie et la fête
    après ce moment d’épreuve.

     

    Aide-nous, Mère du Divin Amour,
    à nous conformer à la volonté du Père
    et à faire ce que nous dira Jésus,
    qui a pris sur lui nos souffrances
    et s’est chargé de nos douleurs
    pour nous conduire, à travers la croix,
    à la joie de la résurrection. Amen.

     

    Sous Ta protection nous cherchons refuge, Sainte Mère de Dieu.

    N’ignore pas nos supplications, nous qui sommes dans l’épreuve,
    et libère-nous de tout danger, Ô Vierge glorieuse et bénie.

     

     ====================================================

     

     

    Prière à Marie

     

    « Sous ta protection nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu ».

     

    Dans la présente situation dramatique, chargée de souffrances et d’angoisses qui frappent le monde entier, nous recourons à Toi, Mère de Dieu et notre Mère, et nous cherchons refuge sous ta protection.

     

    Ô Vierge Marie, tourne vers nous tes yeux miséricordieux dans cette pandémie du coronavirus, et réconforte ceux qui sont perdus et qui pleurent leurs proches qui sont morts, enterrés parfois d’une manière qui blesse l’âme. Soutiens ceux qui sont angoissés pour les personnes malades auprès desquelles, pour empêcher la contagion, ils ne peuvent être proches. Suscite la confiance en celui qui est inquiet pour l’avenir incertain et pour les conséquences sur l’économie et sur le travail.

     

    Mère de Dieu et notre Mère, implore pour nous de Dieu, Père de miséricorde, que cette dure épreuve finisse et que revienne un horizon d’espérance et de paix. Comme à Cana, interviens auprès de ton Divin Fils, en lui demandant de réconforter les familles des malades et des victimes, et d’ouvrir leur cœur à la confiance.

     

    Protège les médecins, les infirmiers et les infirmières, le personnel sanitaire, les volontaires qui, en cette période d’urgence, sont en première ligne et risquent leur vie pour sauver d’autres vies. Accompagne leur fatigue héroïque et donne-leur force, bonté et santé.

     

    Sois aux côtés de ceux qui, nuit et jour, assistent les malades ainsi que des prêtres qui, avec sollicitude pastorale et engagement évangélique, cherchent à aider et à soutenir chacun.

     

    Vierge Sainte, éclaire l’esprit des hommes et des femmes de science, pour qu’ils trouvent de justes solutions pour vaincre ce virus.

     

    Assiste les Responsables des Nations, pour qu’ils œuvrent avec sagesse, sollicitude et générosité, en secourant ceux qui manquent du nécessaire pour vivre, en programmant des solutions sociales et économiques avec clairvoyance et avec esprit de solidarité.

     

    Marie très Sainte, touche les consciences pour que les sommes considérables utilisées pour accroître et perfectionner les armements soient au contraire destinées à promouvoir des études adéquates pour prévenir de semblables catastrophes dans l’avenir.

     

    Mère très aimée, fais grandir dans le monde le sens d’appartenance à une seule grande famille, dans la conscience du lien qui nous unit tous, pour que nous venions en aide aux nombreuses pauvretés et situations de misère avec un esprit fraternel et solidaire. Encourage la fermeté dans la foi, la persévérance dans le service, la constance dans la prière.

     

    Ô Marie, Consolatrice des affligés, embrasse tous tes enfants dans la tribulation et obtiens que Dieu intervienne de sa main toute puissante pour nous libérer de cette terrible épidémie, afin que la vie puisse reprendre dans la sérénité son cours normal.

     

    Nous nous confions à Toi, toi qui resplendis sur notre chemin comme signe de salut et d’espérance, ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie. Amen.

     


     

     

    Troisième dimanche de Pâques   26 avril

    « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. (Lc 24, 13-35)

     

    Pauvres disciples d’Emmaüs.  Visiblement, ils avaient vécu de belles années avec Jésus …  Et voilà qu’en trois jours, tout s’est envolé.  Ils retournent donc chez eux. 

    Vous l’avez remarqué, nous ne connaissons le nom que de l’un d’entre eux : Cléophas.  L’autre n’a pas de nom, parce que c’est chacune et chacun d’entre nous.  Par ailleurs, les archéologues n’ont jamais retrouvé le village d’Emmaüs, parce que Emmaüs, c’est ici …

     

    C’est donc notre histoire que Luc nous raconte aujourd’hui. 

                                     

    Si nous participerons virtuellement à l’eucharistie ce matin, c’est que tous, à un moment ou à un autre de notre existence, nous avons mis notre confiance dans le Seigneur.  Oui, nous croyons qu’il peut être un soleil dans notre vie.  Mais voilà : tel ou tel événement que nous avons vécu ou telle chose que nous rêvions de vivre se sont passés, la pandémie, ses malades et ses décès nous ont ébranlés … et comme les deux disciples, nous nous demandons où est Jésus.  Est-ce que je ne me suis pas trompé, n’était-ce pas une illusion ?  Qui d’entre nous pourrait dire qu’il ne s’est jamais posé cette question.

     

    Et pourtant, nous dit Luc, voilà que le Seigneur marche avec nous sur la route, nous parle, nous explique, mais nous ne le reconnaissons pas.  Vous vous souvenez du combat de Jacob, combat à la fin duquel Jacob dira : « Dieu était là et je ne le savais pas » ou encore saint Augustin qui dira : « Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais. »

     

    Ne cherchons pas le Seigneur au loin, ne nous trompons pas de route, mais invitons-le ce matin : « Reste avec nous, Seigneur, il se fait tard et déjà le jour baisse »

    Oui, si tu veux rencontrer le Seigneur, entre avec lui dans l’auberge d’Emmaüs, cette auberge qui est notre église virtuelle ce matin.  Aujourd’hui, comme il y a 2.000 ans, il va rompre le pain et il va disparaître.  Oui, il va disparaître, puisqu’il est désormais dans ce pain, il est désormais le pain.

     

    Ce récit nous redit le cœur de notre foi.  Dieu est toujours là, même si je ne le vois pas ; Dieu est toujours là dans cette Parole que nous venons d’entendre et dans ce pain que nous allons recevoir … nous ne savons pas encore quand ...  Mais, comme pour tout amour, si le Seigneur ne rêve que d’une chose – se donner à nous, nous donner son amour – comme pour tout amour, il respecte notre liberté et se fait tout petit, tout pauvre.  « J’ai envie de toi, mais je t’aime tellement que je ne peux pas forcer ton oui »

     

    Si nous répondons au Seigneur, nous aurons le cœur tout brûlant ; si nous répondons oui à son amour, nous irons vite à Jérusalem, pour annoncer qu’il est vivant.  C’est ainsi que l’Église avance et grandit depuis 2.000 ans : par la force de témoins qui sont témoins joyeux de la Bonne Nouvelle d’un certain Jésus de Nazareth.

     

    Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité.  Alléluia !         

     


     

     

    Samedi de la deuxième semaine de Pâques - Saint Marc, évangéliste

     « En mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » (Mc 16, 15-20)

     

    Bonne fête à tous les Marc qui me lisent, en ce jour de leur fête.  Saint Marc, un des quatre évangélistes, ami de Pierre et de Paul, a écrit un récit très court, au point que certains l’ont appris par cœur ou que des comédiens, tel Samir Siad l’ont récité sur scène.  Un récit très court et qui va très vite.  Un récit essentiel au sens premier du terme : qui va au cœur, à l’essence des choses.

     

    En sa fête, la liturgie nous invite à méditer son envoi en mission … et le nôtre aujourd’hui.  Très bref aussi … en quatre points.

     

    Un.  Il s’agit d’abord d’expulser les démons. Un théologien belge donne une belle définition du démon : « Les démons sont ces esprits mauvais qui nous agitent et nous troublent. Ils se retrouvent dans nos angoisses et nos peurs incontrôlables. »  Voilà ce que nous devons supprimer … et il y a du pain sur la planche.  Beaucoup de gens dans cette pandémie sont angoissés, troublés.  Notre premier rôle, chez Marc, est donc d’apaiser, d’être des témoins d’espérance.  Le journal « La Vie » dans son dernier numéro consacrait un article à donner 10 bonnes nouvelles du monde.  Ça nous change !

     

    Deux.  Parler des langues nouvelles.  Nous en faisons l’expérience depuis un bon mois maintenant.  Il faut inventer du neuf ; ne surtout pas faire du copier-coller de ce qui était.  L’avenir est à la créativité.  « À vin nouveau, outres neuves, sinon le vin nouveau fera éclater les vieilles outres ». 

     

    Trois.  Pas de peur, puisque ni le serpent, ni le poison mortel (peut-être le désinfectant cher à Donald Trump …) ne pourront nous faire du mal.  C’est tout le mystère de Pâques que nous continuons de célébrer durant ces quarante jours du Temps Pascal : Il faut parfois du temps, mais la Vie est toujours plus forte que la mort ; la mort n’a désormais jamais plus le dernier mot !

     

    Quatre enfin.  Imposer les mains aux malades.  On voit le drame des maisons de repos.  On constate les « glissements » de personnes âgées qui se laissent mourir ; on a sans doute aussi près de nous des personnes seules.  À nous de leur imposer les mains.  Comment ?  Imaginons …  Une carte postale, un coup de fil, une petite fleur ou une mousse au chocolat sur le seuil de leur maison ou devant la porte de leur appartement …À vous d’en trouver d’autres. 

     

    Quatre petits points.  Ils sont les signes du Royaume qui avance !   

     

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia

     


     

     

    Vendredi de la deuxième semaine de Pâques         24 avril

    « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » (Jn 6, 1-15)

     

    J’avoue être fan de ce récit de saint Jean.  Car elle montre un miracle à plusieurs.  Qui a fait le miracle ?  Jésus ?  Non !  L’enfant ? Non ! Les deux ?  Oui, sans hésiter … et pas dans n’importe quel ordre. 

     

    Le premier responsable de ce miracle, c’est l’enfant évidemment.  Car le Seigneur ne peut multiplier que quelque chose.  On nous l’a appris à l’école : 1000 fois 0 … c’est toujours zéro !!!  Sans l’enfant, Jésus n’aurait rien pu faire. Dans cette crise du Coronavirus, Dieu ne peut - en Belge, ne sait - rien faire sans nous.  Il pourrait peut-être, mais il ne le veut pas.  Sinon, nous perdons notre liberté et notre capacité d’aimer dont je vous parlais hier.

     

    Qui plus est, c’est un enfant.  Pour les Juifs, à peu près rien, puisqu’il est dépendant des autres.  Il ne peut rien faire seul. D’ailleurs, il y a fort à parier que les cinq pains et les deux poissons, c’est sa maman qui les lui avait préparés.   Il est dépendant et voilà que tous vont dépendre de lui.  Dans ce moment que nous vivons, nous sommes des enfants … Nous découvrons plus que jamais notre dépendance !  Et, paradoxalement, c’est notre dépendance qui va permettre de rendre les autres dépendants de nous, dans le bon sens du terme évidemment.

     

    Mais j’ai lu une interprétation que j’aime beaucoup.  Je n’étais pas sur la montagne.  Je ne sais donc pas comment ça s’est passé.  Je le demanderai au Seigneur quand je le verrai face à face !  Mais, d’ici là, ce qui suit me plaît beaucoup.  Certains disent qu’en bons prévoyants, les Juifs n’ont pas suivi Jésus en n’ayant pas prévu un minimum à manger.  On sait bien qu’il n’est pas aisé de trouver des Colruyt dans tous les petits villages de Terre Sainte.  Alors, on a toujours avec soi, une petite musette avec de quoi manger ou à tout le moins de quoi grignoter.  Voilà qu’un enfant - insouciant sans doute - accepte de mettre sa musette à la disposition de tous.  Insouciant, inconscient et qui plus est totalement irréaliste !  Mais, les autres sont étonnés.  Il n’est rien, il n’a pratiquement rien, mais il donne.  Et, du coup, petit à petit, les autres vont eux aussi sortir leur musette et partager ce qu’ils ont.  Et comme dans chaque auberge espagnole, il y a beaucoup trop.

     

    Alors, Pierre, pas de miracle ?  Tu es un fameux curé, toi !!!  Rassurez-vous …  Je pense que le miracle est au moins aussi grand.  Rappelez-vous.  Jésus nous dit que le Royaume est à ceux qui ressemblent aux enfants.  Parce que Jésus a compris que c’est « lorsque je suis faible, que je suis fort. »  Voilà un immense miracle !  Alors, pourquoi hésiter ?

     

                        Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  


     

    Jeudi de la deuxième semaine de Pâques

     

    « Le Père aime le Fils et il a tout remis dans sa main. » (Jn 3, 31-36)

    Durant des dizaines et des dizaines d’années, on nous a fait chanter - sans heureusement y prêter trop attention vu l’heure tardive et le repas copieusement arrosé - « Pour effacer la tache originelle et de son Père, apaiser le courroux ». Vous avez reconnu évidemment un extrait du « Minuit chrétiens » qu’un baryton lançait, avec force tremolos, à la messe de Minuit.

     

    Quelle aberration, car, on imaginait en quelque sorte que le Père envoyait son Fils unique au casse-pipe tandis que lui, comme en pandémie, se lavait les mains …

     

    Saint Jean remet les pendules à l’heure.  Si le Père a envoyé son Fils, c’est parce qu’il l’aime par-dessus tout.  Et la preuve qu’il l’aime par-dessus tout, c’est qu’il remet tout dans sa main.  Vous l’avez entendu : pas beaucoup de choses, pas même presque tout …  Non : tout, absolument tout !  On pourrait même imaginer - avec tous les guillemets qui s’imposent - que le Père considère le Fils comme plus compétent que lui pour cela.  On est bien loin d’un Dieu sadique, voulant sacrifier son Fils.

     

    Mais déjà, lors du récit de la création, Dieu confiait aussi le monde entier à l’homme.  Cette création est inachevée ; à toi, humain de la continuer, de la poursuivre, de la parachever.  Et s’il nous a donné cette mission, comme pour le Fils, c’est parce qu’il nous aime, qu’il nous considère « compétent » pour le faire.  Les parents le savent bien mieux que moi : un des principes de l’éducation est de faire prendre conscience à ses enfants de ses capacités ; c’est seulement ainsi qu’il deviendra un adulte épanoui.

     

    Cela prend évidemment une couleur particulière dans ces temps que nous vivons.  Ce monde nouveau qui est à bâtir, ce n’est pas seulement notre décision ; c’est d’abord, pour les chrétiens, une mission que le Seigneur lui-même nous donne … et il nous la donne à la fois parce qu’il nous aime plus que tout, parce qu’il est convaincu que nous pouvons le faire et que, ce faisant, nous deviendrons de plus en plus des « adultes accomplis » c’est-à-dire que nous grandirons en humanité.

     

    On est loin aussi de la B.A. que nous devrions accomplir en ce confinement …  C’est bien plus beau aussi …  « Je peux le faire, je peux bâtir ce nouveau monde : Dieu croit en moi ».  Alors, fonçons …  Comme disait Baden Powell : « Plus est en toi » ! 

     

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia


     

    Mercredi de la deuxième semaine de Pâques       22 avril

    « Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière. » (Jn 3, 16-21)

     

    Que l’homme est étrange …  Dès que nous entendons le mot « jugement » nous pensons à « condamnation »…  Avouez que c’est une image bien triste du système judiciaire !  Lorsque je suis jugé, je risque aussi - j’ai la chance aussi - de ne pas être condamné.  Alors, remettons bien les choses en place.  Jésus dira par ailleurs qu’il n’est pas venu pour condamner mais pour sauver.  Voilà qui va nous aider à voir un peu plus clair dans ce texte de Jean.

     

    Vous le savez, le début de l’évangile de Jean est bâti sur 7 jours … comme le récit symbolique de la création du monde.  Et la Genèse, comme l’évangile de Jean commencent par « Au commencement ».  Jésus nous parle donc aujourd’hui d’une nouvelle création, de l’après Covid, pourrions-nous dire, du début du confinement annoncé pour le 3 mai.

     

    Première chose qu’il nous dit : « Nous avons préféré les ténèbres à la lumière ».  Pas besoin de s’appesantir longuement sur cette partie.  Le confinement nous fait prendre conscience de tout ce qui était ténèbres dans notre société.

     

    Deuxième chose.  Pourquoi avons-nous préféré les ténèbres à la lumière ?  Jean nous dit : « parce que celui qui fait le mal déteste la lumière ».  Ne dit-on pas de telle ou telle personne qu’ « elle fait ses coups en douce » ?  Ici aussi, pas besoin de beaucoup d’exemples : il y avait dans notre société comme une « obscurité morale » qui pouvait permettre tout et n’importe quoi.  Que l’on se souvienne par exemple des scandales financiers qui ont marqué « certaines œuvres liégeoises » lol.

     

    Troisième chose.  Ce qui est caché finit toujours par être dévoilé.  Et c’est cela la grande leçon de cette pandémie.  Tout apparaît au grand jour : le « chacun pour soi », le « tout pour le profit » ne peuvent pas conduire l’humanité à un plus, ni la communauté à une plus grande convivialité. 

     

    Tous, nous en sommes convaincus …  Enfin, pas tout-à-fait … Les files de voiture devant les McDo ce midi sont peut-être un signe qu’il y a encore du travail.  « I n’a co d’l’ovrèdge ! » Alors, au boulot !  Vite à la lumière !  C’est cela aussi Pâques : les ténèbres sont vaincues par la lumière !

     

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  

     


     

    Mardi de la deuxième semaine de Pâques     21 avril

    « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. » (Jn 3, 7b- 15)

     

    Nous continuons la rencontre entre Jésus et Nicodème.  Hier, Jésus l’a un peu « secoué » et Nicodème n’arrive pas à comprendre.  Humblement, il demande à Jésus de lui expliquer ; et Jésus, qui a en face de lui un bon théologien, va lui faire comprendre les choses à travers l’histoire du Peuple élu.

     

    Au désert, ayant vite oublié comment le Seigneur les avait sauvés de l’esclavage en Égypte, les Juifs vont s’éloigner du Seigneur.  La conséquence : de nouveaux des serpents … comme au jardin d’Éden.  Ses serpents ont une morsure mortelle.  Que faire ?  Moïse se tourne vers le Très-Haut qui l’invite à élever sur un poteau un serpent d’Airain.  Ce serpent guérira ceux qui le regarderont.  Cette image du serpent n’est pas propre aux Juifs ; on le retrouve sur le caducée du personnel médical - le bâton d’Esculape - et il est présent dans beaucoup de mythologies.

     

    Jésus va aller plus loin.  Jusqu’ici c’est un « autre » qui guérit.  II en était de même pour le pardon.  On envoyait dans le désert un bouc, que l’on avait chargé de tous les péchés pour qu’il aille y mourir et par le fait-même que nos péchés meurent aussi. Désormais, avec Jésus, il ne s’agit plus d’un « autre » qui va guérir, mais de lui-même.  C’est lui qui va être « l’anti-serpent » suspendu au poteau de la croix et qui guérira aussi ceux qui le regarderont.  Changement radical.  Le salut n’est plus dans un « autre », mais dans « moi ».  Jésus aurait pu inventer un autre caducée, il aurait pu dire : « allez vous adresser à Untel, il est super compétent ».  Non, il veut donner la guérison lui-même ; et cette guérison viendra par le don absolu de sa vie.

     

    Voilà qui peut être facilement transposé à notre situation de confiné.  Où est le salut ?  Chez un autre ou chez moi ?  Vais-je charger un bouc émissaire de tout ce qui n’a pas été et de tout ce qui n’est pas dans la gestion de ce fléau ?  Vais-je inventer un nouveau bâton d’Esculape vers lequel il faut se tourner ?  Non, il s’agit, comme Jésus, d’accepter que ce soit moi qui contribue à la guérison du Covid-19.  C’est plus difficile évidemment … Continuer de respecter les règles ; ne pas nécessairement se rendre chez HUBO juste pour y acheter un pinceau ; trouver un moyen pour aider ma vieille voisine … qui pourtant est vraiment ennuyeuse …  Comme pour Jésus, cela passe par une certaine mort.  Mais, nous l’avons célébré à Pâques : De la mort jaillit la vie !

     

     Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia


     

    Lundi de la deuxième semaine de Pâques     20 avril

     

    « Nicodème lui répliqua :

    ‘Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ?’ »

    « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. » Jn 3, 1-8

     

    Aujourd’hui, rencontre de Jésus avec Nicodème, ce pharisien instruit, connaisseur de la Loi au plus haut point.

    Et pourtant, ce grand savant, voilà que Jésus va le déstabiliser par deux fois.

     

    Une première fois, en lui disant qu’il lui faut naître à nouveau.  Souvent, dans notre vie, nous sommes invités à rajeunir, à faire comme nous faisions plus tôt, à retrouver l’enthousiasme de notre jeunesse, de nos commencements.  D’ailleurs, toute la publicité va de ce sens : « Paraissez 20 ans de moins que votre âge … »  Avec Jésus, c’est très différent : il ne s’agit pas de rajeunir, mais de vivre une nouvelle naissance.  Il ne s’agit pas de rembobiner le compteur de quelques milliers de kilomètres pour mieux vendre sa voiture.  Non, il s’agit de recommencer à zéro, de faire du neuf, de l’inédit ! 

     

    Depuis pratiquement les débuts de l’épidémie, on nous dit qu’il y aura un avant et un après.  Mais lequel ?  Nous pourrions être tentés de vivre comme lors des golden sixties ou de l’immédiate avant-guerre … ou que sais-je encore ?  Faire un monde avec « un peu plus de ceci » ou « un peu moins de cela » … Non, si nous voulons réussir, il faut inventer, créer, bâtir un monde résolument nouveau, un monde inédit, c’est-à-dire un monde qui n’a jamais existé si ce n’est peut-être en rêve.  Et avec le Seigneur, nous sommes toujours invités non pas à réparer mais à faire du neuf … et donc à rêver.  N’est-ce pas aussi ce que les philosophes de toutes les époques ont fait ?  Déjà Platon parlait de la Cité Idéale.  Alors, rêvons … non pas pour nous évader, mais pour mieux créer.  Comme un peintre qui rêve d’abord longuement devant le paysage avant de prendre ses pinceaux ! 

     

    La deuxième fois où Jésus va le déstabiliser, c’est par cette image du vent.  En bon pharisien, Nicodème ne pouvait imaginer que le monde juif avec sa foi.  Rien ne pouvait sortir de bon ailleurs.  Il y a avait le peuple élu et de l’autre, le reste du monde …

     

    Cela peut paraître orgueilleux - et ça l’est évidemment - mais ne risquons-nous pas tous d’être un peu comme lui.  J’ai mes idées, mes certitudes, mes priorités, ma philosophie, ma religion … etc …  Et forcément, j’ai trouvé le « bon » et le « bien ».  « Mon œil » semble nous dire Jésus.  L’Esprit - pour les chrétiens, le Saint-Esprit - souffle partout.  Alors, ose regarder ce que les autres pensent, vivent, essaient de bâtir et laisse-toi interpeller par eux.  Quels sont les rêves ou les fondations du monde nouveau qui se trouvent chez lui ?  La sagesse populaire dit qu’ « il y a plus dans deux têtes que dans une ».  Il en est également ainsi pour le nouveau monde, pour le « monde d’après la pandémie ».

     

                        Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  


     

    Deuxième dimanche de Pâques   19 avril

    « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun » (Ac 2, 42-47)

     

    Qu'il nous est bon, pendant tout le temps de Pâques, de lire et de relire ce merveilleux livre, qu'est celui des Actes des Apôtres.

     

    Oui, il nous est bon de le lire, car ce texte écrit par Luc, nous montre la première communauté chrétienne, celle qui vit de la Résurrection, toute neuve, encore.  Mais par-delà, ce livre, vieux de 2.000 ans, c'est pour nous un appel qui nous est lancé.  Chaque fois que nous ouvrons ce texte de Luc, nous voyons ce que doit être l'Église de notre temps, nous voyons ce que doivent être nos paroisses, pour vivre vraiment du Ressuscité.  Faut-il vous rappeler que notre Unité Pastorale continue de vivre - et même de bien vivre - malgré la situation que nous vivons, durant laquelle nous ne nous rencontrons plus physiquement !

     

    Sans doute, ce texte est-il un peu arrangé, sans doute, Luc a-t-il augmenté un peu les qualités de la première communauté.  Mais peu importe : Écoutons ce texte, comme un appel à être toujours davantage une communauté vivant dans la lumière du Ressuscité.

     

    Première chose que Luc nous dit : c'est que la première communauté chrétienne avait un seul cœur et une seule âme.  Le Concile Vatican II a défini la Paroisse comme étant : "La famille des familles".  C'est cela que ça veut dire !  Quand une communauté chrétienne est vraiment authentique, elle vit dans l'unité.  Nous devons toujours veiller à ne pas former des petits groupes qui vivent l'un à côté de l’autre ; mais sans se connaître vraiment.  Nous ne sommes pas des concurrents, dans l'Église, nous devons être une famille, ou comme dit saint Paul - mais c'est la même chose - nous devons être un corps.  Et dans un corps, chacun est important : le cerveau, comme les doigts ; le cœur comme le genou.  Personne ne peut dire que l'autre ne sert à rien.  Mais chacun doit remercier le Seigneur pour son frère différent de lui.

    C'est dans la prière, et d'une façon toute spéciale, dans l'eucharistie, que nous vivons l'unité.  Nous ne venons pas à la messe, seuls, nous y venons ensemble, pour remercier le Seigneur pour notre paroisse, cette seconde famille qu'il nous donne.  Et aujourd’hui, sans y venir physiquement, nous la vivons d’une manière ou d’une autre, mais … ensemble.

     

    Deuxième chose que le Seigneur nous dit, par ce texte des Actes, c'est que les premiers chrétiens mettaient tout en commun : leur argent sans doute, mais, sans doute, plus largement, toute leur vie.  Une paroisse évangélique est une paroisse où chacun partage la joie de son frère, mais aussi une paroisse où chacun porte le souci et les peines des autres.  Cela implique, mes amis, que nous nous connaissions toujours davantage.  Car comment, pourrions-nous partager les joies et les peines des autres si nous ne les connaissons pas.  C'est bon, ce que beaucoup d'entre vous font déjà, en se saluant au début et à la fin de chaque eucharistie. Et aujourd’hui, malgré le confinement, nous pouvons nous envoyer un mail, un sms, nous donner un coup de fil ...

     

    Troisième chose enfin, les Actes nous disent que dans la première communauté chrétienne, personne n'était dans la misère.  Car la vie chrétienne, elle n'est pas une vie dans les nuages : elle se vit très concrètement, jusqu'à un certain partage de nos biens.  C'est ce que nous faisons à chaque collecte. Et aujourd’hui, malgré le confinement, nous pouvons nous impliquer de toutes sortes de manières dans le soulagement de la misère dans notre pays et dans le monde.

     

    Vous le voyez, ces trois points, notre communauté chrétienne les vit déjà.  C'est bien.  Mais, par ces textes, le Seigneur nous rappelle que rien n'est jamais définitivement acquis, que ces trois points nous devons nous les rappeler toujours, et que nous devons les faire grandir toujours davantage, ici à Trooz et à Chaudfontaine. 

     

    En ce temps de Pâques, demandons au Seigneur, que sa lumière nous guide toujours plus loin sur ce chemin.

     


     

    SAMEDI DANS L’OCTAVE DE PÂQUES

     

    « Allez dans le monde entier.

    Proclamez l’Évangile à toute la création. » (Mc 16, 9 - 15)

     

    Nous sommes toujours en confinement et la liturgie nous donne un envoi en mission : « Allez », alors que je ne peux pas quitter mon domicile et « proclamez ».  Où ?  Dans ma salle de bain ?  Seigneur, tu as vraiment de drôles d’idées …

     

    Pas si drôles que ça ou plutôt encore plus drôles que ce qu’on imagine …

     

    Je vous invite à relire tout ce texte de Marc pour découvrir dans quel cadre Jésus les envoie en mission.  En fait, tous, auraient raté leur examen s’il y en avait eu un.  Heureusement, comme pour les enfants et les jeunes, il n’y en a pas cette année, pas plus que dans le Royaume.

     

    Tous.   Marie-Madeleine va leur annoncer qu’elle a vu Jésus : « ils refusèrent de croire ».  Ensuite, c’est le tour des disciples d’Emmaüs qui viennent leur raconter leur aventure extraordinaire : « Ils ne les crurent pas non plus. »  Enfin, il apparaît aux Onze : « Il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité. »

     

    On est donc bien loin d’un envoi en mission idyllique, comme une récompense à ceux sur qui il sait qu’il peut toujours compter …  Non, c’est tout-à-fait l’inverse.  Il ne leur demande même pas si, désormais, ils ont compris.  Non, juste après ces reproches il les envoie !

     

    Quel Dieu étonnant quand même.  Il sait que nous sommes petits, « bouchés à l’émeri », « avec les portugaises ensablées » … et pourtant, rien ne le décourage.  Qui plus est, ce n’est pas une petite mission qu’il donne : il s’agit de l’annoncer dans le monde entier, à toute la création.

     

    Nous le comprenons bien : seuls, nous n’y arriverons jamais, mais avec Lui, tout est possible.  Paul dira aux premiers chrétiens de Rome, persécutés et petite minorité : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

     

    Alors, de deux choses l’une.  Ou nous nous regardons dans notre confinement - et c’est un risque - et alors, nous ne bougerons pas, terrorisés que nous serons devant l’immensité de la tâche, ou nous regarderons le Seigneur qui est en nous … et alors, nous foncerons - même en restant dans notre maison.  Je découvre sur Facebook des images du Père Anil et d’autres du Volontariat en Inde.  Ils n'ont rien, mais ils ont confiance.  Ils n’ont rien et ils donnent ce qu’ils ont.  Et je ne sais comment, mais des tonnes de pauvres de Pondichéry ou du village d’Anil sont nourris.  Nous n’avons que cinq pains et deux poissons …  Mais distribuons-les et, l’amour aidant, ils se multiplieront !

     

                      Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  

     

    Vendredi dans l’octave de Pâques        17 avril 2020

     

    Or, cette nuit-là, ils ne prirent rien. Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » (Jn 21, 1-14)

     

    Personnellement, j’aurais eu envie de dire à Jésus « Mais de quoi je m’mêle ».  Comment se permet-il de donner des conseils à des pécheurs chevronnés, lui, cet inconnu à leurs yeux ?  Et pourtant, étonnamment, ils vont le faire et les filets seront pleins « à craquer ».

     

    Difficile de quitter ses habitudes qui deviennent vite ses certitudes.  François, notre Pape, n’arrête pas de nous dire qu’il faut bannir à tout jamais cette phrase : « On a toujours fait ainsi » qui est une autre manière de dire : « De mon temps »

     

    Mais voilà qu’ils osent créer du neuf ; voilà qu’ils osent sortir de l’habitude ; voilà qu’ils osent risquer une aventure.  Et ce n’est qu’un début …  Parce qu’ils vont devoir en oser bien d’autres après la Pentecôte en quittant tout pour annoncer la Bonne Nouvelle aux quatre coins du monde.  À Chennai, en Inde, je suis allé prier sur ce qu’on dit être le tombeau de saint Thomas.  Et je me disais : « Mais quelle audace il a dû avoir, quelle foi chevillée au corps pour aller au-delà du monde connu de l’époque ».  Mais il l’a fait et dans le Kerala et le Tamil Nadu, la foi chrétienne s’est bien installée.

     

    Notre ami Covid nous invite aussi à inventer de nouveaux chemins pour notre vie personnelle, notre vie en société et notre vie ecclésiale.

    Notre vie personnelle d’abord.  Plusieurs m’ont dit que ce temps de confinement est pour eux comme une retraite, ou s’ils ne partagent pas ma foi, comme un espace de réflexion.  Dans ma vie « normale » il est possible de prendre un petit temps tous les jours pour prier ou réfléchir.  Je le dis à tous les mariages, lorsque j’invite les futurs époux à prendre dix minutes tous les jours pour se dire leur amour.  Et je prends comme exemple le Mundial ou l’Euro.  Que de temps nous parvenons à trouver pour regarder ces hommes courant après un ballon …

    Notre vie en société.  Je n’arrête pas de nous le rappeler depuis le début du confinement.  Je ne suis pas seul sur la terre …  Combien de temps vais-je décider de donner chaque semaine à mes frères et sœurs, pour que la solidarité de ce temps ne soit pas un feu d’artifice, merveilleux, mais bien court ?

     

    Ma vie ecclésiale enfin.  Ce temps nous aura rappelé que si l’eucharistie est « source et sommet de la vie chrétienne » selon une antique expression, elle n’empêche pas de vivre sa foi chrétienne au jour le jour.  À une époque où il fallait une dérogation - très longue à venir - pour pouvoir célébrer la messe seul, Charles de FOUCAULD est resté des mois sans l’eucharistie …  Et faut-il le dire, il n’avait pas l’eucharistie par internet ou la TV.  Et pourtant, voilà un grand saint …  Maximilien KOLBE, dans son cachot ne l’avait pas non plus.  Et pourtant, voilà un grand martyr du siècle dernier …  Et l’on pourrait continuer.  Nos sœurs moniales de Brialmont n’ont plus l’eucharistie … et elles ne la regardent pas à la TV … Dieu n’est pas esclave de son eucharistie pour nous donner son amour.  Il trouve et trouvera toujours d’autres moyens.  S’il est un mérite de notre absence d’eucharistie, c’est bien de ne pas avoir une « spiritualité à tiroir »

     

    J’ai vu un dessin humoristique où l’on voit Satan dire : « Je suis parvenu à faire fermer toutes les églises ».  Et Dieu de lui répondre : « Mais non, désormais, il y en a une dans chaque maison !!! »   

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia

     


     

    Jeudi dans l’octave de Pâques      16 avril 2020

     

    « Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : ‘La paix soit avec vous !’ Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai.’ Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : ‘Avez-vous ici quelque chose à manger ?’ Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux. » (Lc 24, 35-48)

     

    J’aime beaucoup les récits des apparitions du Ressuscité.  Ils nous disent le cœur de notre foi, d’une façon toute simple : des « visites » du Seigneur à ceux qui l’aiment et à ceux qu’il aime.  Alors, regardons ce qu’il dit, juste après la visite à Emmaüs.

     

    Tout d’abord : « La paix soit avec vous ».  Je vous rappelle ce qu’est la paix.  Voilà ce que dit la théologie : « Ce mot désigne la tranquillité de l’âme et l’arrêt des conflits. Dans la Bible, la paix est une promesse. À la naissance de Jésus, les anges chantent ‘Paix sur terre’. Ressuscité, Jésus dit à ses disciples ‘la Paix soit avec vous’. Cette paix est l’assurance de la présence de Dieu pour toujours à nos côtés. » Recevoir la paix du Seigneur, c’est donc découvrir la certitude qu’il est toujours là ; il me le promet et cela doit me donner la paix de l’âme.  J’étais adolescent et je participais à une eucharistie où une religieuse venait témoigner de sa mission en Afrique.  Elle travaillait en brousse et était souvent seule.  Elle m’énervait parce qu’elle n’arrêtait pas de sourire.  En bon adolescent boutonneux, je suis allé la trouver : « Comment pouvez-vous sourire alors que vous êtes souvent seule ? ».  Sa réponse fut courte : « Mais il est toujours là ».  Le boutonneux est resté sans voix !  Alors, si je me sens seul dans mon confinement, pourquoi ne pas avoir un bout de conversation avec lui, puisqu’il est là ?  Il me l’a promis …

     

    Ensuite : « C’est bien moi ».  Évidemment, il est dans ma maison, mon appartement, mais il est aussi dans toutes les personnes qui portent les plaies de la passion.  Nous aimerions sans doute que le Seigneur ressuscité apparaisse « cicatrisé » même mieux, qu’une céleste chirurgie esthétique ait même fait disparaître les cicatrices de la Passion.  Mais non, le ressuscité visite ses amis, vivant mais avec les plaies de la mort.  On comprend donc qu’ils ne le reconnaissent pas de prime abord.  C’est sans doute la même chose pour nous.  Nous voyons des images terribles à l’écran des soins intensifs ou de maison de repos.  Pas facile de nous dire que là est le Ressuscité aujourd’hui, manquant d’oxygène - c’est d’ailleurs ainsi qu’il est mort sur la croix : ne parvenant plus à respirer -, seul, abandonné…  Et pourtant …

     

    Enfin : « Avez-vous quelque chose à manger ? » Quel Dieu étonnant !  Non seulement, il fait corps, il fait « un » avec les souffrants, mais en plus, lui, le Ressuscité, le glorifier, il nous demande de le nourrir.  Déjà à la Samaritaine, il avait demandé à boire ; encore sur la croix, il a exprimé sa soif ; et maintenant sa faim.  Étonnant, lui qui a dit que l’homme ne vivait pas seulement de pain, mais de la Parole.  Étonnant, lui qui n’a pas voulu changer les pierres en pain mais qui les a multipliés pour la foule.  L’humanité crie sa faim et sa soif et Dieu, qui s’est fait homme parmi les hommes, nous demande aussi à manger …  Voilà notre boulot du jour : nourrir le Ressuscité !     

     

                Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  


     

    Mercredi dans l’octave de Pâques        15 avril 2020

    « Pierre déclara : ‘ De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. ‘ Alors, le prenant par la main droite, il le releva et, à l’instant même, ses pieds et ses chevilles s’affermirent. » (Ac 3, 1-10)

     

    Pour beaucoup d’entre nous, on pourrait transposer « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas » en « des compétences médicales ou infirmières, je n’en ai pas ».  Peut-être pourrions-nous rêver à cela : devenir ces véritables héros et héroïnes de cette pandémie …  Mais le rêve n’a jamais guéri une seule personne.  François de Sales, ce grand évêque de Genève disait : « Il faut fleurir là où on a été semé ».  Et c’est sans doute la clé de tout.  Il faut fleurir, non pas rêver de fleurir ; la floraison, nul n’en est dispensé. Mais la manière et le lieu, nous les choisissons pas, ils nous sont donnés.  Inutile de rêver être une rose si je suis une pâquerette, ou un pissenlit si je suis un lilas.  Si tu es rosier, donne des roses et si tu es lilas, embaume de ton doux parfum.  Et pourquoi donc a-t-on décidé que la rose était plus belle que le pissenlit ?  Absurde !  Vous le savez, c’est très culturel : Au Japon, on offre des chrysanthèmes en signe de bienvenue (sic !).

     

    Mon saint Patron n’a pas de compte au Lichtenstein ou en Suisse ; il n’est qu’un pauvre pêcheur galiléen qui a eu pratiquement trois ans de chômage en suivant Jésus … et en plus, il a toujours sa belle-mère, le pauvre ! Il pourrait donc se justifier face au mendiant de la belle porte ; mais ce serait une manière de se désengager, de rêver d’être quelqu’un d’autre.

     

    Il n’a ni or ni argent, mais il a Jésus.  Et, avec lui, et comme lui, il va pouvoir guérir cet homme.

     

    Je ne suis ni médecin, ni infirmier, mais je crois que mon petit pissenlit peut aussi rendre de l’espoir au « monde de la pandémie ».  Ce que je ferai, si petit cela soit-il, pourra ressusciter, guérir, apaiser, soulager.  N’est-ce pas cela aussi la foi ?  Croire en l’impossible ; croire en cette force du ressuscité avec qui je peux tout.  C’est Paul qui dira encore aux chrétiens de Philippes : « Je peux tout en celui qui est ma force ».  Il est le terreau qui fera fleurir mon pissenlit et le rendra aussi beau que la rose baccara !

     


     

    Mardi dans l’octave de Pâques

    « Jésus lui dit alors : ‘ Marie ! ‘ S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : ‘ Rabbouni ! ‘, c’est-à-dire : ‘ Maître ‘. » (Jn 20, 11-18)

     

    Marie-Madeleine vient de trouver le tombeau vide et elle pleure.  Elle rencontre Jésus qu’elle prend pour le jardinier : elle ne le reconnaît pas.  Il faudra que Jésus l’appelle par son prénom pour qu’enfin, elle reconnaisse le Ressuscité.

     

    Être appelé par son prénom …  C’est le cas dans toute la Bible : Abraham, Moïse, Samuel, Jérémie …  Parfois même, le Seigneur va changer le nom.  Abram devient Abraham, Jacob devient Israël et Simon deviendra Pierre.  La tradition s’est perpétuée aujourd’hui : Si les religieuses ou les moines ne changent plus automatiquement de prénom, la tradition est conservée pour le Pape : Jorge devient François.

     

    Attention à tous les chiffres que nous entendons tous les jours.  On risque de ne plus voir que des statistiques, des courbes, des pics ou des plateaux.  Mais derrière chaque « numéro » il y a une personne unique, irremplaçable.  Pour moi, il y a Anne-Marie, une ancienne secrétaire d’une de mes anciennes UP et Pierrot, un responsable de Pompes Funèbres que j’ai rencontré plusieurs fois par semaine durant neuf ans.  Je pense à mes amis indiens que j’ai quitté en février et dont je me demande si je les reverrai … Il y a aussi la dizaine de personnes de notre UP dont j’ai célébré les funérailles depuis le début de la pandémie.  Je ne les connaissais pas et pourtant, la liturgie m’invite à les appeler par leur prénom et à les tutoyer.  Oui, ils sont uniques et irremplaçables !

     

    Je crois qu’au-delà des chiffres, cette pandémie fait grandir majoritairement la fraternité entre nous.  Nous avons, plus que jamais, conscience d’appartenir à une seule et même famille.  La fraternité : se reconnaître comme frères et sœurs.  Et dans une famille, on s’appelle par son prénom !

     

    Comme pour la Madeleine, si nous sommes appelés par notre prénom par une personne, je la reconnaîtrai au sens fort du terme ; je la connaîtrai à nouveau.  Et « connaître », dans la Bible, c’est « avoir une relation d’amour ».  Vous imaginez ?  Désormais, mon voisin, ma voisine est un frère, une sœur et je l’aime … et elle m’aime …

     

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  


      

    Lundi dans l’octave de Pâques

     

    « Quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. » (Mt 28, 8 - 15)

     

    L’humour du Seigneur est sans pareil.  Il connait notre situation de confinés et pourtant, comme dans l’évangile d’hier, de nouveau, on va marcher et courir beaucoup dans l’évangile de ce lundi de Pâques.

    Tout d’abord, les femmes qui courent annoncer la Bonne Nouvelle aux disciples.   Cela nous rappelle ce que nous savons, mais que nous avons à redécouvrir chaque jour : nous ne sommes pas là pour faire la morale au monde, mais pour leur annoncer une Bonne Nouvelle : « Le Seigneur est vivant, il t’aime et il veut te rencontrer ».  Elles quittent le tombeau vite, nous dit Matthieu et elles courent.  Cela nous dit bien l’urgence de cette mission de l’Église.  Et l’Église le fait avec crainte et joie. 

     

    La joie, on comprend facilement.  La crainte, ce n’est pas du tout la peur dans le langage biblique.  La crainte, c’est l’étonnement devant ce qui vient de nous être dit.  Autrement dit, la Bonne Nouvelle que nous avons à annoncer au monde ne « passera » que si nous en sommes étonnés et émerveillés.  La résurrection et la certitude d’un Dieu qui nous aime nous émerveille-t-elle encore et nous comble-t-elle encore de joie ?

     

    C’est alors qu’elles font cette démarche que Jésus vient à leur rencontre.  Étonnant …  Il aurait pu venir à leur rencontre avant qu’elles ne partent …  Eh bien, non, Jésus ne nous rencontre que lorsque nous partons en mission, que lorsque nous sommes les témoins de sa Bonne Nouvelle.  C’est une manière de nous dire que lorsque nous l’annonçons, il est toujours avec nous ; qu’il ne nous laissera jamais seul dans l’annonce de l’Évangile ; il est le premier annonciateur de la Bonne Nouvelle.  Et c’est pour cela qu’il leur dit : « Soyez sans crainte », « ne soyez pas étonnés ». 

    Après l’étonnement, il faut annoncer.  N’est-ce pas ce que nous vivons à chaque eucharistie virtuelle ou réelle ?  Pendant une heure, nous nous étonnons d’un Dieu si proche de nous …et puis nous sortons de l’église pour l’annoncer et en vivre.

     

    Les grands-prêtres et les Anciens, eux, n’entrent pas dans cette Bonne Nouvelle : ils n’acceptent pas d’être étonnés, bouleversés, envoyés …  Et donc, rien n’a changé.  Quand on n’accepte pas un Dieu proche, on choisit un autre dieu tout proche, le dieu argent.  C’est ce Dieu que Judas a choisi et qui a conduit à la mort ; c’est ce Dieu que les gardes accepteront et qui servira à dire que Jésus est toujours dans la mort.  Oui, tous les jours, il nous faut choisir entre le Dieu de la Vie – Jésus ressuscité – ou le Dieu de la mort – Mammon -.

     

    Avec le psaume, disons-lui : « Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie !  À ta droite, éternité de délices ! ».    

     

            Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

     


     

     

    Dimanche de la Résurrection          12 avril 2020

     

    « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. » (Jn 20, 1-9)

    On n’arrête pas de nous dire - très justement par ailleurs - de ne pas sortir de nos maisons.  Mais aujourd’hui, nous célébrons celui qui est sorti de sa dernière demeure.  Et alors que nous sommes confinés, voilà que l’évangile nous invite à courir !!! 

    Marie-Madeleine, partie avant tout le monde pour aller au tombeau en revient en courant …  Puis les deux autres qui s’y mettent aussi : Pierre et Jean.     

        

    Et la vie et Pâques nous font courir, même en pleine pandémie !

    La vie d’abord ...  Comme Marie-Madeleine, la vie nous fait courir quand nous avons l’impression que ce qui lui donnait de la saveur disparaît.  Jésus a donné de la saveur à l’existence de Marie, il l’a déjà ressuscitée en quelque sorte … et voici que tout semble avoir disparu.  Il était la lumière du monde … et plus de lumière ….  Il était le sel de son existence … et tout devient fade.  C’est son désespoir qui la fait courir et elle court vers l’Église : l’Église mystique – Jean – et l’Église institutionnelle – Pierre -. Si Jésus n’est plus là, est-ce que vous, Pierre et Jean, pourrez donner du sens et de la saveur à mon existence ?

     

    Voilà la première chose qui nous est demandée en ce matin de Pâques.  Être des hommes et des femmes qui sont là pour accueillir les détresses de leurs frères, pour écouter ce que le monde nous dit de sa recherche de sens. Être à notre tour le sel de la terre et la lumière du monde.

     

    Deuxième sprint.  Celui de Pierre et de Jean.  Ils ne comprennent pas, mais ils vont jusqu’au tombeau.  Ils y seront témoins de l’impensable.  Il leur faudra entrer dans le tombeau et voir les signes de la mort, pour comprendre la résurrection.

     

    Voilà le deuxième travail qui nous est donné ce matin.  Il ne s’agit pas de croire en la Résurrection ; il s’agit d’en faire l’expérience : « il vit et il crut ».  L’Église et nos paroisses peuvent faire tous les discours possibles pour convaincre de la bonne foi de notre foi, … cela ne sert de rien.  Non, une communauté chrétienne, est une communauté qui fait d’abord l’expérience inouïe d’un Dieu vivant aujourd’hui.  Et cela, nous ne pouvons le faire que par la prière et par l’action ; les deux ensemble indissociablement !

     

    Par la prière : Si Jésus n’est pas vivant, à quoi ça sert de le prier ?  Plus nous prierons, plus nous goûterons que toi, Jésus, tu n’es pas une idée ancienne, mais que tu es là aujourd’hui. Je peux te parler comme un ami parle à son ami.

     

    Par l’action : C’est par nos actes que les habitants de notre monde pourront comprendre que Jésus est vivant.  Il n’a plus que nos mains et nos jambes aujourd’hui pour annoncer la Bonne Nouvelle.  C’est ce que Pierre fera, avec les Apôtres et les premiers chrétiens.  C’est ce que l’Église tente de faire depuis 2.000 ans et doit faire davantage encore aujourd’hui. 

     

    Voilà le vrai boulot de l’Église en ce dimanche de la Résurrection. 

    Sainte fête de Pâques.

    Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! 

     


     

     

    Samedi-Saint                                                       11 avril 2020

    On confond souvent le Samedi-Saint et la Vigile Pascale.  En fait, la Vigile Pascale se célèbre la nuit de Pâques …  Elle est déjà le dimanche de la Résurrection, puisque pour nos frères juifs, le jour commence la veille au soir.

    En fait, le Samedi-Saint, est le « jour des ténèbres ».  Il n’y a aucun office, si ce n’est la Liturgie des Heures (le Bréviaire, pour faire court). En Jésus, la mort a frappé Dieu « en plein visage ».

    C’est le jour du grand silence.  Le Samedi-Saint, l'Église demeure auprès du tombeau de son Seigneur dans le silence.

    Je respecterai aussi ce silence.  Je vous laisse seulement un extrait d’une très ancienne homélie du Samedi-Saint.  Méditons-la lentement … dans le silence …

    « Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles (...). Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils (...) ‘Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, je suis la Vie des morts’ » (Ancienne homélie pour le Samedi Saint : PG 43, 440A. 452C. 461).

     

     


     

    Vendredi Saint   10 avril 2020

    Chemin de Croix

     

    in Prières de Michel QUOIST

    1ère Station : Jésus est condamné à mort

     

    C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. » Alors ils crièrent: « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi ? » Les chefs des prêtres répondirent : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » Alors il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié et ils se saisirent de lui. (Jn 19,14-16)

     

    Seigneur, il est trop tard pour te taire,

    tu as trop parlé;

    il est trop tard pour te laisser faire,

    tu t’es trop battu.

    Tu n’étais pas raisonnable, non plus, tu exagérais,

    ça devait arriver.

    Tu as traité les gens de bien, de race de vipères.

    Tu as embrassé les lépreux pourris.

    Tu as parlé avec les étrangers.

    Tu as dit que les prostituées seraient les premières au paradis.

    Tu as été ami avec les pauvres, les pouilleux, les estropiés.

    Tu as été un mauvais pratiquant des règlements religieux.

    Tu as voulu interpréter la Loi

    et la réduire à un seul petit commandement : Aimer.

    Maintenant, ils se vengent.

    Ils ont fait des démarches contre toi.

     

    Seigneur, je sais que si j’essaye de vivre un peu comme toi,

    je serai condamné. J’ai peur. On me montre déjà du doigt.

    Certains sourient, d’autres se moquent.

    Certains sont sur le point de me trahir.

    J’ai peur de m’arrêter en chemin.

    J’ai peur d’écouter la sagesse des hommes.

    Et pourtant, Seigneur, je sais que tu as raison,

    Aide-moi à lutter, aide-moi à parler,
    aide-moi à vivre ton Evangile jusqu’au bout,

    jusqu’à la folie, la folie de la Croix.

     

     

    2ème Station : Jésus est chargé de sa croix

     

    Jésus, portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu-dit « Le Crâne, ou Calvaire », en hébreu : Golgotha. (Jn 19,17)

     

    Seigneur, voilà ta Croix.

    Ta croix, comme si c’était ta croix!

    Tu n’en avais pas,

    tu es venu chercher les nôtres,

    et tout au long de ta vie, t

    out au long du chemin de ta passion,

    tu as pris – un à un –

    les péchés du monde entier.

    Marche maintenant,

    Et courbe-toi,

    Et souffre,

    Mais avance,

    Il faut que la croix soit portée

     

    Seigneur, tu chemines silencieusement ;

    c’est donc vrai qu’il y a un temps pour parler et un autre pour se taire ?

    C’est vrai qu’il y a un temps pour lutter

    et un autre pour accepter de porter en silence

    nos péchés et les péchés du monde ?

    Seigneur, j’aimerais mieux me battre avec la croix;

    mais la porter, c’est dur.

    Et plus j’avance, plus je regarde le mal dans le monde,

    plus la croix pèse sur mon épaule.

     

    3ème Station : Jésus tombe pour la première fois

     

    L’Évangile ne dit rien des chutes de Jésus sous  le poids de sa croix, mais il les laisse entendre quand il nous montre les soldats réquisitionnant Simon de Cyrène pour l’aider à la porter. Aussi, la tradition indique une première chute dans la ville de Jérusalem, avant la rencontre avec le Cyrénéen.

     

    Il est tombé.

    Un instant il a titubé, comme un homme ivre,

    et puis il s’est abattu.

    Dieu a mordu la poussière.

    Ainsi, Seigneur, à ta suite, 

    je suis parti confiant,

    et me voilà tombé.

    Je croyais pourtant m’être définitivement donné à toi,

    mais je t’ai laissé.

    J’ai laissé l’encombrante croix  et me voici en dehors du chemin.

    Et les autres passent sur la route, Seigneur, brisés, foutus.

    Et les croix se préparent et les dos s’arrondissent.

     

    Seigneur, donne-moi non seulement de partir à ta suite,

    mais aussi de tenir.

    Évite-moi ces fautes de surprise qui me laissent stupide et vide, 

    loin de ton chantier où se bâtit le monde.

     

    4ème Station : Jésus rencontre sa mère

     

    L’Évangile de Jean nous montre Marie au pied de la croix avec des saintes femmes. Une tradition qui remonte au 5ème siècle veut qu’elle ait rejoint son fils pendant le trajet et compati à ses souffrances, les offrant pour nous avec sa douleur.

     

    Seigneur, ta pauvre Mère me fait pitié.

    Elle suit. Elle te suit.

    Elle suit l’humanité sur son chemin de Croix.

    Elle marche dans la foule, anonyme,

    mais elle ne te quitte pas des yeux. 

    Pas un de tes gestes, pas un de tes soupirs,

    pas une de tes blessures ne lui sont étrangers.

    Elle connaît tes souffrances.

    Et sans t’approcher, sans te toucher, sans te parler,

    avec toi, Seigneur, elle sauve le monde !

     

    Souvent, mêlé aux hommes,

    je les accompagne sur leur chemin de croix, et je suis écrasé par le mal.

    Je me sens incapable de sauver le monde.

    Il est trop pesant et trop pourri et chaque jour au détour de la route,

    je fais connaissance avec de nouvelles injustices

    et de nouvelles pauvretés.

    Seigneur, aide-moi à cheminer parmi les hommes.

    Fais que jamais je ne baisse les yeux.

    Que jamais je ne ferme mon cœur.

     

     

    5ème Station : Simon de Cyrène porte la croix derrière Jésus

     

    Pendant qu’ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. (Lc 23,26)

     

    Il passait sur la route, ils l’ont réquisitionné.

    C’est le premier venu, un inconnu.

    Seigneur, tu acceptes  son aide.

    Seigneur Tout-Puissant,

    tu te fais aider par l’homme impuissant.

     

    Seigneur, tu veux avoir besoin de l’homme.

    Seigneur, j’ai besoin des autres.

    La route des hommes est trop dure pour être parcourue seul.

    Mais j’écarte les mains qui se tendent.

    Je veux agir seul, je veux lutter seul, je veux réussir seul.

    Et pourtant à mes côtés cheminent un ami, un époux, un frère,

    des voisins, des copains d’école, des collègues de travail...

    Tu les as placés là, Seigneur, et je les ignore trop souvent.

    Pourtant, c’est tous ensemble que nous sauverons le monde !

    Seigneur, aide-moi à découvrir tous les « Simon » de ma route,

    tous ceux qui m’accompagnent au fil des jours.

     

     

    6ème Station : Véronique essuie la face de Jésus

     

    L’Évangile ne nous dit rien de cette femme qui essuya le visage de Jésus, couvert de sueur et de sang, et en reçut l’empreinte sur son linge. On  vénérait à Rome, au 12ème siècle, le voile de Véronique, et l’événement sans doute légendaire fut commémoré dans le chemin de croix.

     

    Seigneur, elle t’a longuement regardé.

    Elle a souffert de ta souffrance.

    N’y tenant plus, elle a bousculé les soldats

    et d’un linge fin essuyé ton visage.

    Tes traits ensanglantés

    furent-ils fixés sur son linge ?

    Peut-être.

    En son cœur, sûrement !

     

    Seigneur, il me faut te contempler longuement, gratuitement,

    comme le petit frère admire et aime son grand frère.

    Car je veux te ressembler et, pour cela, d’abord te regarder.

    Si tu veux, je deviendrai un peu comme toi,

    puisque l’ami qui aime son ami devient une seule âme avec lui.

    Mais, Seigneur, trop souvent je passe devant toi, insouciant,

    ou je m’ennuie quand je m’arrête et te regarde.

    Et de toi j’offre aux autres une bien triste caricature.

    Pardon pour mon regard voilé.

    Pardon pour mon cœur encombré.

    Mais Seigneur, viens tout de même chez moi, mes portes sont ouvertes.

     

     

    7ème  Station : Jésus tombe pour la deuxième fois

     

    C’est encore la tradition qui nous rapporte cette deuxième chute de Jésus, qui aurait eu lieu à la porte de la ville, dite la Porte judiciaire. Les pèlerins de Jérusalem la commémorent depuis le 13ème siècle.

     

    Seigneur, tu n’en peux plus.

    A nouveau, te voilà par terre.

    Cette fois, ce n’est plus seulement

    le poids de la croix qui provoque la chute, mais la fatigue accumulée, la lassitude.

    Ainsi la souffrance répétée endort la volonté.

     

    Mes péchés, Seigneur, sont de terribles endormeurs de conscience.

    Je m’habitude très vite au mal : un manque de générosité ici,

    une infidélité là, une simple imprudence plus loin...

    Et mon regard s’obscurcit, je ne vois plus les obstacles,

    je ne vois plus les autres sur ma route.

    Et mes oreilles se ferment,

    je n’entends plus la plainte des hommes.

    Seigneur, je t’en prie, garde-moi jeune dans mes efforts.

    Epargne-moi l’habitude qui endort et qui tue.

     

     

    8ème Station : Jésus rencontre les femmes de Jérusalem

     

    Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que les femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23,27-29)

     

    Elles pleurent. Elles sanglotent.

    Ça se comprend. Il y a de quoi.

    Si vous voyiez dans quel état ils l’ont mis.

    Et elles sont impuissantes,

    elles ne peuvent intervenir.

    Alors elles pleurent.

     

    M’apitoyer sur tes souffrances et sur les souffrances du monde,

    j’y arrive, Seigneur.

    Mais pleurer sur mes péchés, c’est autre chose.

    J’aime autant me lamenter sur ceux des autres.

    C’est plus facile.

    J’en ai trouvé des coupables : la politique, l’économie, la pauvreté, l’alcool, le cinéma, le travail, les curés qui ne comprennent rien,

    les gens qui ne font rien, les chrétiens...

    Et bien d’autres, Seigneur, bien d’autres !

    Au total, à peu près tout le monde, sauf moi !

    Seigneur, apprends-moi que je suis un pécheur.

     

    9ème Station : Jésus tombe une troisième fois

     

    À partir du 15ème siècle, les pèlerins de Jérusalem vénéraient près de l’église du Saint Sépulcre un lieu où l’on dit que notre Seigneur, portant sa pesante croix, tomba sous son poids, saisi d’angoisse et d’effroi en apercevant devant lui le rocher du Calvaire.

     

    Encore !

    Les soldats ont beau taper dessus.

    Il ne bouge plus.

    Seigneur, es-tu mort ?

    Non, mais à bout de forces.

    Minute d’angoisse affreuse.

    Il faut repartir immédiatement, dans l’état où tu es, Seigneur,

    et puis marcher. Un pas, puis un autre et d’autres encore...

     

    Encore.

    A chaque fois je retombe. Je n’y arriverai jamais.

    Je l’ai dit quelquefois, Seigneur, et je t’en demande pardon.

    Si je me décourage, Seigneur, je suis perdu.

    Si je lutte encore, je suis sauvé

     

     

    10ème Station : Jésus est dépouillé de ses vêtements

     

    Ils prirent ses habits; ils en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas.  Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, tirons au sort celui qui l’aura. » C’est bien ce que firent les soldats. (Jn 19,23-24)

     

    Tu n’avais plus que ta robe à toi.

    Tu y tenais, ta mère te l’avait tissée.

    Mais c’était encore trop.

    Une seule chose est nécessaire, Seigneur :

    ta Croix.

    Cette fois, tous les obstacles sont tombés entre vous deux.

    Vous allez pouvoir enfin rester ensemble pour toujours.

    En couple tragique, vous sauverez le monde !

     

    Ainsi, Seigneur, je dois abandonner tous ces vêtements de parade

    qui me gênent en ma vie.

    Cet « Avoir » qui étouffe l’« Être » en moi et me sépare des autres.

    Ainsi, Seigneur, peu à peu, je dois faire mourir en ma vie,

    tout ce qui n’est pas fidélité à ta volonté.

    Je n’aime pas cela, Seigneur. Comme tu es exigeant.

    Je donne et tu réclames encore.

    Je voudrais garder quelques petites choses.

    Mais si tu veux tout, Seigneur, prends tout.

    Et aide-moi à te le donner

     

     

    11ème Station : Jésus est cloué sur la croix

     

    Lorsqu’on fut arrivé au lieu-dit : Le Crâne ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,33-34)

     

    De tout ton long, Seigneur,

    tu t’étends sur la croix.

    Voilà.

    C’est parfait.

    Il n’y a pas à dire, elle est faite pour toi.

    Tu l’occupes tout entière,

    et pour être plus sûr d’y adhérer davantage,

    tu laisses les hommes t’y clouer soigneusement.

    Seigneur, c’est du travail bien fait, du travail consciencieux.

    Maintenant, tu coïncides exactement avec ta croix. 

    Ne bouge plus!

     

    Ainsi, Seigneur, je dois rassembler mon corps, mon cœur, mon esprit.

    Et de tout mon long, m’étendre sur la croix de l’instant présent,

    avec ses souffrances, ses doutes.

    Tu me présentes ma croix, chaque jour,

    chaque minute et je dois l’occuper.

    Ce n’est pas facile, Seigneur.

    L’instant présent est si étroit,

    il n’y a pas moyen de se retourner.

    Pourtant, Seigneur, je ne te rencontrerai pas ailleurs.

    C’est là que tu m’attends.

    C’est là qu’ensemble nous sauverons nos frères.

     

     

    12ème Station : Jésus meurt sur la croix

     

    Jésus dit : « J’ai soif. » Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche.  Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. »

     

    Encore quelques heures,

    encore quelques minutes,

    encore quelques instants.

    Voilà 33 ans que ça dure.

    33 ans que tu as vécu sérieusement,

    minute après minute.

    Tu ne peux plus échapper maintenant.

    Tu es là, tout au bout de ta vie, tout au bout de ta route.

    Il faut faire le dernier pas : le pas du don.

    Tu hésites !

    Il faut te décider, Seigneur, tout est prêt.

    Tu es là, immobile sur ta croix. 

    Pourtant la vie circule encore dans ce corps attaché.

    Cette fois la vie s’enfuit, désertant chaque membre un à un.

    Seigneur, encore un effort.

    L’humanité est là qui attend sans le savoir, le cri de son sauveur.

    Tes frères sont là. Ils ont besoin de toi.

    Ton Père se penche et déjà tend les bras.

     

    Seigneur, sauve-nous,

    sauve-nous !

    Tu as tout donné pour nous !

     

    Puis inclinant la tête, il remit l’esprit. (Jn 19,28-30)

     

    Le Christ vient de mourir pour nous.

     

    Une minute de SILENCE

     

     

    13ème Station : Jésus est détaché de la croix et remis à sa mère

     

    Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Un des soldats avec sa lance perça le côté de Jésus ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. (Jn 19,25. 34.38)

     

    Ton ouvrage est terminé.

    Tu peux lâcher ton outil.

    Tu peux descendre te reposer.

    Tu l’as bien mérité.

    Lentement, tu glisses comme un homme fatigué de son travail

    et qui tombe de sommeil.

    Ta maman te reçoit en ses bras.

    Tu reposes en paix.

    Sur ton visage calme et détendu, on dirait une lueur de joie.

     

    Ainsi chaque soir, je m’endors, ma journée terminée.

    Dans quel état, Seigneur, me suis-je mis quelquefois !

    Marie, accepteras-tu tout de même de me veiller toutes les nuits ?

    N’oublie pas, tu es le refuge des pécheurs.

    Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour moi pauvre pécheur.

    Fais que chaque soir, je puisse m’endormir dans tes bras, en paix.

     

     

    14ème station : Jésus est déposé au tombeau

     

    Prenant le corps de Jésus, Joseph l’enveloppa dans un linceul neuf, et le déposa dans le tombeau qu’il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. (Mt 27,59-60)

     

    Maintenant, n’en parlons plus.

    Rentrez tous chez vous.

    Il est enseveli et la pierre est posée.

    La famille pleure et les amis sont désemparés.

    Tout est fini cette fois.

    Seigneur, ce n’est pas fini.

    Si la route de la vie est dure et monotone,

    si elle mène au tombeau, je sais qu’au-delà du tombeau,

    tu m’attends glorieux.

     

    Seigneur, aide-moi à fidèlement parcourir mon chemin,

    bien à ma place dans le monde.

    Aide-moi surtout à te reconnaître

    et à t’aider en tous mes compagnons de route.

    Car ce serait mentir de pleurer devant ta croix,

    si je ne te suivais pas, vivant, sur la route des hommes.

     

     

     


     

     

    Jeudi-Saint                                       9 avril 2020 

     

    « Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche. »

     

    « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. » (Ex 12, 1-8.11-14)

     

     

    « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13, 1-15)

     

    En cette fête du dernier repas de Jésus et de la première eucharistie, contemplons ces trois phrases de la liturgie de ce soir.  Elles nous disent toutes les trois ce qu’est l’eucharistie dont vous êtes cruellement privés depuis tant de temps et sans doute encore pour un long temps …

     

     

    L’eucharistie nous dit l’Exode est d’abord un repas communautaire.  S’il n’y a pas assez de monde sous le toit pour manger l’agneau pascal, eh bien, on invite la voisine …  Le lieu où nous avons coutume de nous rassembler pour le repas - l’église, ekklesia - est un mot qui veut dire d’abord : le rassemblement, la convocation.  Célébrer l’eucharistie, c’est d’abord et avant tout reconnaître que nous sommes appelés, tous et chacun, par le Seigneur, à venir célébrer son repas.  Il ne s’agit pas d’avoir « sa » messe, comme je l’entends encore parfois.  Il s’agit de nous rassembler là où le Seigneur nous a invités.  Et je vous l’ai dit hier : « ce soir, il nous invite chez nous, ou mieux, il s’invite chez nous ».  Évidemment, si l’on est plusieurs, facile de faire église … mais si je suis tout seul ce soir, comment vivre ce rassemblement : les voisins ne peuvent même pas m’inviter … J’ai été frappé par les funérailles de ce jeune, retrouvé noyé dans la Meuse.  On était déjà dans le confinement, et donc, impossible de participer aux funérailles.  Ses amis et ses amies, sont allés mettre sur les chaises de l’église leur photo.  Ainsi, mystérieusement, ils étaient là.  Ce soir, je vous invite donc à mettre en pensée, plein de personnes dans votre église-maison : de la famille, des amis, des voisins, des souffrants, des soignants ...  Vous verrez, elle débordera vite.

     

     

     

    Deuxième chose que nous dit l’Exode : Que votre messe ne dure pas trop longtemps !!! Étonnant, non ?  Eh bien non ! « Pâque » signifie « passage » et pour les Hébreux, c’était le passage de l’esclavage à la liberté.  Mais très vite, dans le désert, ils regretteront la soupe à l’oignon qui leur était servie en Égypte.  Ce n’est pas une blague : allez relire le livre de l’Exode.  Étonnant …  En même temps, nous voulons sortir de notre esclavage et en même temps, fondamentalement on y est si bien.  Oui, on a envie que l’après Covid ouvre un autre monde … mais en même temps, on n’est pas si mal dans nos habitudes et notre confort.  Il ne faut donc pas trainer quand le Seigneur nous invite à sortir, sinon nous risquons vite de faire marche arrière.  Je nous invite donc, en ce Jeudi-Saint à prendre une « résolution » pour l’après Covid.  N’en prenez qu’une car « qui trop embrasse, mal étreint ».  Mais prenez-la vite … sans trainer … cette journée même … et confiez-la de suite au Seigneur : profitez-en, il est venu souper chez vous. Vite, vite, vite, sinon, gare à la marche arrière !!!

     

     

     

    Et enfin, l’Évangile nous explique pourquoi il faut aller très vite.  C’est le lavement des pieds.  Je vous ai mis la photo de François lavant les pieds de prisonniers.  Durant tout ce confinement, je - ou plutôt les lectures - vous ai parlé de service.  Aujourd’hui, Jésus nous dit jusqu’où il faut aller : à genoux devant des personnes malhonnêtes : voleurs, criminels …  À genoux : dans un geste d’adoration et donc aussi, plus bas qu’eux, en-dessous d’eux.  Avouez que là, nous sommes dans la sainteté 5 étoiles.  Et pourtant, « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. »  Vite, sinon, vous et moi nous allons faire marche arrière …   Personnellement, je sens que j’appuye déjà sur la pédale de l’embrayage ! Mais ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu.  Ce qui est impossible à l’homme seul est possible avec Dieu le Père, par Jésus son Fils et dans l’Esprit de force et de persévérance.

     

      

     

     


     

    Mercredi-Saint            8 avril 2020

    « Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. » (Is 50, 4-9a)

    « Allez à la ville, chez untel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” » (Mt 26, 14-25)

     

    « C’est chez toi que je veux célébrer la Pâque ».  Jamais, sans doute, cette parole de l’Évangile n’a-t-elle été aussi actuelle : Chez toi ! Nous avions … et nous retrouverons, j’en suis sûr, la bonne et joyeuse habitude de nous rendre à l’église - dans la maison de Dieu - pour célébrer le Triduum Pascal.  Évidemment, c’est très bien.  Le risque, c’était de finir par croire que c’était nous qui, en quelque sorte, nous invitions chez Dieu, alors que c’est toujours lui qui a l’initiative.  Ce confinement nous donne l’occasion de redécouvrir que c’est le Seigneur qui a le gouvernail ; c’est lui qui décide de vivre sa Pâque chez nous.

     

    Rappelons-nous les paroles de Jésus à Zachée : « Aujourd’hui, je viens manger chez toi ».  Il est le petit, le rejeté, le pécheur public … et Jésus s’invite.  De la même manière, il s’invite chez moi pendant ces jours saints.  Peu importe qui je suis, ce que j’ai fait ou pas fait, mon « degré de foi » …  Il n’en a rien à faire …  Il veut juste venir manger chez nous !

     

    Mais Jésus est Amour et l’Amour ne s’impose pas.  Il viendra si je le veux.  Écoutons l’Apocalypse : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. »  Nous n’avons rien à faire, si ce n’est à ouvrir la porte.  Il apportera du pain et du vin ; la croix aussi … ; mais la lumière de la résurrection par-dessus tout.  Et cela, si et seulement si je lui ouvre la porte, et comme disait notre Pape, sans ‘si’ et sans ‘mais’.   

     

    Et la première lecture nous dit comment nous pouvons lui ouvrir la porte : « pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé ».  Car, avec saint Jean, nous savons que « celui qui dit ‘jaime Dieu’ et qui déteste son frère est un menteur ».  La porte ne pourra s’ouvrir que si je décide en ces jours de soutenir quelqu’un d’épuisé.  Le reste n’a aucune importance.  Seul l’amour compte, seul l’amour reste, l’amour seul est le révélateur de notre foi.

     

    Je ne suis ni Mère Teresa, ni l’abbé Pierre, ni François, ni …  Le Seigneur le sait, évidemment.  Mais, je suis moi, chez qui, avec qui le Seigneur a envie de prendre son repas pascal.  Alors, trouve le petit, le tout petit geste d’amour que tu vas faire pour soutenir quelqu’un d’épuisé aujourd’hui.  En ces temps, tu n’as vraiment que l’embarras du choix …  Et si tu le fais, voici que le verrou de ta porte d’entrée va exploser et sous le vent de l’Esprit, la porte s’ouvrira toute grande.  Et tu verras le Seigneur entrer chez toi.  Et il n’y viendra pas seul : il viendra « avec ses disciples », il viendra avec l’Église tout entière.  Et ta maison deviendra et église et Église !

     


     

    Mardi-Saint        7 avril 2020

     

    « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » (Is 49, 1-6)

     

     

     

    J’ai de la valeur aux yeux de Dieu ; il est ma force.  Comment ?  La première lecture d’hier nous y préparait : « Voici mon serviteur que je soutiens » … que je « sous-tiens », que je supporte, que je « sous-porte ». Voilà comment le Seigneur montre la valeur que nous avons à ses yeux : en nous tenant-par-dessous, en nous portant.  Rappelons-nous l’histoire de la brebis perdue qu’il prend sur ses épaules . Et nous dit la parabole : « Il est tout joyeux de nous porter … » Voilà comment nous découvrons notre valeur : en nous laissant être porté joyeusement.  Notre valeur est immense, car, porté sur les épaules de Jésus, nous devenons plus haut que lui.  Cela émerveillera la petite Thérèse de Lisieux !  Mais n’est ce pas le rêve de tout maître que d’être dépassé par le disciple ?

     

     

    Mais souvent, nous ne nous rendons pas compte que nous sommes portés.  C’est la belle parabole des pas sur le sable que je vous rappelle : « J'ai rêvé que je cheminais sur la plage en compagnie du Seigneur, et que, dans la toile de ma vie se réfléchissaient tous les jours de ma vie. J'ai regardé en arrière, et j'ai vu qu'à ce jour où passait le film de ma vie surgissaient des traces sur le sable : L'une était mienne, l'autre celle du Seigneur. Ainsi nous continuions à marcher jusqu'à ce que tous mes jours fussent achevés. Alors je me suis arrêté, j'ai regardé en arrière. J'ai retrouvé alors qu'en certains endroits il y avait seulement une empreinte de pieds ... Et ces lieux coïncidaient justement avec les jours les plus difficiles de ma vie, Les jours de plus grande angoisse, de plus grande peur, et de plus grandes douleurs ... J'ai donc interrogé : Seigneur, tu as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie, et j'ai accepté de vivre avec toi. Mais, pourquoi m'as-tu laissé seul, dans les pires moments de ma vie ? Et le Seigneur me répondit : Mon Fils, je t'aime, j'ai dit que je serais avec toi durant la promenade, et que je ne te laisserais pas une seule minute. Je ne t'ai pas abandonné. Les jours où tu as vu à peine une trace sur le sable furent les jours où je t'ai porté .... »

     

     

    Dans le récit de la Passion, nous voyons Symon de Cyrène qui, sans le savoir et en étant forcé de le faire, va porter aussi … non pas Jésus, mais sa Croix.  Jésus l’a-t-il sû ?  Ce n’est pas dit …  Peut-être ne s’est-il pas rendu compte de la présence de Symon :  La croix était tellement lourde …  Mais combien plus lourde aurait-elle été sans la présence de ce réquisitionné !

     

     

    Nous voilà donc invités à devenir des Symon, ou encore des Christophe …  Vous vous souvenez ?  Il était passeur de voyageurs à travers un torrent impétueux. Un jour, arrive un petit enfant. S’appuyant sur son bâton, Christophe le prend sur ses épaules pour lui faire traverser le torrent et son danger mortel. Il s’étonne de son lourd poids mais l’enfant lui répond :  « En me portant, c’est le monde entier que tu as porté. »   

     

     


     

     

    Lundi-Saint                                                          6 avril 2020

    « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; (…) Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton. (…)                   Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit. » (Is 42, 1-7)

     

    Servir …  Voilà sans doute le verbe qui revient le plus souvent durant la Semaine Sainte que nous venons de commencer.  Servir, mais servir comme et à la suite de Jésus.  Déjà hier, nous l’avons vu ; aujourd’hui encore avec ce texte d’Isaïe ; Jeudi avec le lavement des pieds …

    Et on comprend que les Juifs n’aient pas pu accepter un Messie qui serait un Serviteur.  Naturellement, ne préférions-nous pas tous les héros glorieux.  Je n’ai évidemment rien contre cet homme qui n’a pas choisi son patronyme, mais avouez que le joueur de football qui s’appelle « Messi » pourrait symboliser les héros des temps modernes !!!

     

    Et puis, avec cette pandémie, nous découvrons les vrais héros de notre temps …  Point n’est besoin de les citer encore, mais peut-être leur dire - ou savoir - que le texte d’Isaïe s’adresse bien à eux.  Ils sont soutenus par le Seigneur ; ils n’éteignent pas la mèche qui faiblit ; et tout cela, sans hausser le ton, car nous le savons : « Le bien ne fait pas de bruit ».

     

    Et François, hier, de nous rappeler la grandeur du service.  Écoutez : « Le drame que nous sommes en train de traverser en ce moment nous pousse à prendre au sérieux ce qui est sérieux, et à ne pas nous perdre dans des choses de peu de valeur ; à redécouvrir que la vie ne sert à rien si on ne sert pas. Parce que la vie se mesure sur l’amour. Alors, en ces jours saints, à la maison, tenons-nous devant le Crucifié – regardez, regardez le Crucifié ! –, mesure de l’amour de Dieu pour nous. Devant Dieu qui nous sert jusqu’à donner sa vie, demandons, en regardant le Crucifié, la grâce de vivre pour servir. Cherchons à contacter celui qui souffre, celui qui est seul et dans le besoin. Ne pensons pas seulement à ce qui nous manque, pensons au bien que nous pouvons faire. »

     

    La vie ne sert à rien si on ne sert pas …  Beau programme, non ? Et s’adressant aux jeunes - faut-il vous rappeler que nous sommes tous jeunes, même si certains le sont depuis plus longtemps que d’autres … - il leur disait … et donc, il nous dit : « N’ayez pas peur de dépenser votre vie pour Dieu et pour les autres, vous y gagnerez ! Parce que la vie est un don qui se reçoit en se donnant. Et parce que la joie la plus grande est de dire oui à l’amour, sans ‘si’ et sans ‘mais’. Dire oui à l’amour, sans ‘si’ et sans ‘mais’. Comme l’a fait Jésus pour nous. »

     


     

    Dimanche de la Passion et des Rameaux                           5 avril 2020

     

    Aujourd’hui, je laisse François vous parler, afin que vous viviez une sainte Semaine Sainte …

     

    « Chers amis, bonsoir!

     

    Ce soir, j'ai l'opportunité d'entrer chez vous d'une manière différente que d'habitude. Si vous le permettez, je voudrais m'entretenir avec vous quelques instants, en cette période de difficulté et de souffrance. Je vous imagine dans vos familles, tout en vivant une vie insolite pour éviter la contagion. Je pense à la vivacité des enfants et des jeunes qui ne peuvent pas sortir, aller à l'école, faire leur vie. J'ai dans mon cœur toutes les familles, en particulier celles qui ont un être cher ou qui ont malheureusement connu un deuil dû au coronavirus ou à d'autres causes. Ces jours-ci, je pense souvent aux personnes seules, il est donc plus difficile de faire face à ces moments. Je pense surtout aux personnes âgées qui me sont si chères.

     

    Je ne peux pas oublier celui qui est malade du coronavirus, les gens hospitalisés. Je suis conscient de la générosité de ceux qui s'exposent au traitement de cette pandémie ou garantissent des services essentiels à la société. Combien de héros, chaque jour, chaque heure! Je me souviens aussi de ceux qui ont des difficultés financières et qui sont inquiets pour le travail et l'avenir. Une pensée va également aux détenus des prisons, auxquels s'ajoute la douleur de la peur de l'épidémie, pour eux-mêmes et leurs proches. Je pense aux sans-abri, qui n'ont pas de maison pour les protéger.

     

    C'est une période difficile pour tout le monde. Pour beaucoup, très difficile. Le Pape le sait et, avec ces mots, il veut parler à tout le monde de sa proximité et de son affection. Nous essayons, si nous le pouvons, de faire le meilleur usage de ce temps: nous sommes généreux; nous aidons ceux qui en ont besoin près de nous; nous recherchons, peut-être par téléphone ou réseau social, les personnes les plus solitaires; prions le Seigneur pour ceux qui sont éprouvés en Italie et dans le monde. Même si nous sommes isolés, la pensée et l'esprit peuvent aller loin avec la créativité de l'amour. Cela est nécessaire aujourd'hui : la créativité de l'amour.

     

    Nous célébrons la Semaine Sainte d'une manière très inhabituelle, qui manifeste et résume le message de l'Évangile, celui de l'amour de Dieu sans limites. Et dans le silence de nos villes, l'Évangile de Pâques résonnera. L'apôtre Paul dit: "Et il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et s'est levé pour eux" (2 Co 5, 15). Dans Jésus ressuscité, la vie a vaincu la mort. Cette foi pascale nourrit notre espérance. Je voudrais le partager avec vous ce soir. C'est l'espoir d'un temps meilleur, dans lequel nous pouvons être meilleurs, enfin libéré du mal et de cette pandémie. C'est un espoir : l'espoir ne déçoit pas; ce n'est pas une illusion, c'est un espoir.

     

    Ensemble, avec amour et patience, nous pouvons préparer un meilleur temps pendant ces jours. Je vous remercie de m'avoir permis d'entrer chez vous. Faites un geste de tendresse envers ceux qui souffrent, envers les enfants, envers les personnes âgées. Dites-leur que le Pape est proche et priez pour que le Seigneur nous libère bientôt du mal.

     

    Et vous, priez pour moi. Bon appétit. À bientôt ! »

     


     

    Samedi de la 5ème semaine de carême                                4 avril 2020

    « Je vais prendre les fils d’Israël parmi les nations où ils sont allés. Je les rassemblerai de partout et les ramènerai sur leur terre. J’en ferai une seule nation dans le pays, sur les montagnes d’Israël. » (Ez 37, 21-28)

     

    Le peuple élu est en exil à Babylone.  C’est l’époque des grands prophètes.  Parmi eux, Ézékiel.  Il va être le chantre de l’espérance ; cette espérance dont nous avons tant besoin aujourd’hui.  Dans ce temps terrible, il met les paroles de la première lecture du jour dans la bouche de Dieu :  Dieu ne les oublie pas, il va les ramener en Israël, mais surtout, de toutes les tribus, il va faire une seule nation, un seul peuple, une seule famille. 

     

    C’est depuis toujours le rêve de Dieu.  Dès le début du monde, Dieu avait imaginé un seul peuple.  Mais, rappelez-vous l’épisode de la tour de Babel (de Babylone) : les hommes vont se mettre à parler différentes langues et la tour va s’effondrer ; désormais l’humanité est partagée, divisée … et souvent en guerre. 

     

    Mais Dieu ne se lasse jamais de rassembler son peuple comme un troupeau.  S’il est souvent comparé à un berger, on pourrait le comparer aussi à un chien de berger.  Vous les avez déjà vu courir pour que le troupeau reste un.  Saint Jean le dira dans son Évangile en dévoilant le cœur de Jésus : « Que tous soient Un, comme toi et moi Père, nous sommes Un ».  Et à la Pentecôte, l’« Anti-Babel », voici que chacun entend dans sa langue les merveilles de Dieu.

     

    Nous sommes à Babylone.  Le risque est que chacun parle sa langue et soit « en Babel » en opposition avec son frère.  Et, en même temps, nous voyons déjà tant de signes d’être « en Pentecôte ».  Plus que jamais, nous découvrons que le Monde est un village ; qu’il n’y a qu’une seule race : la race humaine ; que le virus - et la guérison, ne l’oublions pas - ne fait pas de différences entre les hommes : tous, nous pouvons être touchés et tous, nous pouvons être guéris !!!  Ce temps nous rappelle que nous sommes Un et que nous devons l’être toujours davantage.

     

    Déjà, en temps normal, je suis tellement heureux de voir comment cela se vit déjà dans nos deux communes : les rassemblements autour des crèches de Noël, les apéros et barbecues de quartier … etc …  Aujourd’hui, il nous faut inventer ces rassemblements … sans être rassemblés.  Mais notre créativité peut et doit être sans limite.

     


     

    Vendredi de la 5ème semaine de carême                              3 avril 2020

     

    « Dans mon angoisse, j’appelai le Seigneur ;vers mon Dieu, je lançai un cri ; de son temple il entend ma voix : mon cri parvient à ses oreilles. » (Psaume 17)

     

     

    Où donc est Dieu ?

     

    Plus nous avançons dans cette pandémie, plus nous sommes touchés, parce que nous connaissons telle ou telle personne atteinte par le coronavirus, voire même telle ou telle famille marquée par un deuil suite au Covid19.  Et la grande question de l’humanité sur le mystère du Mal rejaillit … et c’est bien normal !  Je suis en train de relire la superbe œuvre de CAMUS : La Peste.  Vous vous souvenez sans doute de la phrase du Docteur RIEUX : « Je ne peux pas croire en un Dieu qui fait mourir les petits enfants innocents ».  Et je suis sûr que chacun, nous avons été bouleversés par la mort de la petite Rachel, âgée de 12 ans.  Où donc est Dieu ?  Comment vivre cette atrocité en tant que croyant ?

     

     

    Nous n’avons pas de réponse …  Cela m’a fait du bien - comprenez-moi bien - de voir pleurer Emmanuel ANDRÉ, lorsqu’il a dû annoncer le décès de cette fillette lors de la conférence de presse.  Ce grand scientifique, à ce moment-là, était simplement le papa de trois enfants.  À travers Rachel, il voyait sans doute ses enfants ; et à travers les parents de Rachel, il se voyait aussi.  Cela m’a fait du bien de voir cette humanité.

     

    Nous n’avons pas de réponse … si ce n’est celle-là …  « Pleurer avec », compatir.  Et si l’on va à l’étymologie grecque : « Être sympathique », c’est-à-dire, littéralement : « souffrir avec ».  Je le redis, ce n’est pas une réponse, mais, en même temps, c’en est une … une très belle.  Quand son ami Lazare est mort, Jésus n’a pas eu des paroles de consolation facile.  L’Évangile nous dit simplement : « Alors, Jésus pleura ».  Et un psaume dira : « Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ».

     

     

    Nous n’avons pas de réponse … mais, comme Rieux dans la Peste, nous devons travailler à faire reculer le Mal.  C’est ce que font tous les acteurs médicaux ; mais c’est ce que nous avons à faire aussi, à notre place, en respectant les règles de confinement …  Et cela va être difficile avec la météo quasi estivale qui s’annonce …  Rien ne sert de pleurer Rachel ou d’applaudir à 20.00, si nous ne luttons pas aussi contre la propagation de ce virus.  Ce n’est pas une réponse, mais, en même temps, c’en est une … une très belle.

     

     

    Et, enfin, comme dans le psaume de la liturgie de ce jour, n’ayons pas peur de nous tourner vers le Seigneur, non comme des béni-oui-oui, mais pour lui crier notre angoisse.  Relisez toute la Bible - en particulier l’Ancien Testament - et vous verrez que l’homme de la Bible vit tout avec le Seigneur : ses joies et ses peines, ses exultations et ses angoisses.  Oui, Seigneur, nous ne comprenons pas pourquoi tu laisses faire cela, mais nous savons que tu n’en es pas la cause.  Alors, dans les beaux comme dans les mauvais jours, je me tourne vers toi … et je sais que tu entends mon cri !    Ce n’est pas une réponse, mais, en même temps, c’en est une … une très belle.

     


     

    Jeudi de la 5ème semaine de carême                                   2 avril 2020

    « Cherchez le Seigneur et sa puissance, recherchez sans trêve sa face ; souvenez-vous des merveilles qu’il a faites, de ses prodiges, des jugements qu’il prononça. » (Psaume 104)

     

    Au séminaire, on nous disait : « Lorsque vous aurez le moral en berne, voilà deux trucs pour en sortir : rangez une armoire ou allez visiter un malade ».  Un séminariste un peu « toûrsiveûx » avait renchéri : « Et si l’on ne peut faire ni l’un ni l’autre ? ».  C’est un peu notre cas …  Nous avons déjà eu le temps de ranger toutes nos armoires et il nous est défendu d’aller visiter un malade. 

     

    Le professeur de séminaire, qui avait réponse à tout, avait répondu du tac au tac : « Alors, écrivez votre Histoire Sainte ».  N’est-ce pas l’invitation du psaume de ce jour ?  L’Histoire Sainte, nous connaissons …  Et ceux qui sont jeunes depuis longtemps l’ont encore apprise à l’école …  L’Histoire Sainte, c’était un moyen de découvrir la présence de Dieu, depuis ces braves Adam et Ève, jusqu’à Jésus.  On voyait ainsi que Dieu était toujours présent dans le monde qu’il avait créé et qu’il accompagnait son peuple dans les bons et les moins bons moments.

     

    Notre livre d’Histoire Sainte s’arrêtait à Jésus.  Écrire son Histoire Sainte, c’est écrire le Tome 2 de « L’histoire d’amour de Dieu et de son peuple ».  C’est ce petit devoir que je vous donne aujourd’hui et surtout si vous avez le moral en berne.  À défaut d’en trouver dans une grande surface, vous avez sûrement chez vous un petit carnet qui traine dans le fond d’un tiroir.  C’est le moment de l’en sortir.  Asseyez-vous paisiblement et commencez à vous demander : « Seigneur, quand as-tu été présent dans ma vie depuis ma naissance ? Quelles merveilles as-tu faites pour moi ? »

     

    Vous verrez : au début, c’est assez compliqué.  Car nous avons tous tendance à voir le négatif que le positif.  C’est moche, mais c’est ainsi !

    Et puis on trouve les « gros bateaux » : à ma naissance, à mon baptême, à ma communion …

    Mais, petit à petit, nous nous rappellerons de tel ou tel événement qui était enfoui au cœur de notre cœur.  Tel paysage contemplé en vacances, telle rencontre au boulot, tel bouquin ou émission qui m’avait bien plu, tel ou tel petit détail …  Et alors, quel émerveillement : « Tu étais là, Seigneur ».  Ou, comme Jacob, dans son combat : « Dieu était là, et je ne le savais pas ! »

     

    Alors, je vous invite à consigner cela dans votre petit carnet et, de temps en temps, de continuer à écrire ce tome 2.  Et quand vous serez vraiment « trop à plat » pour écrire, alors, relisez-le tout simplement …

     

    Pour ma part, ce matin, c’est une rencontre.  Je priais les Laudes dans mon oratoire - ma véranda -.  Un petit renard est apparu dans mon jardin.  Pas apeuré du tout, il m’a regardé et je l’ai regardé un bon temps, avant qu’il ne continue son trajet.  Et j’ai pensé au Petit Prince et au Renard.  Le Seigneur-Renard qui demande au Petit-Prince-Pierre de l’apprivoiser : « Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. »       

     


     

    Mercredi de la 5ème semaine de carême                           1er avril 2020

     

    « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » (Jn 8, 31-42)

     

    De çi, de là, j’entends dire que depuis le début de notre confinement, nous ne sommes plus libres ; que de nous demander de rester chez nous, de garder une distance respectable entre nous, de ne pas faire de provisions, de ne pas organiser de lockdowns, tout cela, ce sont des atteintes à notre liberté fondamentale.  Et, sans aller jusque là sans doute, il me faut avouer que j’ai parfois aussi l’impression d’être un peu moins libre aujourd’hui qu’il y a un mois …

     

     

    Et voilà que Jésus vient me dire que je suis tout-à-fait à côté de la plaque.  Il m’invite à me poser une question fondamentale : « Qu’est-ce qui me rend esclave, quand suis-je vraiment libre ? »  Je peux être esclave de mon internet, alors que je suis tout-à-fait libre de le posséder.  Et je peux être totalement libre dans mon monastère, alors que j’ai fait le vœu d’y rester toute ma vie.  Alors, où se situe la vraie liberté ou l’esclavage ?

     

    Jésus est clair.  La liberté est dans la vérité et l’esclavage, dans le mensonge.  L’hébreu, vous le savez, est une langue très concrète.  Le mot « èmeth »  signifie la « fermeté », et ainsi, plus largement, la fidélité, la foi, la confiance.  Être vrai, ce n’est donc pas, ce n’est pas « ne-pas-dire-des-mensonges-à-sa-maman » …  Pas du tout : être vrai, c’est être quelqu’un sur qui on peut s’appyer, à qui l’on peut faire confiance, qui est solide comme le roc.  C’est pourquoi Jésus dira qu’il est le VRAI pain ; qu’il est le Chemin, la VÉRITÉ et la Vie.  On peut compter sur lui, il est solide comme le roc. 

     

     

    Un chrétien est un imitateur du Christ.  Voilà donc mon boulot aujourd’hui.  Peut-on compter sur moi depuis le début de ce confinement ?  Ou vais-je me débiner à l’amour, avec toutes sortes d’excuses ?  « Chacun sa m…., j’en sors déjà pas avec moi-même … si, en plus, je dois être un roc pour les autres … »  Mais Jésus me redis que c’est à ce moment-là que je serai vraiment libre.  Si je m’enferme en moi-même, alors, je serai vraiment esclave.  Et est-il pire esclavage que le nombrilisme ?   Nous sommes, selon la belle expression « libres pour aimer » !  Et, en même temps, je ne peux aimer que si je suis libre …  Tu veux être libre durant ce temps de confinement : sois donc vrai …  Que l’on puisse te faire confiance, que tu sois solide comme le roc pour aimer et aider tes frères.

     

     

    Et n’oubliez pas de manger du poisson aujourd’hui ! 

     


     

    Mardi de la 5ème semaine de carême                                31 mars 2020

    « Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie ! » (Nb 21, 4-9)

     

    Nous le savons bien, le serpent était une divinité de Canaan, la nation détestée par dessus-tout par le peuple élu.  Et donc, forcément, le serpent l’était tout autant ; ce n’est pas pour rien que c’est un serpent qui va tenter Ève au jardin d’Eden.  Il est devenu l’image du Malin.

    Par ailleurs, le texte de ce jour nous montre que ce Malin donne la mort à ceux qu’il mord, à ceux qu’il touche, à ceux qu’il approche.  Nous comprenons sans peine le rapprochement avec notre situation … Notre « cher » Covid nous fait penser à ce serpent qui donne la mort.

     

    Face à ce virus, le Père dit de bâtir un autre virus : un serpent, mais fait d’airain.  Le mot hébreu « airain » (Nechuwshah) indique la force et l’invulnérabilité.  Face à un serpent qui peut être tué, anéanti, ce dresse un autre qui ne le peut.  Nous le savons, nous vaincrons le virus du Corona, mais au-delà, nous pourrons vaincre tout ce qu’il a mis en lumière de notre vie « d’avant » ; toutes ces choses qui nous rendaient moins humains.  Ce nouveau virus que le Seigneur met à l’honneur c’est lui.  Et ça, c’est l’Évangile d’aujourd’hui : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS » (Jn 8, 21-30).

     

    Oui, Jésus est le serpent d’airain qui sauve.

     

    Alors, comprenons bien.  Pas de magie à bon marché.  Le personnel soignant et les chercheurs vont vaincre la pandémie ; c’est leur boulot et nous continuons de leur dire merci tous les jours à 20.00.  Mais c’est à nous de vaincre notre « vie d’avant » avec le Seigneur.  Comment ?  Saint Jean le dit en trois mots : « Dieu est Amour ».

     

    Notre vie d’avant ne pourra être vaincu par aucun plan, par aucune méthode, par aucun redressement économique.  Notre vie d’avant ne pourra être vaincue que par l’Amour …  Alors, n’attendons pas la fin du confinement.  Au boulot, dès aujourd’hui ! 

     


     

    Lundi de la 5ème semaine de carême            30 MARS 2020

     

    Au nord de Naples, se trouve la commune de Capoue.  Si vous y allez un jour, surtout entrez dans la basilique Sant’Angelo où se trouvent encore des fresques du XIème siècle, dont cette scène de la femme adultère, l’évangile de ce jour. (Jean 8, 1-11).

     

    Elle était certainement très belle, mais ici, sa beauté est comme cachée, voilée par sa crainte devant le Seigneur.  « Que va-t-il faire ?  Que va-t-il me dire ? Que va-t-il m’arriver ? »  Car en plus du Seigneur, il y a les regards mauvais des autres personnages de la scène.  On peut imaginer Pierre à côté de Jésus et les accusateurs derrière la pécheresse.   Elle doit trembler de la tête aux pieds. 

     

    Jésus est le seul qui semble paisible dans la scène.  Et, même si ce n’est pas dans le texte biblique, sur cette fresque Jésus lui tend la main.  Elle, elle hésite encore un peu, mais on voit sa main droite qui pourrait peut-être rejoindre la main de Jésus.

     

    Cela nous rappelle la merveille d’un autre artiste : la création d’Adam de Michel Ange, dans la chapelle Sixtine.  Là, c’est Dieu le Père qui tend la main à Adam, au début du monde.

     

    Toujours le même refrain … Un nouveau monde … Le Père a créé le monde et l’a confié à Adam pour qu’il « le remplisse et le soumette », c’est-à-dire pour qu’il poursuive l’œuvre de la création … Mais qu’il le fasse dans l’esprit du Seigneur : pour la beauté, la bonté, la justice, le partage, l’égalité … Bref, les Béatitudes !

     

    La pécheresse, comme son nom l’indique, représente l’humanité qui n’a pas bien poursuivi l’œuvre de la création …  Et nous voici, aujourd’hui, tout tremblant devant le Seigneur.  Je le redis bien : il ne s’agit en aucun cas de voir le Covid19 comme une punition, ni même comme causé par notre péché …  Non … Mais cette pandémie nous a permis de voir tout ce qui n’allait pas dans notre monde.  Nous nous rendons compte que nous avons souvent « raté le coche » en plaçant tant de chose dans notre vie sur le « moi ».  Et nous aussi, nous risquons de trembler : « Qu’est-ce que le Seigneur va me dire ? Que va-t-il faire ?  Que va-t-il m’arriver ? »

     

    Aujourd’hui, comme il y a deux mille ans, le Seigneur nous tend la main.  Il veut faire du neuf avec nous ; il veut créer ce monde nouveau que nous devons co-créer, pro-créer avec lui.  François nous rappelait la nécessité de l’être-ensemble et du faire-ensemble.  Et le psaume du jour (Psaume 22) nous le redit avec un cœur rempli d’espérance pour demain : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien …  Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton - on pourrait dire ‘ta main’ - me guide et me rassure. »

     

     


     

    5ème DIMANCHE DE CARÊME                                      29 mars 2020

    Nous voici presque au terme de notre carême ; un carême très spécial, avouons-le, mais la liturgie nous donne déjà un avant-goût de la Résurrection ;  elle le fait comme pour nous dire : « Ne te trompe pas : ce que tu vas vivre la nuit de Pâques, chez toi, devant ta TV sans doute, ce n’est pas seulement la Résurrection de Jésus, mais c’est aussi, déjà, ici et maintenant, ta propre Résurrection. » 

     

                Cela commence doucement chez Ézéchiel : « Je vous ferai sortir de vos tombeaux ».  Cette prophétie ne parle pas vraiment encore de la résurrection des corps ni des exilés enterrés en exil mais bien de la restauration du peuple de Dieu, de la nation dispersée à Babylone. Sans vouloir s’imposer, Dieu tient avant tout à ce que son peuple le reconnaisse comme son Dieu, comme le Dieu de l’Alliance qui toujours ouvre les tombeaux, libère, renvoie à la vie. Alors qu’il est mort socialement, le peuple reçoit l’annonce de sa libération, de sa sortie du tombeau de l’Exil. N’est-ce pas un peu ce que nous vivons cette année ? C’est donc le réveil de l’espérance perdue, par l’action de l’Esprit de Dieu.  Alors, tu vis des situations de mort sociale, ta vie n’a plus beaucoup de sens, tu as l’impression que Dieu est loin de toi : « tracasse », comme disent les jeunes, Dieu n’a qu’une envie : nous faire sortir de l’obscurité des tombeaux.

     

                Paul nous explique cela un peu d’une autre manière : « Être mort, c’est vivre sous l’emprise, sous l’empire de la chair ».  Attention, la chair n’a rien de sexuel chez Paul, c’est une manière de dire : vivre à la manière du monde.  Eh bien, non !  Si tu veux être vivant, tu dois vivre dans le monde – OK -, mais sans être du monde.  Les priorités des chrétiens sont différentes : ce sont les Béatitudes et, nous le savons bien cela va à l’encontre de ce que nous dit le monde à longueur de journée.  Le monde nous dit : le bonheur, il est là si tu te mets au centre du monde, si tu en deviens le nombril ; les Béatitudes nous disent que le bonheur est dans la rencontre de l’autre ; celui qui souffre d’une manière ou d’une autre.  Et cela, dit Paul, c’est vivre selon l’Esprit. S’adressant à Dieu François disait hier : « Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. »

     

                Et, enfin, l’Évangile nous parle de notre Résurrection personnelle qui arrivera comme cela est arrivé à Lazare – même si pour Lazare, c’est juste une réanimation puisqu’il est « re-mort ».  L'évangile de ce dimanche qui nous achemine vers Pâques culmine dans la parole, l'ordre, que Jésus adresse d'une voix forte à celui qui est dans le tombeau : « Lazare, viens dehors ». La parole du Christ résonne aux oreilles de Lazare et aux nôtres : Viens dehors, viens me rejoindre, toi mon ami. Peu importe que tu sois entravé, que tu sois enveloppé de bandelettes, qu'un linge sur ton visage t'empêche de voir où tu mets les pieds. Viens à la lumière, viens à la vie, viens à moi. Peu importe de savoir à quel point tu étais mort : dès le début, j'avais dit que ta maladie ne conduisait pas à la mort, mais à la gloire de Dieu. Ce qui est certain, c'est que maintenant je te réveille, je te relève, disons que je te ressuscite. Je t'appelle à vivre, comme j'appelle tous ceux qui seront baptisés après la nuit pascale - on ne sait pas encore quand … - et comme j'appelle tous les chrétiens qui eux aussi se réveilleront dans le renouvellement de leur baptême au cours de la Vigile pascale … qu’ils vivront chez eux !

     

    En appelant Lazare à sortir du tombeau pour revenir à la vie, Jésus pense à l'avenir. Il accomplit un geste prophétique. Il sait bien que dans deux semaines il sera à son tour couché dans un tombeau, et qu'au matin de Pâques Dieu son Père l'appellera d'une voix forte : « Jésus, mon Fils bien-aimé, viens dehors. » Viens à la vie et à la lumière, viens auprès de moi, hâte-toi de monter auprès de moi, comme tu le diras à Marie-Madeleine. Pour Jésus comme pour Lazare, toutes les bandelettes tomberont, le linge qui couvrait son visage sera plié dans un coin ;  il ne faudra pas chercher parmi les morts celui qui sera vivant.

     

    L'évangile nous remet en mémoire une action que le Christ a accomplie dans le passé mais qui se poursuit aujourd'hui, qui se renouvelle chaque année quand la communauté chrétienne s'approche de la célébration de Pâques. C'est à nous que s'adresse l'invitation lancée d'une voix forte à venir dehors, à nous libérer de tous les liens qui nous retiennent, et à venir vers le Christ pour participer à sa vie et à sa puissance de résurrection.  Oui, toi qui es sorti du tombeau, poursuis ton chemin, joyeusement.   

     


     

    Samedi de la 4ème semaine de carême            28 mars 2020

      

    Quelques-uns d’entre eux voulaient l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui. Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? »

    Les gardes répondirent : « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! » (Jn 7, 40-53)

     

    « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ».  Ce matin, je vous confie simplement le message de François d’hier soir.  La traduction simultanée n’était pas au top.  Alors, il nous sera bon de la relire et de la méditer paisiblement.

     

    « Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Évangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

     

    Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40).

     

    Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : "Tu ne te soucies pas de moi ?". C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

     

    La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’"emballer" et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment "salvatrices", incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.

     

    À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos "ego" toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

     

    « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : "Réveille-toi Seigneur !".

     

    « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : "Convertissez-vous", « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insuffle l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière !  Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes !

     

    « Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.

     

    Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

     

    Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance.

     

    « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : « N’ayez pas peur » (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, "nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous" (cf. 1P 5, 7).

     

     


     

    Vendredi de la 4ème semaine de carême                           27 mars 2020

     

     « Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. » (Sg 2, 1a.12-22)

     

     

    Étonnante situation …  Nous rêvons d’un monde autre, différent, plus humain, plus juste … et en même temps, j’entends, je lis combien déjà maintenant, des attitudes continuent qui nous rappellent « l’ancien monde » : des injures et des menaces vis-à-vis du personnel soignant, l’exclusion d’un jeune médecin de sa colocation … etc …  Oui, le monde ancien s’en est allé … et en même temps, il est encore bien là.  C’est la « co-vivance » du « déjà-là » et du « pas-encore » chère à notre théologie catholique. 

     

     

    Oui, en un sens, tout est déjà fait (on ne veut plus de l’ancien monde) et en même temps, tout reste à faire (nous sommes fondamentalement égoïstes).  Alors, sûr que le texte de ce jour s’applique à celles et ceux qui ont décidé de tenir bon dans l’aide à l’accouchement de ce nouveau monde : « Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. »   Il va donc falloir tenir, tenir dans la durée, tenir face aux obstacles.  Et tout d’abord vis-à-vis de moi-même !  Vais-je tenir bon, une fois que la situation normale sera rétablie.  Ensuite vis-à-vis des autres, de mon-monde-à-moi.

     

     

    Mais comme dans ce texte, comme dans la fête de Pâques dont nous nous approchons, comme chrétiens, nous croyons que le bien l’emporte toujours sur le mal, que la vie est toujours plus forte que la mort, que la lumière, si petite soit-elle, fait en sorte que les ténèbres ne sont plus vraiment ténèbres …

     

     

    Mais, nous devons accepter aussi que cela se passe parfois - souvent ou toujours même - comme dans la fameuse procession luxembourgeoise d’Echternach : « Trois pas en avant, trois pas en arrière, trois pas su’l côté, trois pas d’l’aut’ côté ».  Même les pas en arrière, faisons-les en dansant, puisque nous savons que nous finirons toujours par avancer.

     

     

    Un de mes professeurs disait : « oui, on rame … Mais jusqu’à preuve du contraire, c’est en ramant que le barque avance ! ».  

     


     

    Jeudi de la 4ème semaine de carême                               26 mars 2020

     

    Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel ; je donnerai, comme je l’ai dit, tout ce pays à vos descendants, et il sera pour toujours leur héritage. » (Ex 32, 7-14)

     

    Dieu est incapable de « faire dans les petits potiquets ».  Il pourrait se contenter de dire au peuple élu : « vous aurez une descendance », voire même « une descendance nombreuse ».  Mais non, notre Dieu n’est ni radin, ni économe, il est vraiment dépensier, sans aucune limite : « comme les étoiles du ciel ».

     

    Et c’est ainsi dans toute la Parole : Le lendemain des noces de Cana, le pharmacien du lieu a dû en vendre du Dafalgan pour calmer les maux de crâne …  Aux différentes multiplications des pains, il y en a eu toujours trop … La femme qui a retrouvé sa pièce va inviter toutes ses voisines … Le Père débordant d’amour va faire tuer le veau gras …

     

    On nous dit que nous ne sommes pas encore au pic de la pandémie ici en Belgique ; il semble que notre confinement va être prolongé … et pourtant, dès maintenant, il nous faut penser à l’après.  Quel monde voulons-nous désormais ?  Quelles relations familiales, quelle vie entre voisin, quelle place pour la planète ? quelle manière de faire Église, quelle place pour le boulot, quelle place pour le recueillement ???  Tant et tant de questions.

     

    Avec Dieu, voulons-nous un monde un peu différent, ou totalement différent.  Oserons-nous le changement ?  Nous le savons bien, le train-train risque de revenir à grands pas et ce que nous rêvons maintenant pourrait tomber à néant.

     

    Je nous invite donc à continuer de rêver - c’est capital - mais dès à présent - puisque nous avons du temps - à imaginer comment - concrètement, très concrètement - nous allons agir pour que ce nouveau monde naisse.

     

    Je dis bien un nouveau monde, pas un monde réparé, pas un monde avec des rustines.  Dieu ne répare pas, il crée toujours du neuf.  Et nous ? « Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit.  Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves. » (Mc 2, 21-22) 

     


     

    Mercredi de la 4ème semaine de carême                           25 mars 2020

     

    Annonciation du Seigneur

     

    « Rien n’est impossible à Dieu. »  Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »  (Lc 1, 26-38)

     

     

    Merveilleuse fête de l’Annonciation.  Nous le prions à chaque Angélus : « L’ange du Seigneur annonça à Marie qu’elle serait la Mère du Sauveur. »  Marie est devenue celle par qui Dieu a planté sa tente parmi nous.  Mais Marie est l’icône, l’image de l’Église.  Autrement dit, aujourd’hui, c’est à travers nous que le Seigneur vient planter sa tente au cœur de nos villages, de nos communautés, de nos familles.

     

     

    Il nous faut donc avoir la même réponse que Marie : « Voici la servante du Seigneur ».  Servante, dans la Bible est un terme extrêmement positif ; cela ne veut pas dire subordonné, mais bien collaborateur.  Fou, non ?  Je suis un collaborateur immédiat de Dieu.  Waouwwww, comme disent les jeunes. 

    Lorsque je suis allé me présenter à Monseigneur van ZUYLEN il y a 36 ans, pour demander à entrer au séminaire, à la fin de l’entretien il m’a dit : « Pierre, je vous considère dès maintenant comme un collaborateur ».  Je me souviens que ça m’avait bouleversé …  Alors, être le collaborateur de Dieu lui-même … j’vous dis pas !!!

     

     

    Pourquoi le Seigneur est-il venu planter sa tente parmi nous ?  Quel est son projet, sa volonté ?  Paul le résume de façon toute simple : « La volonté de Dieu est que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 3).  Voilà à quoi nous avons à collaborer aujourd’hui, avec et à la suite de Marie.  Sauver, c’est-à-dire : « rendre la santé »  … 

     

     

    Les médecins et le personnel soignant le font - et admirablement en ces jours - de manière physique.  Ce n’est pas notre cas.  Mais vous le savez, il n’y a pas que le physique qui doit être en bonne santé … Alors, aujourd’hui, un coup de fil peut-être à quelqu’un qui est déprimé ou anxieux à cause de ce confinement …  ou autre chose …  Soyons inventifs ... Car rien n’est impossible à Dieu. Et n’oublions pas notre rendez-vous de ce midi, en communion avec nos frères de la Réforme, de la Communion anglicane et de l’Orthodoxie.

     

     


     

    Mardi de la 4ème semaine de carême                                24 mars 2020

     

    « Cette eau coule vers la région de l’orient, elle descend dans la vallée du Jourdain, et se déverse dans la mer Morte, dont elle assainit les eaux. En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre, et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent. » (Ez 47, 1-9.12)

     

    Nous le savons bien : chez nos frères juifs, l’eau est à la fois symbole de vie et symbole de mort.  Les tempêtes sur le lac de Tibériade sont terribles … mais Jésus marchera sur les eaux.  Les eaux vont s’écarter lorsque Moïse va emmener le peuple hors d’Égypte vers la Terre Promise … Et il y en a tant d’autres.  Aujourd’hui, la liturgie nous propose un texte fondamental chez les Juifs, tellement fondamental qu’à l’époque du Christ, lors de la fête des Tentes, on faisait une procession à la piscine de Siloé en passant par la porte des eaux. C'est de là que devait jaillir la source annoncée par le prophète Ézéchiel, source qui allait se jeter dans la mer Morte. 

    Si vous lisez tout le texte, vous verrez que l’eau traverse le Temple, le lieu de la demeure de Dieu et ensuite, elle va assainir la Mer Morte et les poissons y viendront de nouveau.

         Actualité étonnante.  Loin de moi l’idée de dire que le Coronavirus vient de Dieu.  Ce serait une aberration … et même un péché au sens fort du terme.

         Non, évidemment.  Un des professeurs, le Chanoine GUELLUY, disait que Dieu était le premier écolo, car il était « spécialiste de la récupération des déchets » !

         Le Covid-19 est évidemment un mal, un « déchet » pour reprendre GUELLUY.  Mais il peut avoir comme conséquence d’en faire jaillir du bien.  Même si ce ne sont pas des poissons, comme dans le texte, mais des mammifères, vous avez entendu que les dauphins sont de nouveau là dans le port d'Ancône, sur la côte adriatique.

         Plutôt que de nous lamenter, je nous invite à découvrir au long de cette journée les « dauphins » qui font ou refont leur apparition dans les eaux assainies de notre existence, de notre quartier, de notre famille … 

         Belle journée dans notre port d’Ancône …

     


     

    Lundi de la 4ème semaine de carême                                                  23 mars 2020

     

     

    « Ainsi parle le Seigneur : Oui, voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit. Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée. » (Is 65, 17-21)

     

     

    Ça nous fait vraiment du bien d’entendre ces paroles du prophète Isaïe aujourd’hui.  Je vous rappelle le cadre de ce texte : Le ministère du 3ème  Isaïe comme on l’appelle (537 à 520 avant notre ère) se déroule après le retour d’exil, dans un contexte de désenchantement très prononcé.  Ceux qui reviennent d’exil se trouvent confrontés à des difficultés économiques, culturelles et religieuses épouvantables. La reconstruction du Temple, à peine commencée, est interrompue et il faut se contenter d’un culte réduit à sa plus simple expression autour de l’autel. Il y a d’innombrables problèmes de cadastre : les terres laissées lors de l’exil ont été utilisées par d’autres ! Comment les répartir à nouveau avec justice ?  On se croirait presque en Belgique …  Et au cœur de cela, les paroles remplies d’espérance de ce matin.

     

     

    Je vous rappelle que si Dieu peut - « sait » en belge - faire tout sans nous, il a décidé de jamais le faire sans nous.  Et donc, lorsqu’il dit « je vais créer », on doit lire « nous allons créer ensemble ».   C’est ma grande espérance et certainement la vôtre aussi : que le monde de demain soit un monde plus solidaire, moins centré sur le profit, un monde où l’on sait dire « merci » à l’autre, où l’on apprend à connaître son voisin, où l’on se soucie des désemparés.  Ce nouveau monde est en train de naître ; nous sommes en train de le créer.  En applaudissant tous les soirs, des gens me disent avoir fait la connaissance de leurs voisins ! Tous ces mercis au personnel soignant, « nettoyant », aux forces de polices, aux pompiers … raniment en nous cette envie de dire « merci » … ce que nous ne faisons habituellement pas assez.  Les cloches de notre UP sonnent tous les soirs ou tous les dimanches. (Je n’ai pas de nouvelles de la paroisse de Beaufays). J’ai également lu une belle initiative. Je vous la livre.  À chacun de trouver ses petits trucs : Mettre sur sa poubelle une feuille avec un « Merci » pour les éboueurs.  Allez …  « Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée, pour ce que nous créons ».   

     

     


     

    4ème DIMANCHE DE CARÊME - A -                                                  22 mars 2020

     

    « Réjouis-toi de laisser le Seigneur t’ouvrir les yeux ! » La couleur rose de cette fête nous rappelle que la lumière du matin de Pâques est déjà toute proche ; que la nuit n’est déjà plus totalement la nuit ; que la puissance du Ressuscité commence déjà à agir en nous.

     

    Et tout d’abord, avec le petit David. Dernier des fils de Jessé, il n’est rien : on l’envoie même garder les troupeaux, alors que les autres enfants sont à la maison. Il est dans la nuit, et peut-être n’en sait-il rien … Et voilà que le Seigneur vient à sa rencontre par Samuel. Samuel va le faire sortir de la nuit pour en faire le plus grand Roi d’Israël, grâce à l’Esprit de Dieu qui s’est emparé de lui, dès ce jour-là.

     

    Jésus est « Fils de David ». David en est donc l’image. Jésus aussi, va naître au plein cœur de la nuit, à Bethléem ; il va naître dans la nuit aussi, parce qu’il vient, petit et pauvre, dans une crèche à l’écart, en n’ayant comme compagnons, qu’un âne, un bœuf et quelques bergers. Il vivra dans la nuit à Nazareth. Il lui faudra aussi que Dieu son Père le sorte de la nuit : à son baptême, il le met dans la lumière en lui disant : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi, je mets tout mon amour ». Et cela ne s’arrête pas là. Jésus vivra aussi la nuit de la mort le Vendredi-Saint, il connaîtra l’obscurité du tombeau … et là aussi, c’est son Père qui, roulant la pierre, le rendra à la lumière, le ressuscitera. Le psaume nous l’a dit : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal ».

     

    Paul nous dit que ce que et David et Jésus ont vécu, c’est désormais le propre de tous ses enfants, de l’Église : « Maintenant, dans le Seigneur, vous qui étiez dans les ténèbres, vous êtes maintenant devenus lumière ». Mais Paul va plus loin : « Vivez comme des fils de la lumière. » La résurrection est d’abord un don – et c’est primordial - mais elle est aussi une tâche. Impossible, si nous sommes illuminés par Dieu, de ne pas vivre comme tel.

    Le temps du carême est celui où, par le jeûne, le partage et la prière, nous sortons de notre obscurité, nous rallumons le feu qui est en nous, nous rallumons en chacun de nous le cierge pascal que nous passons notre temps à éteindre ! Nous avons à prendre au sérieux la fin de la lettre de Paul : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. »

     

    L’Évangile nous conduit encore plus haut : Et David et Jésus et chaque chrétien a été conduit à la lumière ; mais c’est le monde entier qui doit être conduit à la lumière. L’aveugle n’est pas un disciple, il ne compte même pas le devenir au début du texte, il ne demande rien et pourtant Jésus lui aussi va le conduire à la lumière. C’est seulement à la fin qu’il va se prosterner devant lui.

    Et puisque le chrétien est un autre Christ, nous découvrons aujourd’hui la mission qui nous est confiée : faire venir le monde entier à la lumière, ressusciter le monde entier par et à la suite de Jésus.

     


     

    Samedi de la troisième semaine de carême                                            21 mars 2020

        Nous la connaissons tous, cette histoire du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-14).  Mais il nous faut la bien comprendre.  Le pharisien est un bon gars : il prie énormément, il est généreux : donner la dixième partie de ce qu’on gagne, ce n’est pas rien …

         Imaginez le budget en boni de toutes nos Fabriques d’Église si c’était le cas !!!  Pendant ce temps de confinement, il reste bien chez lui, ne sort que pour aller chez Colruyt … et à pied évidemment …, fait sa petite balade quotidienne tout seul …  Oui, vraiment un bon gars, civique par-dessus tout !

         Mais voilà, par la fenêtre de sa maison, il peste contre ce groupe de trois personnes qui se promènent ensemble à 98 cm l’un de l’autre ; et chez Colruyt, il a piqué une crise contre cet étranger - un étranger évidemment … - qui a rempli son caddie de 40 kg de farine, dévalisant ainsi tout le rayon !  Il n’a pas pu s’empêcher de sourire lorsque le gérant lui a demandé d’aller remettre 30 kg dans le rayon.  Ce pharisien, c’est moi.  Un de mes amis disait souvent : « Difficile d’être modeste quand on est le meilleur ».  On pourrait dire : « Difficile de ne pas juger l’autre qui ne fait pas son devoir, lorsque je fais le mien ». 

         On l’a compris : le Seigneur ne met pas en valeur le publicain parce qu’il est cet étranger qui a rempli son caddy de farine, pas plus qu’il ne critique le pharisien parce qu’il prie on ne peut plus souvent. Il ne nous invite évidemment pas non plus à devenir inciviques !

         Non, mais le pharisien n’a pas besoin de salut, puisqu’il se sauve lui-même.  Il ne doit pas être rendu juste - c’est-à-dire debout, ressuscité - puisqu’il le fait tout seul.

         Le publicain, lui, a besoin des autres ; il se rend compte qu’il ne peut rien seul ; il est conscient de sa fragilité, de sa petitesse.  Il découvre donc la merveille de devoir être « sauvé », « ressuscité » par un autre, par un Autre.

         Pendant ces jours, j’entends souvent parler de « communauté » ; c’est ainsi que les Américains parlent … mais on l’entendait peu chez nous.  Oui, nous sommes une communauté humaine.  Au début de son Sermon XIII, saint Bernard nous rappelle l’étymologie de ce nom : nous sommes « un groupe de personnes ayant un lien en commun ».

         Alors, comment vais-je vivre ma journée ? Si je la vivais en me rappelant que j’ai un « lien en commun » avec ceux que je vois ou que je rencontre « de loin ». 

         L’enfer, ce n’est pas les autres …  Le paradis, c’est les autres.

     


     

    Vendredi de la troisième semaine de carême                                          20 mars 2020

     

    « Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »

     

    Voilà la Bonne Nouvelle qu’il nous est donné de méditer, de ruminer aujourd’hui (Mc 12, 28b- 34).

    Sans nous gonfler d’orgueil, je crois que l’on peut dire que durant ce temps, nous aimons Dieu davantage.  Nous avons plus de temps à lui consacrer ; certains me disent qu’ils n’ont jamais tant prié ou que c’est la première fois qu’ils vivent vraiment un carême où nous sommes invités à nous retirer dans notre chambre et à prier notre Père, en secret.  

     

    De la même manière, sans doute ce temps nous a-t-il permis d’aimer davantage nos frères et sœurs.  Tant de solidarités se créent dans notre pays, sans parler des actes symboliques tout aussi importants : applaudir les personnes travaillant dans les soins de santé, mettre un merci sur nos poubelles à l’intention des éboueurs … Et l’on pourrait allonger encore la liste.

     

    Mais on oublie souvent le troisième commandement, celui qui est comme caché et qui, pourtant, est comme la condition des deux autres : « comme toi-même ».  J’aimerai d’autant mieux et mon Dieu et mes frères et sœurs si je commence par m’aimer moi-même.  Et, paradoxalement, c’est sans doute le plus difficile.  Pourquoi ?  Parce qu’on nous a souvent fait croire que c’était malsain, que c’était de l’égoïsme.  Il nous faut distinguer l’égoïsme de ce que d’aucuns appellent « l’égotisme ».  L’égotisme est positif : il me permet de reconnaître la grandeur de l’être que je suis, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu lui-même.  Le psaume 138 le dit : « Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis.  Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait ».  Et Marie dira dans son Magnificat : « Désormais tous les âges me diront bienheureuse ».  Es-tu égoïste, Marie ?  Mais non, tu es égotiste : tu reconnais ta grandeur comme ne venant pas de toi, mais de ton Seigneur.

     

    Alors, si nous passions cette journée en reconnaissant notre dignité, notre grandeur ?  Alors, oui, nous aimerons sans doute davantage encore et notre Dieu et nos frères et sœurs humains.   


     

     

    Jeudi de la troisième semaine de carême                                              19 mars 2020

    Nous fêtons aujourd’hui saint Joseph.  Et ici, dans notre UP, nous avons une pensée toute particulière pour notre « saint-Joseph-à-nous » : l’abbé Joseph Cassart qui a terminé sa vie au milieu de nous.

     

    À Pondichéry, devant et dans l’église qui est face au Volontariat, j’ai découvert pour la première fois une représentation de saint Joseph qui dort dans l’atelier de Nazareth.  Je ne connaissais pas du tout cette façon de le représenter, et j’avoue que jusqu’à aujourd’hui, elle ne me parlait pas du tout.

     

    Mais voilà …  Joseph est le saint Patron de la Belgique … et la Belgique vit le confinement depuis quelques heures.  De nouveau, voilà que la liturgie « colle » à la réalité.  Il y a du travail dans « l’atelier Belgique » et voilà que, pour beaucoup, l’inactivité ou du moins, une moindre activité vient de se présenter à nous.

     

    Je vous le redis : Joseph ne dort pas dans sa chambre. Non, il dort au cœur de son atelier, au cœur de son lieu de travail et au milieu de ses instruments de travail. Un peu comme nous, sans doute.

     

    Le sabbat est pour les Juifs et les chrétiens le jour du repos et ce jour a été sanctifié par Dieu ; dit plus simplement, il a été reconnu par lui comme beau, bon, utile.  Et s’il en était de même pour nous ?

     

    Vous l’avez vu : la pollution en Chine a diminué et à Venise, l’eau des canaux est de nouveau translucide et peuplée de poissons.  Au sein d’une même maison, on se retrouve ou même on se découvre.  Une solidarité immense est née dans notre pays autour des personnes plus âgées, plus fragiles, autour des SDF et des réfugiés, autour des animaux abandonnés.

     

    D’aucuns se posent des questions plus fondamentales sur leur façon de vivre avant ce jour … Et l’on pourrait continuer.

     

    Comme Joseph, « posons-nous », reposons-nous, re-posons-nous.  Faisons de ce temps un temps de méditation et de prière.  Au fond, c’est un peu une retraite spirituelle que nous pouvons vivre … et une longue retraite spirituelle.

     

    C’est peut-être là que l’ange lui est apparu et lui a annoncé le retournement complet de son existence en accueillant Marie et l’enfant qu’elle portait.  C’est au cœur de l’inactivité qu’il a pu saisir ce que Dieu voulait pour lui et pour son bonheur.  Ainsi en est-il aussi pour nous. 

     

    Comme Joseph, vivons ce temps au cœur de notre atelier ; au milieu de nos outils.  Comment, demain, vais-je voir mon lien au travail ?  Comment mon travail pourra-t-il se vivre pour m’épanouir et épanouir les autres ?  Quelles dispositions prendre pour que l’économie et la production soient au service de toute la société ? Ce que nous découvrirons et déciderons de vivre, ce sera pour notre bonheur et notre joie …

    Belle fête patronale à notre pays et à chacun de ceux qui l’habitent !

     


     

     

    Mercredi de la troisième semaine de carême                                          18 mars 2020

    Si certains avaient encore des doutes sur le fait que la Parole de Dieu est vivante et actuelle, les textes des derniers jours sont vraiment brûlants d’actualité.  Et encore aujourd’hui …

         Écoutez le début de la première lecture de ce jour.  On dirait que le Seigneur répond à Sophie Wilmes et nous invite à la suivre : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. » (Dt 4, 1.5-9)

         Souvent, nous voyons les lois - chrétiennes ou civiles - comme des entraves à notre liberté : « Voilà qu’à partir de midi, je ne peux plus faire n’importe quoi : c’est un scandale …  Je suis quand même libre de faire ce que je veux, non ? »

         Dans toute la Bible, les commandements sont vus comme un signe d’amour du Seigneur pour son peuple.  Dieu veut pour nous la vie et il nous invite à la choisir comme et avec lui.  Déjà le premier psaume de la Bible chantait : « Heureux est l'homme qui (…) se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu'il entreprend réussira ».  Et Moïse disait au peuple : « Je te propose aujourd'hui de choisir ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Écoute les commandements que je te donne aujourd'hui : aimer le Seigneur ton Dieu, marcher dans ses chemins, garder ses ordres, ses commandements et ses décrets. Alors, tu vivras et te multiplieras ; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession. »  (Deutéronome 30,15-20)

         L’Évangile du jour nous fait encore aller plus loin, lorsque Jésus dit : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »  (Mt 5, 17-19) Autrement dit : Le Seigneur ne supprime pas les conseils ou les injonctions que la loi civile nous donne, mais il veut les accomplir.  Alors que la loi civile nous invite à faire les choses par civisme, par respect de l’autre - et c’est déjà énorme !!! - les chrétiens sont invités à aller encore plus loin et à le faire avec et par amour, de grand cœur, dans la joie de sauver des vies, en ne nous regardant pas nous-mêmes, mais en regardant les autres et en nous réjouissant que par les petits actes que nous allons poser ou que nous ne pouvons plus poser, nous allons les garder vivants et en bonne santé. 

         Vous connaissez ce conte chinois des baguettes de riz.  Je vous la laisse en méditation : « Un vieux sage chinois reçut un jour la faveur de visiter le ciel et l’enfer. En enfer, il vit des hommes et des femmes blêmes, décharnés, assis autour d’un tas de riz énorme et appétissant. Ils mouraient tous de faim car ils n’avaient pour manger que des baguettes démesurément longues, comme des rames de sampang. Effrayé, le sage s’enfuit au paradis. Là, il vit des hommes et des femmes assis autour d’un plat de riz tout semblable au premier. Mais ils étaient heureux, épanouis et resplendissants de santé.

         Car chacun, avec ses baguettes immenses, donnait à manger à son vis-à-vis. 

     


     

    Mardi de la troisième semaine de carême                                             17 mars 2020

    « Il n’est plus, en ce temps, ni prince ni chef ni prophète, plus d’holocauste ni de sacrifice (…) plus de lieu où t’offrir nos prémices (…). Mais, avec nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois-nous, comme un holocauste de béliers, de taureaux, d’agneaux gras par milliers. »

    Cet extrait du Livre de Daniel (Dn 3, 25.34-43) lu ce matin à la messe, est écrit à une époque particulière : le peuple est en exil à Babylone.  Il n’y a plus de temple, plus de culte …  Alors, comment rejoindre Dieu ?  À travers les cœurs brisés et les esprits humiliés, Daniel dit au peuple exilé que c’est l’attitude du cœur, la manière de vivre qui est un culte à Dieu.  Et tous les prophètes insisteront sur le soin apporté - à porter - aux autres.

    Durant l’Année Sainte de la Miséricorde, François notre Pape a remis en valeur les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle.  Je vous les rappelle simplement.  À nous de les adapter à notre « quasi-confinement » :   nourrir les affamés, abreuver les assoiffés, vêtir ceux qui sont nus, visiter les prisonniers, ensevelir les morts, accueillir les étrangers, visiter les malades … et … Conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner aux ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

    Toutes ces œuvres sont transposables à la situation actuelle … avec un peu d’imagination … et beaucoup de solidarité !  Oui, il y a du pain sur la planche !!! 

     


     

    Lundi de la troisième semaine de carême                                              16 mars 2020

    La première lecture de ce jour (2 R 5, 1-15a) nous parle beaucoup : celle du général syrien lépreux : Naaman.  Il apprend qu’Élisée est un grand prophète.  Il fait un long chemin pour venir être guéri et Élisée lui demande d’aller simplement se plonger 7 fois dans la Jourdain.  Il est profondément déçu que le prophète lui demande quelque chose de si simple.  Mais, encouragé par ses serviteurs, il finira par le faire et sera guéri.

    On ne nous demande pas des choses extraordinaires : se laver les mains souvent, rester chez soi, ne pas se donner la main ou se faire la bise.  Rien de bien extraordinaire et des choses que tous nous pouvons faire aisément …. Mais cela ne plaît pas trop à notre orgueil.  Nous préférerions peut-être qu’il nous soit demandé des choses extraordinairement difficiles.  Alors, on pourrait y mettre toute notre volonté, tous nos efforts et nous gonfler d’orgueil en disant que si nous sommes préservés, c’est grâce à la discipline de vie exigeante que nous nous sommes imposés à nous-mêmes … Eh bien non !  Dans la vie spirituelle comme dans la vie sociale, le beau et le bon, ce qui donne du bonheur et qui me « met en vie », ce sont des choses toutes simples …  Que je sois riche ou pauvre, cadre ou sans-emploi, polyglotte ou analphabète … je peux y arriver tout simplement … car la vie est pour tous et le bonheur est à la portée de main de chacun.  Apprends-moi, Seigneur la simplicité.

    Quant à Élisée, il n’a pas fait grand-chose : il a juste dit une parole ; mais cette parole va sauver Naaman.  Ce temps est aussi un temps de solidarité avec les autres.  Mais nous ne sommes pas des surhommes ou des Mère Teresa.  Ce que nous pouvons faire, comme Naaman, c’est de toutes petites choses : un coup de fil, des courses pour le voisin, un sourire dans la rue (mais de loin lol).  Ces petits gestes pourront aussi sauver le voisin, le « prochain » … En Inde, je n’ai pas guéri de lépreux.  Avec les élèves, nous leur avons simplement souri, nous les avons touchés (là, on pouvait le faire de près re-lol), nous les avons embrassés …  N’avons-nous pas contribué aussi à les sauver ?

     


     

    Méditation du troisième dimanche de carême                                          15 mars 2020

    Le peuple, dans sa marche au désert, a soif.  La Samaritaine qui vient puiser de l’eau a soif et même Jésus a soif ...  On pourrait évidemment ajouter aussi qu’ils ont faim : le peuple au désert recevra la manne et les cailles, les disciples de Jésus s’inquiéteront pour la foule qui a faim et Jésus a eu faim au désert.

                C’est normal, au milieu du carême que la faim et la soif s’attisent en nous.  Depuis 15 jours, maintenant, nous essayons de supprimer de notre vie ce qui semble - et qui semble seulement - combler notre faim et apaiser notre soif et, du coup, il y a un vide qui se crée en nous pour une vraie nourriture et une vraie boisson.  Et cette année, d’une façon toute particulière, tant et tant d’autres « vides » surgissent en nous et autour de nous

                Et c’est donc le moment d’entendre « pleinement » la réponse de Jésus à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu ».  Vous ne le savez peut-être pas, mais ce récit de la Samaritaine est un récit très symbolique.

                Il vient tout d’abord un peu après le premier signe de Jésus : le miracle de Cana, les douze jarres d’eau changées en 12 jarres d’excellent vin.  Déjà là, nous pressentons la nouveauté absolue de Jésus.      Mais c’est aujourd’hui que Jésus nous montre ce qu’est cette nouveauté absolue.

                Chez les Juifs, la demande en mariage se faisait au bord d’un puits, lorsque le bien-aimé demandait à sa bien-aimée un peu d’eau.  Alors, on comprend mieux que Jésus ait soif et que cette soif rencontre la soif profonde de la femme qui a eu autant de maris.

    Oui, Jésus a soif de l’humanité, de toute l’humanité – indépendamment des prescriptions juives - ; C’est le grand mystère de l’Alliance.  Dieu veut épouser l’humanité en son Fils Jésus.  Dieu veut signifier son Alliance avec nous en termes d’épousailles.

    La femme, elle, - comme nous sans doute – est étonnée et ne comprend pas.  « Comment, toi, Dieu, veux-tu faire une Alliance avec le Monde et avec le Monde pécheur, l’homme pécheur que je suis.  Non, Seigneur, je n’en suis pas digne ? »

    Et, en même temps, cette femme a soif d’amour, d’épousailles et c’est pour cela qu’elle a eu tant de maris.  Elle en a eu cinq plus l’actuel : 6 … le chiffre de l’incomplétude. Ce texte n’a rien à voir avec un discours sur le mariage.  Il va bien au-delà.  Il nous dit tout simplement que, comme la Samaritaine, nous ne croyons pas que nous soyons dignes de l’amour de Dieu, alors, nous cherchons de « petits amours » qui pourraient le remplacer.  Mais, chaque fois, c’est l’échec …  Quels sont donc mes 6 maris ?  Ces choses dont j’ai cru qu’elles allaient combler mon cœur ? Pendant ce carême, nous osons dire : « Seigneur, je sais que mes petites recherches d’amour, d’épousailles sont toujours vaines ; alors, pendant ces 40 jours, j’ose croire que c’est toi seul qui peut combler ce désir profond d’aimer et d’être aimé qui m’habite. »  Avec la Samaritaine, il me faut dire : « Je n’ai pas de mari ».  Je reconnais qu’aucun ne comble mon cœur.  Je suis donc célibataire, et par là-même, capable d’accueillir mon septième mari - chiffre de la plénitude - celui qui pourra pleinement combler mon cœur assoiffé et affamé d’amour.

                Et alors, vient cette déclaration solennelle de Jésus : « C’est moi, l’eau vive, qui peut apaiser ta soif profonde d’amour. »

    Je suis là, tout près de toi, nous dit le Seigneur ; ne le cherchons pas au loin, ne le cherchons pas demain ; il est ici et maintenant … Quand la faim te tenaille, quand la déshydratation se fait sentir, tourne-toi simplement vers le Seigneur.  Oui, ose le prier davantage durant ce carême, ose lire et partager la Parole de Dieu, ose lui donner ce que tu as et ce que tu es à travers ton frère souffrant où tu découvriras sa présence.

                C’était le cri qui terminait la première lecture : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n'y est-il pas ? ».  La réponse nous est donnée dans l’Évangile et elle nous est expliquée par Paul : « La preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. »  Alors, continuons notre marche vers Pâques dans l’action de grâce : nous n’avons aucune raison de mériter cet amour du Seigneur ; mais il est amoureux de nous.  Nous n’avons plus qu’à goûter cette joie. 

     

    Pierre +, votre curé  

     


     

     

     

     
  • Troisième conférence de carême : "un homme de communion"

    TROISIÈME CONFERENCE DE CARÊME

    « UN HOMME DE COMMUNION »

     

    « Le Christ est notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, l’inimitié, ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions, afin de créer en lui-même, avec les deux, un seul homme nouveau, en établissant la paix, et de les réconcilier, l’un et l’autre en un seul corps, avec Dieu par la croix, en détruisant par elle l’inimitié. Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient près ; car par lui nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit. Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors ; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu. Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. En lui tout l’édifice, bien coordonné, s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en Esprit. » (Éphésiens 2, 14-22)

     

    Après avoir vu combien, nous étions des hommes nouveaux et des hommes solidaires, la lettre aux Ephésiens nous aide à comprendre comment nous sommes des hommes et des femmes de communion.  Et pour cela, il nous est bon de nous rappeler la spécificité eu peuple juif.  Depuis toujours, les Juifs ont prêté une grande attention à leur spécificité en tant que peuple de l’Alliance. Rappelez-vous qu’ils ont été choisis comme « le plus petit des peuples parmi tous les peuples ».  (Deut 7, 13).  Et donc, dans tous les domaines de la vie, ils ont voulu marqué leur différence par rapport aux autre peuples (circoncision, nourriture kasher, mariage entre eux …)  Ils voulaient ainsi, non seulement, garder leur identité de peuple élu mais surtout être un signe pour le monde ; ils voulaient déjà être un « sacrement » de l’amour de Dieu pour le monde.  Cette attitude les exposait parfois à l’incompréhension et même l’hostilité des autres.  Les débuts du Christianisme ont montré la difficulté de cette attitude, dans la mesure où des païens (des Goïms) ont adhéré à la foi chrétienne.  Cela a amené au premier concile de l’Église, dans les années 70, où il a été entendu qu’il ne fallait pas devenir d’abord juif (et donc recevoir la circoncision) pour devenir chrétien.

     

    Lire la suite...