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Méditations de notre Curé



 

Mercredi de la 5ème semaine de carême                           1er avril 2020

 

« Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » (Jn 8, 31-42)

 

 

 

De çi, de là, j’entends dire que depuis le début de notre confinement, nous ne sommes plus libres ; que de nous demander de rester chez nous, de garder une distance respectable entre nous, de ne pas faire de provisions, de ne pas organiser de lockdowns, tout cela, ce sont des atteintes à notre liberté fondamentale.  Et, sans aller jusque là sans doute, il me faut avouer que j’ai parfois aussi l’impression d’être un peu moins libre aujourd’hui qu’il y a un mois …

 

 

 

Et voilà que Jésus vient me dire que je suis tout-à-fait à côté de la plaque.  Il m’invite à me poser une question fondamentale : « Qu’est-ce qui me rend esclave, quand suis-je vraiment libre ? »  Je peux être esclave de mon internet, alors que je suis tout-à-fait libre de le posséder.  Et je peux être totalement libre dans mon monastère, alors que j’ai fait le vœu d’y rester toute ma vie.  Alors, où se situe la vraie liberté ou l’esclavage ?

 

 

 

Jésus est clair.  La liberté est dans la vérité et l’esclavage, dans le mensonge.  L’hébreu, vous le savez, est une langue très concrète.  Le mot « èmeth »  signifie la « fermeté », et ainsi, plus largement, la fidélité, la foi, la confiance.  Être vrai, ce n’est donc pas, ce n’est pas « ne-pas-dire-des-mensonges-à-sa-maman » …  Pas du tout : être vrai, c’est être quelqu’un sur qui on peut s’appyer, à qui l’on peut faire confiance, qui est solide comme le roc.  C’est pourquoi Jésus dira qu’il est le VRAI pain ; qu’il est le Chemin, la VÉRITÉ et la Vie.  On peut compter sur lui, il est solide comme le roc. 

 

 

 

Un chrétien est un imitateur du Christ.  Voilà donc mon boulot aujourd’hui.  Peut-on compter sur moi depuis le début de ce confinement ?  Ou vais-je me débiner à l’amour, avec toutes sortes d’excuses ?  « Chacun sa m…., j’en sors déjà pas avec moi-même … si, en plus, je dois être un roc pour les autres … »  Mais Jésus me redis que c’est à ce moment-là que je serai vraiment libre.  Si je m’enferme en moi-même, alors, je serai vraiment esclave.  Et est-il pire esclavage que le nombrilisme ?   Nous sommes, selon la belle expression « libres pour aimer » !  Et, en même temps, je ne peux aimer que si je suis libre …  Tu veux être libre durant ce temps de confinement : sois donc vrai …  Que l’on puisse te faire confiance, que tu sois solide comme le roc pour aimer et aider tes frères.

 

 

 

Et n’oubliez pas de manger du poisson aujourd’hui ! 

 


 

Mardi de la 5ème semaine de carême                                31 mars 2020

« Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie ! » (Nb 21, 4-9)

 

Nous le savons bien, le serpent était une divinité de Canaan, la nation détestée par dessus-tout par le peuple élu.  Et donc, forcément, le serpent l’était tout autant ; ce n’est pas pour rien que c’est un serpent qui va tenter Ève au jardin d’Eden.  Il est devenu l’image du Malin.

Par ailleurs, le texte de ce jour nous montre que ce Malin donne la mort à ceux qu’il mord, à ceux qu’il touche, à ceux qu’il approche.  Nous comprenons sans peine le rapprochement avec notre situation … Notre « cher » Covid nous fait penser à ce serpent qui donne la mort.

 

Face à ce virus, le Père dit de bâtir un autre virus : un serpent, mais fait d’airain.  Le mot hébreu « airain » (Nechuwshah) indique la force et l’invulnérabilité.  Face à un serpent qui peut être tué, anéanti, ce dresse un autre qui ne le peut.  Nous le savons, nous vaincrons le virus du Corona, mais au-delà, nous pourrons vaincre tout ce qu’il a mis en lumière de notre vie « d’avant » ; toutes ces choses qui nous rendaient moins humains.  Ce nouveau virus que le Seigneur met à l’honneur c’est lui.  Et ça, c’est l’Évangile d’aujourd’hui : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS » (Jn 8, 21-30).

 

Oui, Jésus est le serpent d’airain qui sauve.

 

Alors, comprenons bien.  Pas de magie à bon marché.  Le personnel soignant et les chercheurs vont vaincre la pandémie ; c’est leur boulot et nous continuons de leur dire merci tous les jours à 20.00.  Mais c’est à nous de vaincre notre « vie d’avant » avec le Seigneur.  Comment ?  Saint Jean le dit en trois mots : « Dieu est Amour ».

 

Notre vie d’avant ne pourra être vaincu par aucun plan, par aucune méthode, par aucun redressement économique.  Notre vie d’avant ne pourra être vaincue que par l’Amour …  Alors, n’attendons pas la fin du confinement.  Au boulot, dès aujourd’hui ! 

 


 

Lundi de la 5ème semaine de carême            30 MARS 2020

 

Au nord de Naples, se trouve la commune de Capoue.  Si vous y allez un jour, surtout entrez dans la basilique Sant’Angelo où se trouvent encore des fresques du XIème siècle, dont cette scène de la femme adultère, l’évangile de ce jour. (Jean 8, 1-11).

 

Elle était certainement très belle, mais ici, sa beauté est comme cachée, voilée par sa crainte devant le Seigneur.  « Que va-t-il faire ?  Que va-t-il me dire ? Que va-t-il m’arriver ? »  Car en plus du Seigneur, il y a les regards mauvais des autres personnages de la scène.  On peut imaginer Pierre à côté de Jésus et les accusateurs derrière la pécheresse.   Elle doit trembler de la tête aux pieds. 

 

Jésus est le seul qui semble paisible dans la scène.  Et, même si ce n’est pas dans le texte biblique, sur cette fresque Jésus lui tend la main.  Elle, elle hésite encore un peu, mais on voit sa main droite qui pourrait peut-être rejoindre la main de Jésus.

 

Cela nous rappelle la merveille d’un autre artiste : la création d’Adam de Michel Ange, dans la chapelle Sixtine.  Là, c’est Dieu le Père qui tend la main à Adam, au début du monde.

 

Toujours le même refrain … Un nouveau monde … Le Père a créé le monde et l’a confié à Adam pour qu’il « le remplisse et le soumette », c’est-à-dire pour qu’il poursuive l’œuvre de la création … Mais qu’il le fasse dans l’esprit du Seigneur : pour la beauté, la bonté, la justice, le partage, l’égalité … Bref, les Béatitudes !

 

La pécheresse, comme son nom l’indique, représente l’humanité qui n’a pas bien poursuivi l’œuvre de la création …  Et nous voici, aujourd’hui, tout tremblant devant le Seigneur.  Je le redis bien : il ne s’agit en aucun cas de voir le Covid19 comme une punition, ni même comme causé par notre péché …  Non … Mais cette pandémie nous a permis de voir tout ce qui n’allait pas dans notre monde.  Nous nous rendons compte que nous avons souvent « raté le coche » en plaçant tant de chose dans notre vie sur le « moi ».  Et nous aussi, nous risquons de trembler : « Qu’est-ce que le Seigneur va me dire ? Que va-t-il faire ?  Que va-t-il m’arriver ? »

 

Aujourd’hui, comme il y a deux mille ans, le Seigneur nous tend la main.  Il veut faire du neuf avec nous ; il veut créer ce monde nouveau que nous devons co-créer, pro-créer avec lui.  François nous rappelait la nécessité de l’être-ensemble et du faire-ensemble.  Et le psaume du jour (Psaume 22) nous le redit avec un cœur rempli d’espérance pour demain : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien …  Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton - on pourrait dire ‘ta main’ - me guide et me rassure. »

 

 


 

5ème DIMANCHE DE CARÊME                                      29 mars 2020

Nous voici presque au terme de notre carême ; un carême très spécial, avouons-le, mais la liturgie nous donne déjà un avant-goût de la Résurrection ;  elle le fait comme pour nous dire : « Ne te trompe pas : ce que tu vas vivre la nuit de Pâques, chez toi, devant ta TV sans doute, ce n’est pas seulement la Résurrection de Jésus, mais c’est aussi, déjà, ici et maintenant, ta propre Résurrection. » 

 

            Cela commence doucement chez Ézéchiel : « Je vous ferai sortir de vos tombeaux ».  Cette prophétie ne parle pas vraiment encore de la résurrection des corps ni des exilés enterrés en exil mais bien de la restauration du peuple de Dieu, de la nation dispersée à Babylone. Sans vouloir s’imposer, Dieu tient avant tout à ce que son peuple le reconnaisse comme son Dieu, comme le Dieu de l’Alliance qui toujours ouvre les tombeaux, libère, renvoie à la vie. Alors qu’il est mort socialement, le peuple reçoit l’annonce de sa libération, de sa sortie du tombeau de l’Exil. N’est-ce pas un peu ce que nous vivons cette année ? C’est donc le réveil de l’espérance perdue, par l’action de l’Esprit de Dieu.  Alors, tu vis des situations de mort sociale, ta vie n’a plus beaucoup de sens, tu as l’impression que Dieu est loin de toi : « tracasse », comme disent les jeunes, Dieu n’a qu’une envie : nous faire sortir de l’obscurité des tombeaux.

 

            Paul nous explique cela un peu d’une autre manière : « Être mort, c’est vivre sous l’emprise, sous l’empire de la chair ».  Attention, la chair n’a rien de sexuel chez Paul, c’est une manière de dire : vivre à la manière du monde.  Eh bien, non !  Si tu veux être vivant, tu dois vivre dans le monde – OK -, mais sans être du monde.  Les priorités des chrétiens sont différentes : ce sont les Béatitudes et, nous le savons bien cela va à l’encontre de ce que nous dit le monde à longueur de journée.  Le monde nous dit : le bonheur, il est là si tu te mets au centre du monde, si tu en deviens le nombril ; les Béatitudes nous disent que le bonheur est dans la rencontre de l’autre ; celui qui souffre d’une manière ou d’une autre.  Et cela, dit Paul, c’est vivre selon l’Esprit. S’adressant à Dieu François disait hier : « Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. »

 

            Et, enfin, l’Évangile nous parle de notre Résurrection personnelle qui arrivera comme cela est arrivé à Lazare – même si pour Lazare, c’est juste une réanimation puisqu’il est « re-mort ».  L'évangile de ce dimanche qui nous achemine vers Pâques culmine dans la parole, l'ordre, que Jésus adresse d'une voix forte à celui qui est dans le tombeau : « Lazare, viens dehors ». La parole du Christ résonne aux oreilles de Lazare et aux nôtres : Viens dehors, viens me rejoindre, toi mon ami. Peu importe que tu sois entravé, que tu sois enveloppé de bandelettes, qu'un linge sur ton visage t'empêche de voir où tu mets les pieds. Viens à la lumière, viens à la vie, viens à moi. Peu importe de savoir à quel point tu étais mort : dès le début, j'avais dit que ta maladie ne conduisait pas à la mort, mais à la gloire de Dieu. Ce qui est certain, c'est que maintenant je te réveille, je te relève, disons que je te ressuscite. Je t'appelle à vivre, comme j'appelle tous ceux qui seront baptisés après la nuit pascale - on ne sait pas encore quand … - et comme j'appelle tous les chrétiens qui eux aussi se réveilleront dans le renouvellement de leur baptême au cours de la Vigile pascale … qu’ils vivront chez eux !

 

En appelant Lazare à sortir du tombeau pour revenir à la vie, Jésus pense à l'avenir. Il accomplit un geste prophétique. Il sait bien que dans deux semaines il sera à son tour couché dans un tombeau, et qu'au matin de Pâques Dieu son Père l'appellera d'une voix forte : « Jésus, mon Fils bien-aimé, viens dehors. » Viens à la vie et à la lumière, viens auprès de moi, hâte-toi de monter auprès de moi, comme tu le diras à Marie-Madeleine. Pour Jésus comme pour Lazare, toutes les bandelettes tomberont, le linge qui couvrait son visage sera plié dans un coin ;  il ne faudra pas chercher parmi les morts celui qui sera vivant.

 

L'évangile nous remet en mémoire une action que le Christ a accomplie dans le passé mais qui se poursuit aujourd'hui, qui se renouvelle chaque année quand la communauté chrétienne s'approche de la célébration de Pâques. C'est à nous que s'adresse l'invitation lancée d'une voix forte à venir dehors, à nous libérer de tous les liens qui nous retiennent, et à venir vers le Christ pour participer à sa vie et à sa puissance de résurrection.  Oui, toi qui es sorti du tombeau, poursuis ton chemin, joyeusement.   

 


 

Samedi de la 4ème semaine de carême            28 mars 2020

  

Quelques-uns d’entre eux voulaient l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui. Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? »

Les gardes répondirent : « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! » (Jn 7, 40-53)

 

« Jamais un homme n’a parlé de la sorte ».  Ce matin, je vous confie simplement le message de François d’hier soir.  La traduction simultanée n’était pas au top.  Alors, il nous sera bon de la relire et de la méditer paisiblement.

 

« Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Évangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

 

Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40).

 

Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : "Tu ne te soucies pas de moi ?". C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

 

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’"emballer" et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment "salvatrices", incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.

 

À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos "ego" toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

 

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : "Réveille-toi Seigneur !".

 

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : "Convertissez-vous", « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insuffle l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière !  Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes !

 

« Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.

 

Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

 

Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance.

 

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : « N’ayez pas peur » (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, "nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous" (cf. 1P 5, 7).

 

 


 

Vendredi de la 4ème semaine de carême                           27 mars 2020

 

 « Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. » (Sg 2, 1a.12-22)

 

 

Étonnante situation …  Nous rêvons d’un monde autre, différent, plus humain, plus juste … et en même temps, j’entends, je lis combien déjà maintenant, des attitudes continuent qui nous rappellent « l’ancien monde » : des injures et des menaces vis-à-vis du personnel soignant, l’exclusion d’un jeune médecin de sa colocation … etc …  Oui, le monde ancien s’en est allé … et en même temps, il est encore bien là.  C’est la « co-vivance » du « déjà-là » et du « pas-encore » chère à notre théologie catholique. 

 

 

Oui, en un sens, tout est déjà fait (on ne veut plus de l’ancien monde) et en même temps, tout reste à faire (nous sommes fondamentalement égoïstes).  Alors, sûr que le texte de ce jour s’applique à celles et ceux qui ont décidé de tenir bon dans l’aide à l’accouchement de ce nouveau monde : « Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. »   Il va donc falloir tenir, tenir dans la durée, tenir face aux obstacles.  Et tout d’abord vis-à-vis de moi-même !  Vais-je tenir bon, une fois que la situation normale sera rétablie.  Ensuite vis-à-vis des autres, de mon-monde-à-moi.

 

 

Mais comme dans ce texte, comme dans la fête de Pâques dont nous nous approchons, comme chrétiens, nous croyons que le bien l’emporte toujours sur le mal, que la vie est toujours plus forte que la mort, que la lumière, si petite soit-elle, fait en sorte que les ténèbres ne sont plus vraiment ténèbres …

 

 

Mais, nous devons accepter aussi que cela se passe parfois - souvent ou toujours même - comme dans la fameuse procession luxembourgeoise d’Echternach : « Trois pas en avant, trois pas en arrière, trois pas su’l côté, trois pas d’l’aut’ côté ».  Même les pas en arrière, faisons-les en dansant, puisque nous savons que nous finirons toujours par avancer.

 

 

Un de mes professeurs disait : « oui, on rame … Mais jusqu’à preuve du contraire, c’est en ramant que le barque avance ! ».  

 


 

Jeudi de la 4ème semaine de carême                               26 mars 2020

 

Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel ; je donnerai, comme je l’ai dit, tout ce pays à vos descendants, et il sera pour toujours leur héritage. » (Ex 32, 7-14)

 

Dieu est incapable de « faire dans les petits potiquets ».  Il pourrait se contenter de dire au peuple élu : « vous aurez une descendance », voire même « une descendance nombreuse ».  Mais non, notre Dieu n’est ni radin, ni économe, il est vraiment dépensier, sans aucune limite : « comme les étoiles du ciel ».

 

Et c’est ainsi dans toute la Parole : Le lendemain des noces de Cana, le pharmacien du lieu a dû en vendre du Dafalgan pour calmer les maux de crâne …  Aux différentes multiplications des pains, il y en a eu toujours trop … La femme qui a retrouvé sa pièce va inviter toutes ses voisines … Le Père débordant d’amour va faire tuer le veau gras …

 

On nous dit que nous ne sommes pas encore au pic de la pandémie ici en Belgique ; il semble que notre confinement va être prolongé … et pourtant, dès maintenant, il nous faut penser à l’après.  Quel monde voulons-nous désormais ?  Quelles relations familiales, quelle vie entre voisin, quelle place pour la planète ? quelle manière de faire Église, quelle place pour le boulot, quelle place pour le recueillement ???  Tant et tant de questions.

 

Avec Dieu, voulons-nous un monde un peu différent, ou totalement différent.  Oserons-nous le changement ?  Nous le savons bien, le train-train risque de revenir à grands pas et ce que nous rêvons maintenant pourrait tomber à néant.

 

Je nous invite donc à continuer de rêver - c’est capital - mais dès à présent - puisque nous avons du temps - à imaginer comment - concrètement, très concrètement - nous allons agir pour que ce nouveau monde naisse.

 

Je dis bien un nouveau monde, pas un monde réparé, pas un monde avec des rustines.  Dieu ne répare pas, il crée toujours du neuf.  Et nous ? « Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit.  Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves. » (Mc 2, 21-22) 

 


 

Mercredi de la 4ème semaine de carême                           25 mars 2020

 

Annonciation du Seigneur

 

« Rien n’est impossible à Dieu. »  Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »  (Lc 1, 26-38)

 

 

Merveilleuse fête de l’Annonciation.  Nous le prions à chaque Angélus : « L’ange du Seigneur annonça à Marie qu’elle serait la Mère du Sauveur. »  Marie est devenue celle par qui Dieu a planté sa tente parmi nous.  Mais Marie est l’icône, l’image de l’Église.  Autrement dit, aujourd’hui, c’est à travers nous que le Seigneur vient planter sa tente au cœur de nos villages, de nos communautés, de nos familles.

 

 

Il nous faut donc avoir la même réponse que Marie : « Voici la servante du Seigneur ».  Servante, dans la Bible est un terme extrêmement positif ; cela ne veut pas dire subordonné, mais bien collaborateur.  Fou, non ?  Je suis un collaborateur immédiat de Dieu.  Waouwwww, comme disent les jeunes. 

Lorsque je suis allé me présenter à Monseigneur van ZUYLEN il y a 36 ans, pour demander à entrer au séminaire, à la fin de l’entretien il m’a dit : « Pierre, je vous considère dès maintenant comme un collaborateur ».  Je me souviens que ça m’avait bouleversé …  Alors, être le collaborateur de Dieu lui-même … j’vous dis pas !!!

 

 

Pourquoi le Seigneur est-il venu planter sa tente parmi nous ?  Quel est son projet, sa volonté ?  Paul le résume de façon toute simple : « La volonté de Dieu est que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 3).  Voilà à quoi nous avons à collaborer aujourd’hui, avec et à la suite de Marie.  Sauver, c’est-à-dire : « rendre la santé »  … 

 

 

Les médecins et le personnel soignant le font - et admirablement en ces jours - de manière physique.  Ce n’est pas notre cas.  Mais vous le savez, il n’y a pas que le physique qui doit être en bonne santé … Alors, aujourd’hui, un coup de fil peut-être à quelqu’un qui est déprimé ou anxieux à cause de ce confinement …  ou autre chose …  Soyons inventifs ... Car rien n’est impossible à Dieu. Et n’oublions pas notre rendez-vous de ce midi, en communion avec nos frères de la Réforme, de la Communion anglicane et de l’Orthodoxie.

 

 


 

Mardi de la 4ème semaine de carême                                24 mars 2020

 

« Cette eau coule vers la région de l’orient, elle descend dans la vallée du Jourdain, et se déverse dans la mer Morte, dont elle assainit les eaux. En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre, et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent. » (Ez 47, 1-9.12)

 

Nous le savons bien : chez nos frères juifs, l’eau est à la fois symbole de vie et symbole de mort.  Les tempêtes sur le lac de Tibériade sont terribles … mais Jésus marchera sur les eaux.  Les eaux vont s’écarter lorsque Moïse va emmener le peuple hors d’Égypte vers la Terre Promise … Et il y en a tant d’autres.  Aujourd’hui, la liturgie nous propose un texte fondamental chez les Juifs, tellement fondamental qu’à l’époque du Christ, lors de la fête des Tentes, on faisait une procession à la piscine de Siloé en passant par la porte des eaux. C'est de là que devait jaillir la source annoncée par le prophète Ézéchiel, source qui allait se jeter dans la mer Morte. 

Si vous lisez tout le texte, vous verrez que l’eau traverse le Temple, le lieu de la demeure de Dieu et ensuite, elle va assainir la Mer Morte et les poissons y viendront de nouveau.

     Actualité étonnante.  Loin de moi l’idée de dire que le Coronavirus vient de Dieu.  Ce serait une aberration … et même un péché au sens fort du terme.

     Non, évidemment.  Un des professeurs, le Chanoine GUELLUY, disait que Dieu était le premier écolo, car il était « spécialiste de la récupération des déchets » !

     Le Covid-19 est évidemment un mal, un « déchet » pour reprendre GUELLUY.  Mais il peut avoir comme conséquence d’en faire jaillir du bien.  Même si ce ne sont pas des poissons, comme dans le texte, mais des mammifères, vous avez entendu que les dauphins sont de nouveau là dans le port d'Ancône, sur la côte adriatique.

     Plutôt que de nous lamenter, je nous invite à découvrir au long de cette journée les « dauphins » qui font ou refont leur apparition dans les eaux assainies de notre existence, de notre quartier, de notre famille … 

     Belle journée dans notre port d’Ancône …

 


 

Lundi de la 4ème semaine de carême                                                  23 mars 2020

 

 

« Ainsi parle le Seigneur : Oui, voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit. Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée. » (Is 65, 17-21)

 

 

Ça nous fait vraiment du bien d’entendre ces paroles du prophète Isaïe aujourd’hui.  Je vous rappelle le cadre de ce texte : Le ministère du 3ème  Isaïe comme on l’appelle (537 à 520 avant notre ère) se déroule après le retour d’exil, dans un contexte de désenchantement très prononcé.  Ceux qui reviennent d’exil se trouvent confrontés à des difficultés économiques, culturelles et religieuses épouvantables. La reconstruction du Temple, à peine commencée, est interrompue et il faut se contenter d’un culte réduit à sa plus simple expression autour de l’autel. Il y a d’innombrables problèmes de cadastre : les terres laissées lors de l’exil ont été utilisées par d’autres ! Comment les répartir à nouveau avec justice ?  On se croirait presque en Belgique …  Et au cœur de cela, les paroles remplies d’espérance de ce matin.

 

 

Je vous rappelle que si Dieu peut - « sait » en belge - faire tout sans nous, il a décidé de jamais le faire sans nous.  Et donc, lorsqu’il dit « je vais créer », on doit lire « nous allons créer ensemble ».   C’est ma grande espérance et certainement la vôtre aussi : que le monde de demain soit un monde plus solidaire, moins centré sur le profit, un monde où l’on sait dire « merci » à l’autre, où l’on apprend à connaître son voisin, où l’on se soucie des désemparés.  Ce nouveau monde est en train de naître ; nous sommes en train de le créer.  En applaudissant tous les soirs, des gens me disent avoir fait la connaissance de leurs voisins ! Tous ces mercis au personnel soignant, « nettoyant », aux forces de polices, aux pompiers … raniment en nous cette envie de dire « merci » … ce que nous ne faisons habituellement pas assez.  Les cloches de notre UP sonnent tous les soirs ou tous les dimanches. (Je n’ai pas de nouvelles de la paroisse de Beaufays). J’ai également lu une belle initiative. Je vous la livre.  À chacun de trouver ses petits trucs : Mettre sur sa poubelle une feuille avec un « Merci » pour les éboueurs.  Allez …  « Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée, pour ce que nous créons ».   

 

 


 

4ème DIMANCHE DE CARÊME - A -                                                  22 mars 2020

 

« Réjouis-toi de laisser le Seigneur t’ouvrir les yeux ! » La couleur rose de cette fête nous rappelle que la lumière du matin de Pâques est déjà toute proche ; que la nuit n’est déjà plus totalement la nuit ; que la puissance du Ressuscité commence déjà à agir en nous.

 

Et tout d’abord, avec le petit David. Dernier des fils de Jessé, il n’est rien : on l’envoie même garder les troupeaux, alors que les autres enfants sont à la maison. Il est dans la nuit, et peut-être n’en sait-il rien … Et voilà que le Seigneur vient à sa rencontre par Samuel. Samuel va le faire sortir de la nuit pour en faire le plus grand Roi d’Israël, grâce à l’Esprit de Dieu qui s’est emparé de lui, dès ce jour-là.

 

Jésus est « Fils de David ». David en est donc l’image. Jésus aussi, va naître au plein cœur de la nuit, à Bethléem ; il va naître dans la nuit aussi, parce qu’il vient, petit et pauvre, dans une crèche à l’écart, en n’ayant comme compagnons, qu’un âne, un bœuf et quelques bergers. Il vivra dans la nuit à Nazareth. Il lui faudra aussi que Dieu son Père le sorte de la nuit : à son baptême, il le met dans la lumière en lui disant : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi, je mets tout mon amour ». Et cela ne s’arrête pas là. Jésus vivra aussi la nuit de la mort le Vendredi-Saint, il connaîtra l’obscurité du tombeau … et là aussi, c’est son Père qui, roulant la pierre, le rendra à la lumière, le ressuscitera. Le psaume nous l’a dit : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal ».

 

Paul nous dit que ce que et David et Jésus ont vécu, c’est désormais le propre de tous ses enfants, de l’Église : « Maintenant, dans le Seigneur, vous qui étiez dans les ténèbres, vous êtes maintenant devenus lumière ». Mais Paul va plus loin : « Vivez comme des fils de la lumière. » La résurrection est d’abord un don – et c’est primordial - mais elle est aussi une tâche. Impossible, si nous sommes illuminés par Dieu, de ne pas vivre comme tel.

Le temps du carême est celui où, par le jeûne, le partage et la prière, nous sortons de notre obscurité, nous rallumons le feu qui est en nous, nous rallumons en chacun de nous le cierge pascal que nous passons notre temps à éteindre ! Nous avons à prendre au sérieux la fin de la lettre de Paul : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. »

 

L’Évangile nous conduit encore plus haut : Et David et Jésus et chaque chrétien a été conduit à la lumière ; mais c’est le monde entier qui doit être conduit à la lumière. L’aveugle n’est pas un disciple, il ne compte même pas le devenir au début du texte, il ne demande rien et pourtant Jésus lui aussi va le conduire à la lumière. C’est seulement à la fin qu’il va se prosterner devant lui.

Et puisque le chrétien est un autre Christ, nous découvrons aujourd’hui la mission qui nous est confiée : faire venir le monde entier à la lumière, ressusciter le monde entier par et à la suite de Jésus.

 


 

Samedi de la troisième semaine de carême                                            21 mars 2020

    Nous la connaissons tous, cette histoire du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-14).  Mais il nous faut la bien comprendre.  Le pharisien est un bon gars : il prie énormément, il est généreux : donner la dixième partie de ce qu’on gagne, ce n’est pas rien …

     Imaginez le budget en boni de toutes nos Fabriques d’Église si c’était le cas !!!  Pendant ce temps de confinement, il reste bien chez lui, ne sort que pour aller chez Colruyt … et à pied évidemment …, fait sa petite balade quotidienne tout seul …  Oui, vraiment un bon gars, civique par-dessus tout !

     Mais voilà, par la fenêtre de sa maison, il peste contre ce groupe de trois personnes qui se promènent ensemble à 98 cm l’un de l’autre ; et chez Colruyt, il a piqué une crise contre cet étranger - un étranger évidemment … - qui a rempli son caddie de 40 kg de farine, dévalisant ainsi tout le rayon !  Il n’a pas pu s’empêcher de sourire lorsque le gérant lui a demandé d’aller remettre 30 kg dans le rayon.  Ce pharisien, c’est moi.  Un de mes amis disait souvent : « Difficile d’être modeste quand on est le meilleur ».  On pourrait dire : « Difficile de ne pas juger l’autre qui ne fait pas son devoir, lorsque je fais le mien ». 

     On l’a compris : le Seigneur ne met pas en valeur le publicain parce qu’il est cet étranger qui a rempli son caddy de farine, pas plus qu’il ne critique le pharisien parce qu’il prie on ne peut plus souvent. Il ne nous invite évidemment pas non plus à devenir inciviques !

     Non, mais le pharisien n’a pas besoin de salut, puisqu’il se sauve lui-même.  Il ne doit pas être rendu juste - c’est-à-dire debout, ressuscité - puisqu’il le fait tout seul.

     Le publicain, lui, a besoin des autres ; il se rend compte qu’il ne peut rien seul ; il est conscient de sa fragilité, de sa petitesse.  Il découvre donc la merveille de devoir être « sauvé », « ressuscité » par un autre, par un Autre.

     Pendant ces jours, j’entends souvent parler de « communauté » ; c’est ainsi que les Américains parlent … mais on l’entendait peu chez nous.  Oui, nous sommes une communauté humaine.  Au début de son Sermon XIII, saint Bernard nous rappelle l’étymologie de ce nom : nous sommes « un groupe de personnes ayant un lien en commun ».

     Alors, comment vais-je vivre ma journée ? Si je la vivais en me rappelant que j’ai un « lien en commun » avec ceux que je vois ou que je rencontre « de loin ». 

     L’enfer, ce n’est pas les autres …  Le paradis, c’est les autres.

 


 

Vendredi de la troisième semaine de carême                                          20 mars 2020

 

« Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »

 

Voilà la Bonne Nouvelle qu’il nous est donné de méditer, de ruminer aujourd’hui (Mc 12, 28b- 34).

Sans nous gonfler d’orgueil, je crois que l’on peut dire que durant ce temps, nous aimons Dieu davantage.  Nous avons plus de temps à lui consacrer ; certains me disent qu’ils n’ont jamais tant prié ou que c’est la première fois qu’ils vivent vraiment un carême où nous sommes invités à nous retirer dans notre chambre et à prier notre Père, en secret.  

 

De la même manière, sans doute ce temps nous a-t-il permis d’aimer davantage nos frères et sœurs.  Tant de solidarités se créent dans notre pays, sans parler des actes symboliques tout aussi importants : applaudir les personnes travaillant dans les soins de santé, mettre un merci sur nos poubelles à l’intention des éboueurs … Et l’on pourrait allonger encore la liste.

 

Mais on oublie souvent le troisième commandement, celui qui est comme caché et qui, pourtant, est comme la condition des deux autres : « comme toi-même ».  J’aimerai d’autant mieux et mon Dieu et mes frères et sœurs si je commence par m’aimer moi-même.  Et, paradoxalement, c’est sans doute le plus difficile.  Pourquoi ?  Parce qu’on nous a souvent fait croire que c’était malsain, que c’était de l’égoïsme.  Il nous faut distinguer l’égoïsme de ce que d’aucuns appellent « l’égotisme ».  L’égotisme est positif : il me permet de reconnaître la grandeur de l’être que je suis, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu lui-même.  Le psaume 138 le dit : « Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis.  Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait ».  Et Marie dira dans son Magnificat : « Désormais tous les âges me diront bienheureuse ».  Es-tu égoïste, Marie ?  Mais non, tu es égotiste : tu reconnais ta grandeur comme ne venant pas de toi, mais de ton Seigneur.

 

Alors, si nous passions cette journée en reconnaissant notre dignité, notre grandeur ?  Alors, oui, nous aimerons sans doute davantage encore et notre Dieu et nos frères et sœurs humains.   


 

 

Jeudi de la troisième semaine de carême                                              19 mars 2020

Nous fêtons aujourd’hui saint Joseph.  Et ici, dans notre UP, nous avons une pensée toute particulière pour notre « saint-Joseph-à-nous » : l’abbé Joseph Cassart qui a terminé sa vie au milieu de nous.

 

À Pondichéry, devant et dans l’église qui est face au Volontariat, j’ai découvert pour la première fois une représentation de saint Joseph qui dort dans l’atelier de Nazareth.  Je ne connaissais pas du tout cette façon de le représenter, et j’avoue que jusqu’à aujourd’hui, elle ne me parlait pas du tout.

 

Mais voilà …  Joseph est le saint Patron de la Belgique … et la Belgique vit le confinement depuis quelques heures.  De nouveau, voilà que la liturgie « colle » à la réalité.  Il y a du travail dans « l’atelier Belgique » et voilà que, pour beaucoup, l’inactivité ou du moins, une moindre activité vient de se présenter à nous.

 

Je vous le redis : Joseph ne dort pas dans sa chambre. Non, il dort au cœur de son atelier, au cœur de son lieu de travail et au milieu de ses instruments de travail. Un peu comme nous, sans doute.

 

Le sabbat est pour les Juifs et les chrétiens le jour du repos et ce jour a été sanctifié par Dieu ; dit plus simplement, il a été reconnu par lui comme beau, bon, utile.  Et s’il en était de même pour nous ?

 

Vous l’avez vu : la pollution en Chine a diminué et à Venise, l’eau des canaux est de nouveau translucide et peuplée de poissons.  Au sein d’une même maison, on se retrouve ou même on se découvre.  Une solidarité immense est née dans notre pays autour des personnes plus âgées, plus fragiles, autour des SDF et des réfugiés, autour des animaux abandonnés.

 

D’aucuns se posent des questions plus fondamentales sur leur façon de vivre avant ce jour … Et l’on pourrait continuer.

 

Comme Joseph, « posons-nous », reposons-nous, re-posons-nous.  Faisons de ce temps un temps de méditation et de prière.  Au fond, c’est un peu une retraite spirituelle que nous pouvons vivre … et une longue retraite spirituelle.

 

C’est peut-être là que l’ange lui est apparu et lui a annoncé le retournement complet de son existence en accueillant Marie et l’enfant qu’elle portait.  C’est au cœur de l’inactivité qu’il a pu saisir ce que Dieu voulait pour lui et pour son bonheur.  Ainsi en est-il aussi pour nous. 

 

Comme Joseph, vivons ce temps au cœur de notre atelier ; au milieu de nos outils.  Comment, demain, vais-je voir mon lien au travail ?  Comment mon travail pourra-t-il se vivre pour m’épanouir et épanouir les autres ?  Quelles dispositions prendre pour que l’économie et la production soient au service de toute la société ? Ce que nous découvrirons et déciderons de vivre, ce sera pour notre bonheur et notre joie …

Belle fête patronale à notre pays et à chacun de ceux qui l’habitent !

 


 

 

Mercredi de la troisième semaine de carême                                          18 mars 2020

Si certains avaient encore des doutes sur le fait que la Parole de Dieu est vivante et actuelle, les textes des derniers jours sont vraiment brûlants d’actualité.  Et encore aujourd’hui …

     Écoutez le début de la première lecture de ce jour.  On dirait que le Seigneur répond à Sophie Wilmes et nous invite à la suivre : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. » (Dt 4, 1.5-9)

     Souvent, nous voyons les lois - chrétiennes ou civiles - comme des entraves à notre liberté : « Voilà qu’à partir de midi, je ne peux plus faire n’importe quoi : c’est un scandale …  Je suis quand même libre de faire ce que je veux, non ? »

     Dans toute la Bible, les commandements sont vus comme un signe d’amour du Seigneur pour son peuple.  Dieu veut pour nous la vie et il nous invite à la choisir comme et avec lui.  Déjà le premier psaume de la Bible chantait : « Heureux est l'homme qui (…) se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu'il entreprend réussira ».  Et Moïse disait au peuple : « Je te propose aujourd'hui de choisir ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Écoute les commandements que je te donne aujourd'hui : aimer le Seigneur ton Dieu, marcher dans ses chemins, garder ses ordres, ses commandements et ses décrets. Alors, tu vivras et te multiplieras ; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession. »  (Deutéronome 30,15-20)

     L’Évangile du jour nous fait encore aller plus loin, lorsque Jésus dit : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »  (Mt 5, 17-19) Autrement dit : Le Seigneur ne supprime pas les conseils ou les injonctions que la loi civile nous donne, mais il veut les accomplir.  Alors que la loi civile nous invite à faire les choses par civisme, par respect de l’autre - et c’est déjà énorme !!! - les chrétiens sont invités à aller encore plus loin et à le faire avec et par amour, de grand cœur, dans la joie de sauver des vies, en ne nous regardant pas nous-mêmes, mais en regardant les autres et en nous réjouissant que par les petits actes que nous allons poser ou que nous ne pouvons plus poser, nous allons les garder vivants et en bonne santé. 

     Vous connaissez ce conte chinois des baguettes de riz.  Je vous la laisse en méditation : « Un vieux sage chinois reçut un jour la faveur de visiter le ciel et l’enfer. En enfer, il vit des hommes et des femmes blêmes, décharnés, assis autour d’un tas de riz énorme et appétissant. Ils mouraient tous de faim car ils n’avaient pour manger que des baguettes démesurément longues, comme des rames de sampang. Effrayé, le sage s’enfuit au paradis. Là, il vit des hommes et des femmes assis autour d’un plat de riz tout semblable au premier. Mais ils étaient heureux, épanouis et resplendissants de santé.

     Car chacun, avec ses baguettes immenses, donnait à manger à son vis-à-vis. 

 


 

Mardi de la troisième semaine de carême                                             17 mars 2020

« Il n’est plus, en ce temps, ni prince ni chef ni prophète, plus d’holocauste ni de sacrifice (…) plus de lieu où t’offrir nos prémices (…). Mais, avec nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois-nous, comme un holocauste de béliers, de taureaux, d’agneaux gras par milliers. »

Cet extrait du Livre de Daniel (Dn 3, 25.34-43) lu ce matin à la messe, est écrit à une époque particulière : le peuple est en exil à Babylone.  Il n’y a plus de temple, plus de culte …  Alors, comment rejoindre Dieu ?  À travers les cœurs brisés et les esprits humiliés, Daniel dit au peuple exilé que c’est l’attitude du cœur, la manière de vivre qui est un culte à Dieu.  Et tous les prophètes insisteront sur le soin apporté - à porter - aux autres.

Durant l’Année Sainte de la Miséricorde, François notre Pape a remis en valeur les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle.  Je vous les rappelle simplement.  À nous de les adapter à notre « quasi-confinement » :   nourrir les affamés, abreuver les assoiffés, vêtir ceux qui sont nus, visiter les prisonniers, ensevelir les morts, accueillir les étrangers, visiter les malades … et … Conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner aux ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

Toutes ces œuvres sont transposables à la situation actuelle … avec un peu d’imagination … et beaucoup de solidarité !  Oui, il y a du pain sur la planche !!! 

 


 

Lundi de la troisième semaine de carême                                              16 mars 2020

La première lecture de ce jour (2 R 5, 1-15a) nous parle beaucoup : celle du général syrien lépreux : Naaman.  Il apprend qu’Élisée est un grand prophète.  Il fait un long chemin pour venir être guéri et Élisée lui demande d’aller simplement se plonger 7 fois dans la Jourdain.  Il est profondément déçu que le prophète lui demande quelque chose de si simple.  Mais, encouragé par ses serviteurs, il finira par le faire et sera guéri.

On ne nous demande pas des choses extraordinaires : se laver les mains souvent, rester chez soi, ne pas se donner la main ou se faire la bise.  Rien de bien extraordinaire et des choses que tous nous pouvons faire aisément …. Mais cela ne plaît pas trop à notre orgueil.  Nous préférerions peut-être qu’il nous soit demandé des choses extraordinairement difficiles.  Alors, on pourrait y mettre toute notre volonté, tous nos efforts et nous gonfler d’orgueil en disant que si nous sommes préservés, c’est grâce à la discipline de vie exigeante que nous nous sommes imposés à nous-mêmes … Eh bien non !  Dans la vie spirituelle comme dans la vie sociale, le beau et le bon, ce qui donne du bonheur et qui me « met en vie », ce sont des choses toutes simples …  Que je sois riche ou pauvre, cadre ou sans-emploi, polyglotte ou analphabète … je peux y arriver tout simplement … car la vie est pour tous et le bonheur est à la portée de main de chacun.  Apprends-moi, Seigneur la simplicité.

Quant à Élisée, il n’a pas fait grand-chose : il a juste dit une parole ; mais cette parole va sauver Naaman.  Ce temps est aussi un temps de solidarité avec les autres.  Mais nous ne sommes pas des surhommes ou des Mère Teresa.  Ce que nous pouvons faire, comme Naaman, c’est de toutes petites choses : un coup de fil, des courses pour le voisin, un sourire dans la rue (mais de loin lol).  Ces petits gestes pourront aussi sauver le voisin, le « prochain » … En Inde, je n’ai pas guéri de lépreux.  Avec les élèves, nous leur avons simplement souri, nous les avons touchés (là, on pouvait le faire de près re-lol), nous les avons embrassés …  N’avons-nous pas contribué aussi à les sauver ?

 


 

Méditation du troisième dimanche de carême                                          15 mars 2020

Le peuple, dans sa marche au désert, a soif.  La Samaritaine qui vient puiser de l’eau a soif et même Jésus a soif ...  On pourrait évidemment ajouter aussi qu’ils ont faim : le peuple au désert recevra la manne et les cailles, les disciples de Jésus s’inquiéteront pour la foule qui a faim et Jésus a eu faim au désert.

            C’est normal, au milieu du carême que la faim et la soif s’attisent en nous.  Depuis 15 jours, maintenant, nous essayons de supprimer de notre vie ce qui semble - et qui semble seulement - combler notre faim et apaiser notre soif et, du coup, il y a un vide qui se crée en nous pour une vraie nourriture et une vraie boisson.  Et cette année, d’une façon toute particulière, tant et tant d’autres « vides » surgissent en nous et autour de nous

            Et c’est donc le moment d’entendre « pleinement » la réponse de Jésus à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu ».  Vous ne le savez peut-être pas, mais ce récit de la Samaritaine est un récit très symbolique.

            Il vient tout d’abord un peu après le premier signe de Jésus : le miracle de Cana, les douze jarres d’eau changées en 12 jarres d’excellent vin.  Déjà là, nous pressentons la nouveauté absolue de Jésus.      Mais c’est aujourd’hui que Jésus nous montre ce qu’est cette nouveauté absolue.

            Chez les Juifs, la demande en mariage se faisait au bord d’un puits, lorsque le bien-aimé demandait à sa bien-aimée un peu d’eau.  Alors, on comprend mieux que Jésus ait soif et que cette soif rencontre la soif profonde de la femme qui a eu autant de maris.

Oui, Jésus a soif de l’humanité, de toute l’humanité – indépendamment des prescriptions juives - ; C’est le grand mystère de l’Alliance.  Dieu veut épouser l’humanité en son Fils Jésus.  Dieu veut signifier son Alliance avec nous en termes d’épousailles.

La femme, elle, - comme nous sans doute – est étonnée et ne comprend pas.  « Comment, toi, Dieu, veux-tu faire une Alliance avec le Monde et avec le Monde pécheur, l’homme pécheur que je suis.  Non, Seigneur, je n’en suis pas digne ? »

Et, en même temps, cette femme a soif d’amour, d’épousailles et c’est pour cela qu’elle a eu tant de maris.  Elle en a eu cinq plus l’actuel : 6 … le chiffre de l’incomplétude. Ce texte n’a rien à voir avec un discours sur le mariage.  Il va bien au-delà.  Il nous dit tout simplement que, comme la Samaritaine, nous ne croyons pas que nous soyons dignes de l’amour de Dieu, alors, nous cherchons de « petits amours » qui pourraient le remplacer.  Mais, chaque fois, c’est l’échec …  Quels sont donc mes 6 maris ?  Ces choses dont j’ai cru qu’elles allaient combler mon cœur ? Pendant ce carême, nous osons dire : « Seigneur, je sais que mes petites recherches d’amour, d’épousailles sont toujours vaines ; alors, pendant ces 40 jours, j’ose croire que c’est toi seul qui peut combler ce désir profond d’aimer et d’être aimé qui m’habite. »  Avec la Samaritaine, il me faut dire : « Je n’ai pas de mari ».  Je reconnais qu’aucun ne comble mon cœur.  Je suis donc célibataire, et par là-même, capable d’accueillir mon septième mari - chiffre de la plénitude - celui qui pourra pleinement combler mon cœur assoiffé et affamé d’amour.

            Et alors, vient cette déclaration solennelle de Jésus : « C’est moi, l’eau vive, qui peut apaiser ta soif profonde d’amour. »

Je suis là, tout près de toi, nous dit le Seigneur ; ne le cherchons pas au loin, ne le cherchons pas demain ; il est ici et maintenant … Quand la faim te tenaille, quand la déshydratation se fait sentir, tourne-toi simplement vers le Seigneur.  Oui, ose le prier davantage durant ce carême, ose lire et partager la Parole de Dieu, ose lui donner ce que tu as et ce que tu es à travers ton frère souffrant où tu découvriras sa présence.

            C’était le cri qui terminait la première lecture : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n'y est-il pas ? ».  La réponse nous est donnée dans l’Évangile et elle nous est expliquée par Paul : « La preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. »  Alors, continuons notre marche vers Pâques dans l’action de grâce : nous n’avons aucune raison de mériter cet amour du Seigneur ; mais il est amoureux de nous.  Nous n’avons plus qu’à goûter cette joie. 

 

Pierre +, votre curé